Au détour d’un Renoir

By Sarah T. Levy

Reims. Place Museux, cathédrale, place d’Erlon. La sainte Trinité de tout étudiant sciencespiste qui se respecte. En tant que première année fraîchement arrivée, je décide un jour de rentrer dans un bâtiment bien plus intrigant que la rangée de bars qui brassent bulles et buveurs place d’Erlon ; le Musée des Beaux-Arts de la Ville de Reims.

Visiter un musée est une activité avec laquelle je ne suis pas familière. La queue devant les guichets, les visiteurs armés de perches à selfies, les flashs et l’affluence sont autant d’éléments dissuasifs qui m’ont tenue, pendant de longues années, à distance de ces lieux d’exposition. Je rentre donc dans l’ancienne abbaye hébergeant les collections. Seule. Mes pas résonnent dans les allées vides du musée. Agréable surprise que d’être en paix, face au passé, aux coups de pinceaux encore visibles, et à une belle Vénus dans la Fournaise qui louvoie de couleurs chaudes. Car la collection du musée est furieusement alléchante : du XVIème au XXème siècle, les oeuvres de Boucher, David, Foujita recouvrent les murs colorés des salles. On y trouve aussi un capharnaüm de porcelaines appartenant à l’excentrique Jeanne de Pommery. Et quand une statue de Rodin regarde une huile sur toile de Monet, la fonction du musée prend vraiment sens. Entre les œuvres se tissent des liens inextricables, les époques se chevauchent et se complètent, se mettent en perspective. Telles sont mes méditations tout au long de la visite.

Pensées vite interrompues par un vigile. D’un geste de la main, il m’invite à le suivre vers une partie du musée habituellement fermée au public. « Il n’y a pas un chat aujourd’hui. Je peux bien vous faire une exception. ». Devenu guide d’un jour, il m’apprend que telle toile a été réalisée en coquilles d’œuf, et que tel paravent de Jean Dunand aurait toute sa place dans un salon Art Déco. Le vigile se fait ensuite confident lorsqu’il évoque ses voyages de jeunesse à travers l’Europe. Paris, Berlin, Prague, puis Reims et son musée, où continue le voyage, me dit-il. Un voyage quotidien à la rencontre de visiteurs perdus et émerveillés comme moi.

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