By Marion Lefèvre

Picture courtesy of La Péniche

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Les élections syndicales à Sciences Po se dérouleront cette année les 15, 16 et 17 mars prochains. Quatre listes se disputeront les sièges alloués aux étudiants au sein des différents conseils : l’UNEF et l’UNI-MET, les syndicats les plus importants en terme de taille et les plus anciens, ainsi que Solidaires et The Alliance. Programmes, publics, projets et têtes de liste : pour vous, The Sundial Press décrypte.

Programmes de l’UNEF et de l’UNI : frais d’inscriptions et conditions pédagogiques

Comme chaque année, les deux « géants », l’UNEF et l’UNI-MET, s’affrontent pour cette élection. Historiquement, c’est l’UNEF qui domine les différents conseils où siègent les étudiants. Cependant, l’opposition n’est pas en reste. « Nous avons six thèmes d’égale importance dans notre campagne : l’écologie, la vie associative, la lutte contre les discriminations, la pédagogie, la réforme des frais d’inscriptions et l’intégration des étudiants internationaux, » précise Josselin Marc, le président de l’UNEF Sciences Po. « Chacun de ces thèmes est subdivisé en quatre points ». Un programme visant à faire de l’UNEF un « outil pour les étudiants, » ajoute Josselin. Même s’il n’aime pas l’idée de prioriser l’un des points précédemment mentionnés, c’est la hausse des frais d’inscriptions (à la hauteur de 1%, selon le Budget Prévisionnel de l’IEP de Paris, reçu le 3 décembre 2015 par les élu-e-s étudiants) qui est au « centre du débat » selon lui. « Le système est défaillant. Nous voulons organiser un référendum pour la création d’un nouveau modèle économique et utiliser ce référendum pour faire pression sur la direction. C’est un projet ambitieux, » Reconnaît-il.

Quid des « délocs’ », les campus en région souvent oubliés par ces mastodontes syndicaux ? « On n’a pas à faire au même milieu étudiant, c’est sûr, » Commente le président de l’UNEF. « Mais nous avons des responsables dans chaque campus. A Nancy par exemple, c’est une grosse promo, nous avons une vingtaine d’étudiants très engagés. Le niveau de présence dépend un peu du contexte de chaque campus. A Reims, par exemple, on a deux candidates en première année : Héloïse Mercier en premère année du programme Europe-Afrique, et Zoé Klein, actuellement en 3A aux Etats-Unis, sur notre liste. ».

Du côté de l’UNI-MET, la priorité est donnée au « prestige » de Sciences Po : maintien du concours, soutien au projet de professionnalisation des masters, réforme des frais de scolarité en faveur du quotient familial, pédagogie, revalorisation des engagements extrascolaires et des masters ainsi que compensation des étudiants précédemment impactés par l’abolition de la bourse au mérite. L’idée ? Présenter une « vision » pour Sciences Po et préserver son « modèle de Grande Ecole ». Aucune mention des campus délocalisés sur le tract général de l’UNI-MET envoyé par l’administration, même si Ryan Seghier, étudiant en deuxième année et candidat UNI-MET sur le campus de Reims, place la relation entre Paris et les campus au cœur de sa candidature. « C’est l’amélioration des communications inter-campus, en particulier avec les campus parisien, qui me tient le plus à cœur. (…) Malgré de nombreux efforts de nos administrations pour remédier à cela (ainsi que de nos AS, BDA et BDE), nous sommes toujours trop ‘loins’ les uns des autres. (…) Pourquoi les élèves ne pourraient-ils pas plus facilement échanger le temps d’un week-end avec d’autres élèves d’autres campus ? (…) Ce sont des questions auxquelles l’UNI-MET souhaiterait apporter des solutions ». Les tracts de l’UNI-MET spécifiques au campus de Reims sont disponible ici (traduction du tract envoyé par l’administration en anglais) et ici (tract spécifique à Reims).

« La liste UNI-MET contient beaucoup d’élèves délocs, Poitiers, Dijon, Menton… et cinq rémois ! C’est quelque chose de totalement nouveau ! » Pour Ryan, cette diversité apportera une solution aux problèmes de communication jusqu’ici irrésolus entre les différentes administrations. « Nous savons que notre administration travaille sans cesse pour notre confort, mais nous savons aussi qu’elle est parfois impuissante face à des décisions prises dans le campus de la capitale. L’investissement de quatre autres élèves rémois, tous en première année, [Clémence Rivoire, Danell Benguigui, Maxime Huraux et Juliette Groffilier] est une opportunité pour notre campus d’avoir un rôle à Paris qui pourrait jouer en la faveur de notre campus ! ».

Outsiders et petits nouveaux

On l’oublie souvent, mais l’UNEF et l’UNI-MET ne sont pas les seuls syndicats pour lesquels vous pouvez opter. Solidaires étudiant-e-s, « syndicats de luttes », et The Alliance, sont aussi de la partie. Enquête sur ces entités un peu plus discrètes et pourtant importantes dans le cadre démocratique d’une élection étudiante.

Pour Solidaires, justement, ces élections sont « une mascarade démocratique, l’IEP ne fait pas exception ». Le syndicat, qui se déclare « de lutte et de transformation sociale » mais aussi « antifascistes, anti-racistes, féministes, anticapitalistes, écologistes et anti-autoritaires », dénonce l’illégitimité et l’obscurité dans laquelle la Fondation Nationale des Sciences Politiques, représentante du « grand patronnat », gère l’IEP. Les représentants Solidaires se présentent néanmoins afin d’exercer « un droit de regard sur la direction et peser plus lourd » dans les différentes luttes. Dans un esprit radicalement opposé à celui de l’UNI-MET qui compte au contraire renforcer l’unicité de Sciences Po et son caractère de grande école, Solidaires veut « une université libre, gratuite et non élitiste ». Du soutien aux travailleurs précaires à la lutte contre la transphobie et contre la banalisation des idées d’extrême droite, Solidaires compte « élaborer un projet alternatif pour l’Université et la société ». L’absence d’un programme détaillé se justifie donc par une défense personnalisée et au cas par cas des droits de tou-te-s les étudiant-e-s.

The Alliance est quant à lui un petit nouveau de la scène syndicale de Sciences Po. William Judd, premier titulaire de la liste, a accepté de répondre à nos questions. « The Alliance est une alternative visant à travailler directement pour l’amélioration de nos vies étudiante et académique, ici et maintenant. Nous sommes le seul mouvement non-aligné à participer aux élections syndicales de notre institution. Nous ne sommes pas un syndicat dont l’agenda est concentré sur la politique nationale et porté par une organisation-mère. Nous sommes un mouvement de Sciencespistes, unis par le désir de voir naître une vie politique plus diverse, transparence et inclusive à Sciences Po ». Le programme de The Alliance est organisé autour de six grands axes : les « valeurs principales », l’expérience étudiante, les expériences académiques, les infrastructures, le système de sélection de cours, la transparence. Une alternative possible pour les étudiants internationaux et les étudiants en césure ou en troisième année, qui se sentent généralement moins concernés par les élections ? « Nous avons sur nos listes des individus qui ont étudié précédemment dans des campus délocalisés et d’autres qui nous ont rejoint après le bachelor, venant d’autres écoles aux quatre coins du monde. (…) La présence de ces expériences variées au sein de The Alliance signifie que nous pouvons offrir de nouvelles perspectives. »

Pas de candidats connus à Reims pour Solidaires ou pour The Alliance, cependant. Si Solidaires reste assez flou sur le sujet, William Judd évoque le projet de création d’un « Conseil des Représentants des Campus, où un ou deux délégués de chaque campus se réuniraient une fois par mois avec les Doyens du Collège Universitaire et des Masters pour s’assurer que les mêmes opportunités sont offertes aux étudiants de Sciences Po, où qu’ils soient. ».

Des élections syndicales à la marge ?

Chaque année, ces élections rencontrent un problème chronique : leur faible taux de participation (chiffré pour l’année 2014-2015 à 19%). « Personne ne parle des sujets les plus importants pour notre expérience étudiante, », Ajoute William Judd. « Cette semaine, mis à part The Sundial Press, on nous a demandé nos opinions sur la politique nationale, en particulier la loi Travail. C’est bien sûr un sujet important et je trouve positif que nous, en tant que jeunes, nous préoccupions de tels changements. Des problèmes similaires occupent un grand nombre de ns pays. (…) Cependant, ça ne devrait pas être le principal sujet de discussion pour ces élections. (…) De telles questions trahissent une politique étudiante d’un autre temps, dominée par les agendas nationaux promus par des gens extérieurs à Sciences Po. ». A l’UNI-MET, même son de cloche : « Je pense que le fait que nous nous présentions sous une étiquette franco-française et politisée (UNI-MET, UNEF ou autre) désintéresse parfois aussi les étudiants, en particulier les non-francophones, » analyse Ryan. A l’UNEF, le sujet est en quelque sorte balayé par Josselin, qui souligne que le taux de participation est calculé en prenant en compte l’intégralité des étudiants de Sciences Po et que selon ses estimations personnelles, environ 40% des étudiants physiquement « à » Sciences Po votent (le Collège Universitaire, les Masters et les écoles doctorales et la recherche, donc).

Bilans « positifs »

Pour Ryan, d’un point de vue rémois et Sciencespistes, le bilan de l’UNI-MET est « très positif ». La branche rémoise est certes très jeune et son influence dépendra beaucoup de l’issue de ces élections, mais à Paris, « l’UNI-MET a obtenu l’élargissement des heures de la bibliothèque, le rétablissement des bourses au mérite, la création d’un Forum des entreprises pour que les étudiants soient connectés au monde professionnel ainsi que la possibilité d’étudier une LV3 lors de la validation de l’anglais C1 ». Pour l’UNEF, les grandes victoires sont l’obtention d’un droit de regard plus extensif sur les délibérations du Conseil d’Administration de la FNSP, où se décident les budgets et l’orientation politique générale prise par l’institut. Josselin raconte que jusqu’ici, la FNSP avait toujours tenté d’exclure les étudiants de ces délibérations, ne les autorisant à être présents qu’une fois toutes les décisions prises et les discussions closes. « Il reste encore beaucoup à faire », Conclut-il cependant. La récupération des budgets de l’AS et du BDA, qui avaient été fortement réduits, est aussi une victoire. Continuer à se battre pour les bourses est aussi une part importante du travail de l’UNEF. « Nous continuerons également à nous opposer au budget présenté par Sciences Po, qui prévoit une augmentation des frais de scolarité. ». Pour un syndicat comme pour l’autre, peu de résultats d’un point de vue du campus de Reims, qui sera tout de même le plus gros campus d’ici quelques années – celui sur lequel les efforts devraient donc logiquement se concentrer. Pour cette raison et par respect des valeurs démocratiques qui font la fierté de nos cursus, rendez-vous les 15, 16 et 17 mars prochains.

A ne pas manquer :

  • le récapitulatif et l’analyse de Pierre Wang, à paraître demain
  • le décryptage de The Alliance, ovni de ces élections 2016

Liens utiles:

  • Sciences Po

Candidatures pour la FNSP et l’IEP

Guide des élections édité par Sciences Po

Liste des candidats étudiants pour les différents conseils

  • Syndicats

Solidaires étudiant-e-s Sciences Po

Uni-Met Sciences Po

UNEF Sciences Po

The Alliance

 

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