By Sarah Lévy

Mercredi 7 septembre, à l’heure où les derniers élèves quittent la bibliothèque, les couloirs de Sciences Po résonnaient d’entraînantes chansons latino-américaines. Le campus accueillait en son sein la projection exclusive du documentaire de Constance Brown, élève en 2ème année du programme euro-américain. Caméra à la main, elle nous plonge dans les eaux troubles d’un projet controversé : celui de la construction du Gran Canal au Nicaragua.

Il nous faut remonter à 2014, lorsque le président Daniel Ortega annonce la construction d’un canal interocéanique traversant le Nicaragua. Ce projet répondrait à un besoin de décongestionner la circulation maritime du Canal de Panama, mais représenterait surtout un levier économique pour le Nicaragua, 2e pays le plus pauvre de l’Amérique du Sud, au taux de sous-emploi proche de 50%…Eludées sont les lourdes conséquences environnementales et sociétales qu’implique la construction du canal.

Sur le plan environnemental, le passage du canal provoquerait la destruction d’un million d’hectares de marécages et de forêt tropicale, ainsi que la contamination du lac Nicaragua par le rejet d’eau salée et de produits chimiques. Il serait responsable de la disparition d’espèces endémiques, et de la mise en danger des populations locales, qui vivent de ce qu’elles tirent du lac comme de la terre.

Localement, mais aussi à plus grande échelle, le Gran Canal est synonyme de précarisation de la population. Le groupe chinois HKND, qui en assure la construction, s’est vu accordé par la Loi 840 le droit de disposer d’autant de terre que voulue -qu’elle soit privée ou publique. Cette loi, votée en 2013 en comité réduit, autorise l’expulsion sans compensation de milliers de familles ne possédant pas légalement leurs terres, mais y résidant depuis des générations.

Le documentaire présente ces diverses implications, et met en avant l’instrumentalisation du projet à des fins politiques et démagogiques. Derrière le discours sur-optimiste d’Ortega qui promet un doublement du PIB et la création d’un million d’emplois, se profile une réalité bien moins reluisante : la construction du canal ne nécessitera que 50 000 emplois dont la moitié seulement sera attribuée à des Nicaraguayens. Et comme le documentaire nous le démontre, le président ferait donc miroiter quelques 975 000 emplois fictifs pour transformer cet absurde projet en véritable panacée.

Des travaux de construction, on n’en verra aucune trace, à l’image d’un Gran Canal un peu « trop » grand, « too big to be real » ; le projet divise les Nicaraguayens, qui devant la caméra de Constance Brown, oscillent entre confiance enjouée et scepticisme teinté de fatalisme.

 

2 thoughts on “Le “trop” Grand Canal

  1. Bonjour Sarah,
    Je m’intéresse à titre personnel à ce sujet de canal du Nicaragua, dans le cadre d’un roman que je prépare en ce moment. Il y a énormément à dire sur ce sujet, qui semble en effet trop gros pour être vrai. Je suis tombé sur votre article par le biais de Google Alerts, et j’aimerais beaucoup pouvoir visionner le documentaire de Constance Brown, voire éventuellement la contacter pour en discuter avec elle. Y a-t-il une possibilité de la contacter par email ou par téléphone, et d’obtenir une copie du film (pour mon usage personnel) ?
    Merci de votre aide,
    Clément Sirdey

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