Les aventures de Gaëlle reporter

By Gaëlle Fournier

1ère partie :

Il est plus de minuit lorsque Morphée atteint ma chambre. Dans mon rêve, je suis au cœur d’un dilemme cornélien avec ma colocataire Cléa, son pot de pesto à la main – celui de savoir s’il est raisonnable ou non de regarder un autre épisode de Gossip Girl – lorsque “Barbara Streisand” retentit dans la pièce. ” Barbara Streisand ouhouhouhouhhhh ” se fait entendre et ce de plus en plus fort. J’ouvre les yeux. Que se passe-t-il ? C’est l’alarme de mon iPhone. Il est 5 heures du matin. Je tente de retrouver mes repères. Où suis-je ? En Guadeloupe et plus précisément à Saint-François. Quel jour ? Le 6 janvier 2017, profitant des vacances d’hiver communément connues par les sciencespistes sous le nom de ” winter break “. Je sors alors de ma chambre et me dirige vers la terrasse. Il fait encore nuit. La température est pourtant très agréable à une heure si matinale – 25 degrés – contrastant avec les températures négatives enregistrées au même moment en métropole. Mon sac à dos est prêt. À l’intérieur, on y retrouve l’équipement de base du randonneur : une bouteille d’eau, des pansements, une autre paire de chaussettes, un K-way, une polaire, un appareil photo, mon portable et spécificité de la randonnée en Guadeloupe, un maillot de bain en guise de récompense, afin de profiter des sources d’eau chaude situées au pied du volcan.

Saint-François – 6:00 a.m : C’est l’heure de partir. Deux heures de route sont nécessaires pour atteindre notre destination, qui se trouve à l’autre bout de l’île. Dans la voiture, le paysage défile. De ma fenêtre, les bananeraies, rhumeries, et plantations de cannes à sucre s’étendent à perte de vue. Ce sont des richesses dont la Guadeloupe bénéficie, son économie reposant majoritairement sur l’agriculture et sur nous, les touristes, qui attirés par le soleil des tropiques et la chaleur estivale surtout en pleine période hivernale, y posons nos valises régulièrement. En 30 minutes, le dépaysement est déjà total. Ma vue jusqu’alors habituée aux plages de sable fin bordées de cocotiers, aux lagons turquoise propres à l’aile Est de l’île, nommée Grande-Terre, s’accoutume désormais à des collines verdoyantes, avant de plonger dans la forêt tropicale, étape incontournable avant d’atteindre les montagnes volcaniques des Petites Antilles. Constituée d’un archipel de sept îles, la partie principale de la Guadeloupe, Karukera en créole, est en effet composée de deux îles disposées en forme d’ailes de papillon exotique, Grande-Terre et Basse-Terre, séparées par un étroit bras de mer répondant au nom de Rivière salée. Soudain le paysage devient sombre, une pluie torrentielle s’abat sur le par brise : nous sommes arrivés en Basse-Terre, île montagneuse et volcanique, au climat tropical humide, où le sable des plages s’est noircit. La végétation y est beaucoup plus dense, le relief beaucoup plus accidenté qu’en Grande Terre. Au cœur du parc national de Guadeloupe, nous arriverons bientôt à destination : le volcan de la Soufrière, culminant à 1 467 mètres d’altitude, nous y attend.

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Saint-Claude – 8:05 a.m : Arrivée dans le petit village de Saint Claude où un épais brouillard recouvre la route. Dans un virage, une petite cabane nous attend. À l’intérieur une jeune femme se présente : Maë, une vingtaine d’années, très souriante, va être notre guide pour l’ascension de la Soufrière. Nous sommes huit à avoir opté pour le menu randonnée. Le reste du groupe a, quant à lui, opté pour le canyoning. Un portugais ne cache alors pas sa déception lorsque Maë lui annonce qu’elle ne s’occupe pas du canyoning, préférant le volcan aux descentes en rappel. S’appuyant sur des années d’expérience en montagne, mon père me conseille de replier mes chaussettes de randonnée par-dessus ma cheville, mes nœuds de lacets ainsi que les crochets afin d’éviter de trébucher et surtout que mes lacets se défassent. Astuce de savoyard, me dit-il. Moi je trouve que ça fait plutôt Jean-Claude Duss des Bronzés font du ski que Savoyard, mais bon. La guide est de mon avis. Elle nous demande d’ailleurs si l’on vient de Savoie. Si Versailles et ses abords formaient une chaîne de montagne, j’aurais acquiescé, mais nous savons que ce n’est pas (encore) le cas. On nous doit alors désormais le surnom de la famille des ” faux-savoyards “.

8:30 a.m : Les présentations faites, une pause-café et dix minutes de voiture plus tard, nous voici enfin au point de départ du sentier de randonnée. Comme nous, ils sont 300 000 chaque année à venir tenter leur chance pour rencontrer la ” vieille dame ” comme la surnomment les Guadeloupéens. Au pied du volcan, à 950 mètres d’altitude, le site des bains jaunes, bassins d’eau tièdes alimentés par des sources thermales provenant du volcan, est un véritable spa naturel reconnu pour ses propriétés thérapeutiques. Édifiés par les militaires de la coloniale en 1887, ils sont régulièrement entretenus et nettoyés chaque semaine par le personnel du parc national. Dans une eau soufrée à 28 degrés, ils sont appréciés à la fois de la population locale et des randonneurs se prélassant après avoir gravi le volcan.

Les bains jaunes

9:00 a.m : C’est parti pour la première étape : l’ascension dans la forêt tropicale. Empruntant le chemin de randonnée de la Trace du Pas-du-Roy, nous nous enfonçons au cœur de la forêt tropicale, en direction de l’ancien parking de la Savane à Mulets. L’accès en voiture n’y est plus possible depuis l’effondrement d’une partie du Piton Tarade sur la route qui y menait, depuis le séisme des Saintes remontant à 2004. Construit par les militaires de la coloniale en même temps que les bains jaunes, ce chemin était à cette époque le seul passage pour atteindre les contreforts du volcan. Marchant sur les pavés, nous admirons la richesse du patrimoine végétal du parc national.

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Devant un arbre, saisissant une liane (qui s’avérera être, en réalité, une racine), la guide nous fait un petit point culture. Tel Julien Lepers, elle nous demande quel type de volcan est la Soufrière. C’est alors spontanément que je réponds ” Phréatique ” et … bingo, c’est une bonne réponse ! Je dois admettre qu’étant la cadette du groupe, j’étais la plus à même à répondre à cette question (et oui, qui aurait cru que mes cours de SVT de 4ème avec Mme Yver me serviraient un jour pour gravir un volcan).  Bénéficiant depuis 1992 du label international de Réserve mondiale de Biosphère de l’UNESCO, le parc national de Guadeloupe fait partie des territoires remarquables pour la qualité de sa biodiversité. Outre la richesse et la beauté de sa flore, il abrite de nombreuses espèces endémiques de l’île : des oiseaux, chauves-souris, mammifères, insectes et … 150 espèces d’araignées dont une mygale, connue sous le nom de mygale de la Soufrière ! Découverte en 1999, elle a coutume de se promener entre 700 et 1465 mètres d’altitude. En arachnophobe confirmée, mon sang ne fait qu’un tour : prions pour ne pas la croiser.

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By Jetlagvoyage (Soufrière de Guadeloupe) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC BY 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0)%5D, via Wikimedia Commons

À suivre …

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