Les aventures de Gaëlle reporter (2/2)

By Gaëlle Fournier

Lire la première partie.

2ème partie :

9:30 a.m : Après 30 minutes de marche, à 1 140 mètres d’altitude, la vue est impressionnante, offrant un point de vue magnifique sur la vallée et les îles environnantes des Saintes, de Marie Galante et de La Dominique. Profitant de dix secondes d’éclaircies, j’immortalise ce moment : le dôme de la Soufrière vient d’apparaitre. Il nous reste un peu plus de 300 m de dénivelé à escalader pour arriver au sommet du volcan.

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Deux sentiers s’offrent à nous : le chemin des dames emprunté par la plupart des randonneurs en raison de sa “facilité” et le chemin des scientifiques, emprunté par les randonneurs les plus confirmés. La guide a fait son choix : ce sera le chemin des scientifiques ! Les paroles de la vendeuse de chez Decathlon prennent dès lors un sens nouveau : ” La Soufrière pour une première randonnée ? Et bien vous démarrez fort ! “et elle ne croyait pas si bien dire …

9:45 a.m : Parée de mon plus beau K-Way, je débute l’ascension du dôme par un vent et une pluie dignes de la Bretagne.

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C’est parti pour (aller-retour) 4 heures et 8,6 km d’escalade sur la partie ouest du volcan, et plus précisément sur le Col de l’Échelle, afin d’atteindre le sommet. Le col porte bien son nom ; chaque pas sur le sentier rocailleux et escarpé est en effet stratégique, le moindre dérapage conduisant à une chute vertigineuse dans un brouillard qui se fait de plus en plus épais. Soudain mon père s’arrête : les fixations du lacet de sa chaussure droite, d’une marque pourtant réputée chez les montagnards, viennent de lâcher, un seul pied est désormais maintenu. Le groupe poursuivant l’ascension, nous décidons de continuer. Mais cinq minutes plus tard, le sort s’acharne sur notre famille des ” faux-savoyards ” : la semelle d’une des chaussures de ma mère se détache. J’avertis alors la guide qui tente de trouver une solution. Mon père va pouvoir continuer avec ses deux chaussures mais pour ma mère, l’affaire s’avère plus compliquée. Avec l’humidité, la semelle n’isole plus du tout son pied : elle va devoir continuer l’ascension sur un pied, l’un en chaussure et l’autre en chaussette. Angoissée depuis le début de la randonnée, ma mère est encore moins rassurée, d’autant plus que le vent et la pluie redoublent. À 1300 mètres d’altitude, il est trop tard pour rebrousser chemin et retourner à la Savane à Mulets. Nos coéquipiers sont admiratifs : ma mère va devoir réaliser l’ascension, déjà difficile bien équipée, sur un pied. Heureusement, notre groupe est solidaire. Tandis que Maë aide ma mère à gravir le sentier escarpé, un formidable esprit d’équipe se met en place. Tels les All Blacks, nous nous peignons les joues d’argile noire trouvée sur le sentier. M’agrippant de toutes mes forces à une corde, face au vide, je contemple, malgré ma peur, le paysage. C’est un paysage lunaire dans lequel la roche volcanique côtoie l’unique fleur du col, l’ananas rouge. Impossible de ne pas se sentir insignifiant devant ce spectacle saisissant.

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11:30 a.m : Plus que quelques mètres à escalader avant d’arriver au sommet. D’un bruit continu et assourdissant, des émanations de gaz soufré s’échappent du plateau sommital de la Soufrière. C’est terminé, nous y sommes. Par intermittence, une vision panoramique de la Guadeloupe et de ses îlets environnants se présente à nous. Nous nous approchons des différents cratères : le cratère Dupuy, le gouffre Tarissan et le gouffre Napoléon. Le Gouffre Tarissan, rempli d’acide à 70 mètres de profondeur, est impressionnant. D’importantes fumerolles, gaz majoritairement composés de vapeur d’eau et de CO2, s’en échappent. L’odeur est particulièrement nauséabonde, due à la présence d’anhydride sulfureux. Maë nous raconte alors la légende du gouffre, selon laquelle ce dernier tiendrait son nom d’un vétérinaire du XIXème siècle dont l’intrépide curiosité l’aurait fait chuter dans l’abîme.

12:00 a.m : Après avoir pu admirer toute la puissance du volcan, nous reprenons les chemins balisés du parc national, en passant cette fois-ci par le chemin des dames. Au cours de la descente, nous partons à la découverte de deux points géologiques importants : l’éboulement Faujas et la Grande Faille. Si l’éboulement Faujas provient d’une éruption du volcan remontant à 1798, la Grande Faille, également appelée Fente Nord, sépare littéralement le volcan en deux jusqu’à son sommet. Elle renferme des nappes de gaz carbonique qui rendent dangereuses son exploration. Nous nous y arrêtons. Sa végétation luxuriante, constituée de fougères arborescentes, d’ananas montagne, de Siguine blanche et surtout de sphaignes multicolores gorgées d’eau, est captivante.

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12:30 a.m : De magnifiques points de vue sur la vallée, la Mer des Caraïbes et le petit cul de sac marin composent notre parcours. Tandis que nous nous arrêtons pour contempler les Monts Caraïbes, ma mère essaye tant bien que mal de replacer sa chaussette autour de sa semelle décollée. Une autre avait été placée en renfort mais s’est détachée en cours de route. La pause terminée, nous nous remettons en chemin. C’est à ce moment précis que survient l’impensable : la deuxième semelle cède, entrainant dans sa chute la destruction de la deuxième chaussure. C’en est fini pour la paire de chaussures de randonnée de ma mère. Une heure nous sépare de l’arrivée : elle va devoir l’atteindre sans chaussures. Mais notre guide ne l’entend pas de cette façon et s’inspirant de Yannick Noah, elle décide de finir l’aventure pied nus. ” D’autres guides le font. Et puis j’ai toujours eu envie d’essayer cette technique alors c’est l’occasion ! ” s’exclame-t-elle. Néanmoins, un autre problème se pose : la guide chausse du 41 et ma mère un petit 36. Je propose dès lors un compromis, celui de donner ma paire de 38 à ma mère et de prendre le 41 de Maë : l’écart sera ainsi moins prononcé.

13:30 a.m : Les derniers pas sont les plus difficiles. La récompense des bains jaunes n’en a été que plus belle. Après 5h30 d’efforts intenses, la chaleur de l’eau apaisant mes pieds endoloris se révèle être le plus beau des présents. Dans les bains chauds à 60 degrés, nous nous remémorons notre périple.

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Au bilan : deux paires de chaussures de randonnées complètement foutues, des chutes, des images à jamais gravées dans notre mémoire et surtout, une sacrée aventure à raconter.

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À bientôt pour de nouvelles ” aventures de Gaëlle Reporter ” !

 

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