L’Inde entre les lignes (3)

Voici la troisième partie du récit de voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur son blog de voyage

Lire le début et la deuxième partie

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  • Premiers jours de volontariat

Écrit le jeudi 8 juin à Navi Mumbai

C’est donc mardi que mon travail de volontaire a enfin débuté.

Je suis d’abord allée déjeuner avec Marine et Erika, une stagiaire péruvienne de 27 ans qui a démissionné pour faire un grand voyage de 7 mois, entre New York et l’Asie du Sud. On décide de tester la cantine universitaire du Pillai College, dont fait partie l’auberge dans laquelle on réside. Je prends un Chapati : des galettes fines avec deux sortes de mélanges de légumes et d’épices. Il y a aussi une cuillerée de sauce piquante à laquelle je ne touche évidemment pas  : en France, j’aime beaucoup la cuisine épicée, mais ici un plat « non spicy » m’enflamme déjà la bouche…

On prend ensuite le train pour descendre à Belapur. C’est un quartier assez moderne et récent qui a des airs américains et dans lequel se trouve un CBD (Central Business District, encore merci aux cours de géo). Je monte alors pour la première fois dans ce que les touristes appellent un tuck-tuck mais qui se nomme officiellement un rickshaw. En fait c’est exactement comme une moto à laquelle on ajoute une roue à l’arrière, un toit et un petit banc pour les passagers. Le moteur couine ; on manque de renverser une petite dizaine de piétons en 5mins. Le rickshaw nous dépose devant le portail du Maruti Paradise, un complexe d’immeubles dans lequel vit Sarika Gupta, la fondatrice de l’ONG « Safe n’ Happy Periods » pour laquelle nous sommes bénévoles. On travaille depuis son appartement car elle a un air conditionné efficace, contrairement à celui de notre hostel.

L’objectif de son ONG est de sensibiliser à l’hygiène des règles (« raise awareness on safe disposals for periods »), qui restent, d’ailleurs, un énorme tabou en Inde : tandis que la grossesse est perçue comme un don de Dieu et la plus belle chose au monde, les menstruations sont considérées comme impures et sont une source de honte et de gêne. Dans la plupart des familles indiennes, les femmes qui ont leurs règles ne peuvent ni entrer dans la cuisine, ni aller prier au temple. De plus, les menstruations posent un problème écologique important ici : chaque mois, une femme jette l’équivalent de 50 sacs plastiques en serviettes hygiéniques. Il existe aussi un risque hygiénique : les déchets étant souvent laissés en décomposition à l’air libre, des maladies se développent, se propagent et infectent les éboueurs (ou tous ceux qui touchent ces déchets). Le but de cette association est d’apporter une éducation aux jeunes filles et femmes dans les écoles et autres centres d’accueil sur ce que sont les règles, en quoi elles sont normales, naturelles et nécessaires, ainsi que sur les produits hygiéniques à utiliser.

http://safenhappyperiods.org/

Marine, Becky, Aya, Fatma, Sarika et moi avons donc passé 2h devant l’arrêt de train de Vashi avec notre petit badge de “Volunteer”. Le but était d’arrêter des femmes dans la rue et de discuter avec elles pour recueillir des informations afin d’adapter les prochaines interventions de l’association, mais aussi pour faire connaître à ces femmes les dangers écologiques et sanitaires engendrés par certains produits. Je travaille en duo avec Marine et il faut avouer que nous sommes extrêmement efficaces : il est vrai que les Indiennes sont particulièrement contentes et curieuses de parler avec nous, deux étrangères blanches aux yeux bleus. Mon anglais étant meilleur que celui de Marine, j’ai la responsabilité d’aborder les femmes et de lancer la conversation. Etant toutes deux assez souriantes, nous n’avons pas vraiment de mal à attirer la sympathie des jeunes femmes et à discuter plusieurs minutes avec elle. Une fois de plus, ces Indiennes nous rendent des sourires qui me remplissent de joie.

Après ces 2h de “market research”, ou plutôt de discussions et de rencontres, nous sommes rentrées chez Sarika qui nous avait gentiment invitées à dîner. Sarika emploie une gouvernante qui s’occupe de son intérieur et fait la cuisine. Il me semble que beaucoup de riches indiens vivent ainsi. On nous a servi un excellent repas traditionnel et végétarien nommé Dal Chawal : du riz et des lentilles cuisinées avec de la sauce. La soirée chez Sarika est vraiment très intéressante et conviviale : nous mangeons sur ce qui lui sert de canapé, ce sont en fait des matelas posés par terre. Sarika est passionnante et répond à toutes mes questions : il faut dire que je suis assez curieuse, je vais donc d’un sujet à l’autre. Je profite vraiment de cet échange car j’ai énormément de chance de pouvoir parler avec cette Indienne très cultivée, souriante et heureuse de discuter de sa culture et de son pays. Je la questionne sur les tensions toujours existantes entre l’Inde et le Pakistan, sur les différentes religions présentes en Inde, sur les rites hindous, sur le cinéma bollywoodien (je compte bien aller visiter les studios de Bollywood d’ici la fin de mon voyage !)… Elle m’explique aussi la signification exacte du bindi (ou tilak), ce point rouge que beaucoup d’Indiens portent entre les sourcils. Le bindi symbolise le troisième œil de Shiva, il se positionne à l’emplacement du sixième chakra (celui où résident les facultés psychiques). Il est en fait une marque de la spiritualité de celui qui le porte et apporte le bonheur. Le bindi est une tradition hindouiste mais fait aujourd’hui partie de la culture indienne et peut ainsi être porté quotidiennement par n’importe qui (il suffit bien-sûr d’y croire !). Sarika est particulièrement touchée quand je lui parle des tensions avec le Pakistan : elle me raconte les attaques de Bombay des 26 et 29 novembre 2008, une série de 10 attentats islamistes qui a fait 188 morts… D’après elle, la principale tension aujourd’hui est liée au Cachemire, cette région qu’elle appelle « heaven on earth » et que l’Inde et le Pakistan se disputent… Becky, qui est britannique et étudie la littérature et l’histoire de son pays, nous parle du colonialisme anglais en Inde, de comment les Anglais ont quitté la région en deux-temps-trois-mouvements en 1947, et du découpage territorial toujours débattu aujourd’hui… La soirée se termine sur un énorme épisode de pluie et un retour à Panvel en taxi (une voiture passe à toute vitesse dans une flaque juste à côté de nous et une énorme vague s’abat sur le côté droit du taxi, aspergeant la voiture d’eau jusqu’au toit). Il fait nuit noire, il pleut, on longe un pont sous lequel est installé un petit bidonville. On voit un bébé dans les bras de sa mère, une petite fille qui joue et un homme qui dort littéralement au bord de la 4 voies…

La journée de jeudi se passe aussi chez Sarika avec qui l’on travaille sur les différents réseaux sociaux et la newsletter de l’association. On apprend ce soir que Sarika a reçu un message WhatsApp envoyé par une jeune fille avec qui nous avions parlé la veille dans la rue : la présidente de l’ONG nous félicite chaleureusement et semble très fière de nous ! Pour le déjeuner, on se fait livrer des pizzas et, surprise ! Les pizzas Dominos sont beaucoup moins grasses en Inde qu’en France. Marine et moi décidons de garder les quelques parts restantes : le soir-même, on les offre à trois petits garçons assis seuls et pieds-nus dans la rue, comme nous avions fait la veille avec notre reste de riz. L’immense sourire qu’ils nous rendent vaut largement le prix de toutes les pizzas du monde… Disons que la grande pauvreté est tellement présente ici qu’il serait absolument impossible pour nous de donner un billet à chacun… On décide alors de garder automatiquement nos restes et de toujours avoir un paquet de gâteaux sur nous.

Vers 20h, Marine et moi retrouvons Rahul à Seawoods dans un immense mall à l’américaine construit il y a quelques mois. Il nous présente Mariyan, un nouvel intern anglais de 21 ans qui fait partie du projet « Village Development » auquel nous participerons aussi et qui commence dans une semaine. Une fois de plus, je suis largement plus jeune que les autres interns que je rencontre et ils sont tous surpris d’apprendre que je fêterai mes 18 ans avec eux dans une dizaine de jours. Mariyan est très sympathique et dynamique, on lui parle de nos projets de voyages et de visites ce week-end dans le centre de Mumbai et dans quelques semaines dans le nord de l’Inde. Il est tout de suite très enthousiaste et désireux de se joindre à nous, ce qui est une bonne nouvelle pour Marine et moi qui avons du mal à motiver certaines bénévoles à sortir de l’auberge… Le voyage dans le nord de l’Inde est déjà en cours de préparation : Marine rentre en France le 6 juillet, on voyage donc du 27 juin au 5 juillet. 5 villes en 8 jours, du Rajasthan au Pendjab en passant bien-sûr par Dehli et Agra…

Exclusive Interview with Ahmed Malek, Egyptian Movie Star

We have republished this interview as the first installment of The Sundial Press’s partnership with Le Zadig, the newspaper of Sciences Po Campus of Menton. The original post may be seen here. Throughout the year we will be syndicating articles that appear in the newspapers of other Sciences Po campuses.

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Ahmed Malek (cc @jrmalek Instagram)

Cairo has always been an epicenter of arts and culture in the Middle East, with Egyptian cinema long being recognized as one of the best, regionally and internationally. The Egyptian cinema industry peaked between the 1940s and 1970s, introducing stars like Soad Hosny, Abdel Halim Hafez, Laila Mourad, and Omar Sharif to the world. To this day, Arab artists from the whole region make their way to Cairo to make it big. In recent years, Egyptian movies have made a comeback on the international scene, most notably with Clash and The Square, two movies scoring nominations at some of the biggest international festivals such as the Festival de Cannes and the Academy Awards.

Ahmed Malek, a fresh face among the familiar stars of Egyptian Cinema, is a young and rising Egyptian actor. At only 21 years old, Malek has made a huge breakthrough in the industry, having already played many important roles both on TV and in films — drawing his inspiration from many classic Hollywood and Egyptian actors. I had the pleasure to sit with him this summer in Cairo, to talk about his beginnings, his ambitions and his future plans.

Hayat Aljowaily: When did you start acting and why?
Ahmed Malek: Why? Because it was the only thing I knew how to do, and loved to do. So I started going to one casting after the other until I entered the profession. I started when I was in grade one.

Hayat : Who is your favorite Egyptian actor from the black & white period?
Ahmed: Mahmoud Morsy, because he was very strong and stable. He was very truthful to the art of acting itself, and had very high theatrical standards, on an international level.

Ahmed was born and raised in Cairo, and the vibrant city has clearly had an effect on his personality and the diversity of roles he has played; roles ranging from a young Hassan El Banna on the TV series El Gama’a, to Adam, a wealthy teenager living in the bourgeois suburbs of Cairo.

I feel like I want more …

Hayat: You’ve lived your whole life in Cairo. What’s your favorite thing about it, and your favorite places to go? If someone has never been to Cairo, what would you tell them defines it?
Ahmed: Mostly its energy, its dynamics, and its chaotic beauty… that’s what defines Cairo. One of the places I really like to go to, and I feel has a special feel to it, is Downtown Cairo, with its old-school British Architecture. There’s also the poorer neighborhoods with its 70s architecture from the times of Abdel Nasser, the 90s architecture in Zamalek … and the “new bourgeoisie” neighborhoods in the suburbs. Cairo is very diverse, it’s almost absurd, which is what is nice about it.

Malek rose to fame very quickly, and has become regionally renowned within just a couple years. Unfortunately, Malek learnt very early on that fame comes with its benefits and disadvantages — having often been targeted by the media for his political involvement and ‘bad boy’ persona. However, this hasn’t kept him from his ambitions.

Hayat: In just a few short years, you have starred in some of the biggest films in Egypt and the MENA region, with some, like “Clash”, reaching international fame. How does it feel to have a career grow so fast?
Ahmed: I feel like I want more …

Hayat: Many of your recent roles can be considered controversial, as you portray young men who like to drink, party, etc., things that are looked down upon in Egyptian society … are you not scared of backlash? How do you deal with it?
Ahmed: Honestly, they can go f—k themselves. In the end, it’s kind of like the way people see nudity. Some people see nudity as something sexual, whilst others can see it as something objective. It’s about how you perceive things, there are many ways to see things. It’s all about how one lets themselves get affected by this s—t. It’s not my duty to be careful about what people are gonna see, it’s my duty to just show a certain perspective. How the public receives it, that’s none of my business.

In the end, it’s kind of like the way people see nudity. Some people see nudity as something sexual, whilst others can see it as something objective.

Every Ramadan, in Egypt and around the Arab World, hundreds of TV Series are aired throughout the region, gathering family and friends, every night, in front of the TV. This Ramadan, Malek starred in one of the biggest shows of the summer, La Totfe’ Al Shams. The show, which had thousands of followers, created many — much needed — debates throughout the month, as it told the story of a wealthy family of five children and their mother, with each character dealing with different problems such as suicide, adultery, and drug addiction. Malek played the role of Adam, the younger brother who lives in the comfort of his privileged world, enjoying partying, DJ-ing and stand-up comedy… until he meets Habiba, the niece of a car mechanic, and falls desperately in love with her. With both their families not approving the relationship, Adam is willing to go to any lengths to make the union happen.

Hayat: In your most recent show, “La Totfe’ Al Shams”, many taboo topics in Egyptian society, from adultery to suicide, are discussed. What role do you think the arts and media plays in changing people’s mindsets?
Ahmed: To be honest, there is nothing that can change people’s minds. If a person has an opinion, it’s not likely for him to change it, no matter what. What you can do, is influence people’s perceptions, people’s points of view on the topic… You can help people build a new opinion. But if someone already has an opinion, it won’t change. This is a very philosophical question that we can spend a long time talking about. How to change people’s minds through art is really a huge question, some people think about it for years. To break it down, to me: art is really all about perception. You show your perception to the audience… some will agree with it, some won’t, Whether people can really change their minds, is a question no one can really answer.

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Ahmed Malek as Adam, in La Totfe’ Al Shams (2017)

Hayat: Something else the show shines a light on is the fact that there is a lot of pressure put on youth in Egypt, and the Arab World, to fit into certain boxes. Your character Adam always stood against that. Have you ever felt this pressure? Have you ever had trouble forming your identity between what you want to be, and what is wanted of you?
Ahmed: There’s definitely a constant clash, between what you want to do and what society offers you. It’s not just society… it starts with your parents who sometimes want you to do things you don’t want to do. So it’s an ongoing clash. My opinion is just to try and do it as smartly as possible, doing what you want in a smart way. That’s it.

Although Malek has already made a successful stride into the world of cinema, his career is only beginning. Malek has several big projects coming up, which means he will most likely be appearing at many film festivals in the upcoming months. His success story, alongside his down-to-earth and quirky personality, have turned him into a role model for youth in Egypt, and the Arab World.

Acting is a very ‘polluted’ art

Hayat: Your next film, “Sheikh Jackson”, is rumored to make it to the 71th Edition of the Cannes Film Festival. Are you looking forward to get exposure abroad, and potentially start your career abroad? 
Ahmed: Of course. That’s the goal.

Hayat: While we’re at it then, where do you see yourself in the future? In ten years time?
Ahmed: Where do I see myself in the future? I don’t know, I don’t want to assume anything.

Hayat: What’s your advice to other young Arabs who aspire to become actors?
Ahmed: My advice is to look at the art itself, not the career and what it brings you. Acting is a very ‘polluted’ art, with all the stardom and s—t. So yeah, my advice for those who want to start acting is to look at the art itself, analyze what is acting, what are the different methods and techniques, where you wanna get to, study theater. When choosing roles, try to start finding your character on the inside, before you start looking at it from the outside. So yeah, all of that. 

Malek has much in store for the next couple of months, including the release of Sheikh Jackson. Who knows, maybe he will stop by Menton on his way to Cannes!

—Interview and transcription by Hayat Aljowaily

L’Inde entre les lignes (2)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

Lire la première partie ; la suite

  • Premiers pas dans la “ville qui ne dort jamais”

Écrit le mardi 6 juin à Navi Mumbai

Dimanche soir, jour de mon arrivée, j’ai fait la rencontre de Marine. Elle est française, elle a 23 ans et elle est ici depuis 3 semaines. Notre première discussion m’a énormément rassurée : elle me parlait déjà d’un voyage dans le nord de l’Inde que l’on pourrait faire ensemble dans quelques semaines et me racontait à quel point elle était heureuse depuis son arrivée. Voir un si grand sourire, autant de dynamisme, mais aussi parler avec quelqu’un qui a la même culture que moi m’ont fait énormément de bien.

Il faut dire qu’en tant que française de milieu plutôt privilégié, je me retrouve dans un environnement qui diffère en tous points du mien, d’autant plus que je n’ai jamais voyagé en Asie ni dans aucun pays pauvre. D’après Marine, qui a déjà visité la Thaïlande et l’Indonésie, je commence par le pire…

Lundi, j’avais rendez-vous à Vashi, un quartier disons plutôt moderne de Navi Mumbai, avec Aya, Fatma (une nouvelle intern Turque) et Rahul. Marine est venue avec nous car c’était la première fois que nous prenions le train et nous avions clairement besoin de son aide et de ses conseils.

Alors, prendre le train à Bombay… Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir décrire à quel point cette expérience, qui semble tellement banale, est en fait exceptionnelle à mes yeux. Les trains qui relient les différents quartiers de Mumbai et Navi Mumbai ne sont absolument pas comparables à quoi que ce soit qui existe en France. Disons qu’ils sont à mi-chemin entre le métro et le tramway, mais les différences sautent aux yeux. La première est que le train roule avec les portes ouvertes. Commet imaginer un métro parisien rouler portes ouvertes ? Lorsqu’on traverse le pont entre Mumbai et Navi Mumbai, le vent marin s’engouffre dans les wagons et il est si fort que mon téléphone a manqué de tomber de ma main ! Je pense que les quelques images parleront d’elles-mêmes bien qu’il soit difficile de prendre des photos discrètes alors que tous les regards sont fixés sur moi… Nous empruntons le wagon réservé aux femmes, mais le wagon mixte me semble aussi assez sûr dans la journée.

A Vashi, nous retrouvons Rahul dans un mall, c’est-à-dire un centre commercial, seul environnement plutôt familier jusqu’à présent. Le rendez-vous visait à organiser notre travail pour les prochaines semaines. Le maître mot pour toujours rester zen et calme en Inde est la patience : cela s’applique très clairement aux membres de l’AIESEC à Navi Mumbai, qui sont assez désorganisés et semblent toujours penser que tout va bien…

Le mall a clairement des allures de centre-commercial américain, bien que les boutiques Michael Kors et Hollister soient remplacées par du prêt-à-porter traditionnel et des salons de massage thaïlandais. Le supermarché est rempli de mangues et autres fruits frais. En parlant de mangues, elles sont très peu chères et faciles à trouver ici, à mon plus grand bonheur : j’en ai acheté 3 à un petit monsieur au bord de la route pour Rs.70, soit 1€, quand une mangue coûte 2.5€ en France !

La journée de mardi fût pleine de sourires, de rires et d’innombrables nouvelles découvertes pour moi. Aya, Marine, Fatma et moi partons vers 11h pour Vashi avec Becky, une anglaise arrivée en même temps que Marine. Rutu, la project manager de Becky et Marine avec qui nous allons travailler cette semaine, nous indique une mystérieuse adresse à laquelle nous devons nous rendre pour retrouver Sarika Gupta. C’est la fondatrice de l’ONG « Safe n’ Happy Periods », pour laquelle Marine et Becky travaillent depuis leur arrivée. Sur le chemin, nous sommes littéralement harcelées par des petites filles en haillons, pieds nus, qui nous tirent par les manches et tendent leurs mains pour obtenir quelques pièces ou billets. Marine leur répond sèchement, et m’explique ensuite que, bien que l’on soit prises de pitié, il faut savoir dire non car si l’on donne un billet à un enfant, une dizaine d’autres accourent et l’on ne s’en sort plus… Le soir, il nous restait du riz de notre repas et l’avons donné à deux petits garçons dans la rue qui semblaient très heureux de pouvoir manger plutôt que de recueillir des billets à remettre à leurs parents (ou autre…) ensuite. On croise aussi beaucoup d’aveugles qui font la manche, et je me dis que « Slumdog Millionaire » ne sort pas de l’imagination…

Nous nous retrouvons donc dans un Data Science Congress (!!!) organisé par Sarikaa dans le cadre de son activité professionnelle. On nous y offre un excellent buffet avec de la nourriture locale que nous dégustons entourées d’indiens en costume qui mangent debout et avec leur main droite. La rencontre avec Sarikaa nous permet d’organiser notre travail avec elle pour les prochains jours. Sarikaa a une cinquantaine d’années, elle est très belle, d’autant plus qu’elle porte un superbe sari orange et dorée, et elle a l’air d’être très instruite et indépendante, bien que mariée et mère de famille.

Il est 15h, nous n’avons plus de travail : pourquoi ne pas aller à Mumbai ?

Le voyage en train de Vashi au centre de Mumbai dure 1h. J’ai passé tout ce temps à observer les femmes autour de moi, à regarder ce qu’il se passe par la fenêtre (et par la porte !), vraiment comme une gamine dans un magasin de poupées (ou comme moi chez Zara il y a encore quelques mois) !

Arrivées à Mumbai, on décide de prendre le taxi jusqu’au Babulnath Temple. A 5 dans un taxi à 27centimes/personne la course, j’ai passé 25 minutes entre mini crises cardiaques et fous-rires. Quelqu’un qui n’a pas vu ça de ses propres yeux ne peut pas imaginer l’énorme bazar que sont le trafic et la circulation dans Mumbai : pas de rickshaws ici, mais une quantité impressionnante de taxis, de motos et de vélos, sans oublier bien-sûr les voitures et les camions. La scène ne serait pas si drôle si des petits monsieurs ne transportaient pas d’énormes sacs de graines sur leur tête en zigzaguant entre les engins qui roulent à 17kms/h. Sans parler des charrues remplies de meubles et de tubes de métal, ni des piétons, ni des pauvres policiers qui tentent de faire la circulation aux croisements. Les klaxons ne s’arrêtent pas, personne ne ralentit pour laisser passer les piétons… Bref, étant habituée à la circulation tranquille et plutôt respectueuse en France, j’ai vraiment cru que j’allais perdre la vie. Mais je pense qu’il suffit juste de s’habituer. A ma quatrième course de la journée, ça allait déjà beaucoup mieux.

Le temple hindouiste de Babulnath est absolument exceptionnel. Coupé des bruits de la ville, plein de couleurs et de fleurs, j’y ai vraiment ressenti un climat de calme, de paix, de gentillesse et d’accueil. Je pense que les images parlent d’elles-mêmes. Je voulais absolument visiter ce temple car c’est le décor de plusieurs scènes de la série Sense8 de Netflix que j’ai regardée en entier juste avant de partir (pour les connaisseurs, c’est ici que Kala vient se recueillir et que son beau-père se fait poignarder. La statue de Ganesh que l’on voit dans la série n’est pas là toute l’année, elle est apportée à Babulnath pour certains festivals uniquement).

Nous dinons sur Marine Drive, qui est en quelque sorte la Promenade des Anglais ou l’Ocean Drive de Mumbai. Une fois de plus les photos suffisent. Il fait frais grâce au vent marin, les gens sont souriants et le coucher de soleil est magnifique.

Pour rentrer, vers 21h, on prend le train d’un terminus à l’autre, un total de 2h de trajet environ. Une fois de plus, chaque minute passée dans le train est pour moi une expérience profondément enrichissante. A peine installées dans le wagon des femmes, tous les yeux se braquent sur Marine, Becky et moi, car nous avons la peau claire, les yeux bleus, et Becky et moi-même sommes blondes. Les regards sont d’abord intrigués, surpris mais surtout pesants car assez insistants. Mais très vite, je décide à mon tour de regarder ces femmes dans les yeux, et de leur offrir de larges sourires. J’avais besoin de leur montrer que j’étais exactement comme elles et que je ne devais surtout pas être une source de crainte. C’est à ce moment-là que j’ai vécu la plus belle expérience depuis le début de mon voyage mais aussi sans doute l’une des plus belles de ma (courte) vie. Une jeune femme, qui m’avait vue sourire et qui semblait très intriguée, est venue s’asseoir à côté de moi. Elle engage alors une conversation avec moi en Hindi à laquelle je ne comprends bien-sûr pas un traitre mot. Voyant qu’elle ne parle pas anglais, je demande autour de moi si quelqu’un peut nous servir de traductrice. Personne. Voyant que la jeune femme s’acharne et continue de me sourire et de me parler, je sors mon téléphone et lance Google Traduction. Elle peut ainsi lire mes messages en Hindi et me répond avec des gestes afin que je puisse comprendre à mon tour. J’apprends donc qu’elle vit à Panvel comme nous, elle me présente sa fille et sa sœur, toutes deux adorables et très souriantes. Elle semble ébahie quand je lui dis venir de France (sait-elle quoi que ce soit de mon pays ?), et elle sourit timidement quand Marine et moi lui disons qu’on l’a trouve très jolie. Cet échange, pourtant rapide et laborieux, m’a remplie d’un immense bonheur, mais m’a aussi apporté, en quelque sorte, beaucoup d’espoir. Cette femme qui semblait assez pauvre et peu éduquée (puisqu’elle ne parlait pas anglais) avait bravé l’inconnu et était venue s’asseoir à côté de moi pour me parler. Je crois pouvoir dire que je n’oublierai jamais cet échange et encore moins ces sourires pleins de curiosité, de malice, d’intérêt mais surtout d’humanité et de joie.

L’Inde entre les lignes (1)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

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  • Paris, veille du départ

Écrit le vendredi 2 juin à Paris

Cela fait maintenant près de 4 mois que j’attends ce voyage, et 4 ans que je rêve de découvrir l’Inde.

Je viens de terminer ma première année du collège universitaire de Sciences Po Paris, sur le campus euro-américain de Reims. J’ai suivi des cours d’histoire, de droit constitutionnel, d’économie, de sociologie, j’ai rencontré des étudiants de la France entière mais aussi du monde entier qui ont tous de merveilleuses histoires et expériences à raconter. Cette année a aussi été marquée par l’actualité française et internationale : la très choquante et décevante élection de Donald Trump aux États-Unis, la poursuite de la guerre en Syrie et de la crise migratoire en Europe, la terrible situation des homosexuels en Tchétchénie, la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises…

Je ressentais le besoin d’agir, de m’engager personnellement sur le terrain, mais aussi d’aller à la rencontre des fléaux dont j’entends parler en cours et dans les médias et qui me révoltent : les inégalités, le difficile accès à l’éducation, le risque sanitaire, la ruralité, la chaleur aussi… Je voulais voir cela de mes propres yeux, le vivre moi-même. Je voulais sortir de ma zone de confort, m’éloigner le plus possible de mon milieu privilégié français, pays lui-même privilégié.

J’ai donc choisi l’Inde. Non pas parce que je vois ce pays comme le théâtre de toutes les horreurs du monde, loin de là. Mais plutôt parce que je suis fondamentalement et, ma foi, inexplicablement attirée et fascinée par sa culture, sa mentalité, son histoire (et son patrimoine culinaire bien-sûr), bien que je m’y connaisse très peu pour l’instant. J’ai bien-sûr vu “Slumdog Millionaire” mais aussi “The Cheetah Girls: One World” (un film pour ados de Disney qui a construit tous les clichés que j’ai de l’Inde). J’ai surtout lu récemment plusieurs romans d’auteurs indiens ou pakistanais à travers lesquels j’ai pu découvrir la réalité de l’Inde d’aujourd’hui. “Le Dieu des Petits Riens” de Arundhati Roy, “Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante” de Mohsin Hamid ou encore “Un mauvais garçon” de Deepti Kapoor.

 

D’un point de vue plus académique, disons que je suis particulièrement intéressée par les études religieuses, le développement, les inégalités et la solidarité internationale. Ce voyage dans un pays des BRICS rentre donc aussi dans le cadre plus général de mes études et d’un futur projet professionnel qui reste encore à définir.

C’est en Inde que je voulais partir, malgré les avertissements de ma mère ou de mes amis sur le potentiel choc ou même danger que ce voyage pouvait représenter.

Grâce à l’AIESEC, une association internationale de jeunes dont je fais partie sur le campus de Reims et qui vise à “activate the leadership potential of young people”, ce projet de voyage humanitaire en Inde est possible et rentre même dans le cadre de mes études : il est comptabilisé comme mon stage “ouvrier” de fin de première année. http://aiesecfrance.org/fr/

Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir réellement mettre des mots sur ce que j’attends de ce voyage. Disons que j’espère pouvoir rencontrer, aider, servir, visiter, découvrir, sourire et faire sourire.

  • Arrivée à Navi Mumbai

Écrit le dimanche 4 juin à Navi Mumbai

Me voilà maintenant au Pillai Girl’s Hostel de New Panvel East, un quartier de Navi Mumbai. Navi Mumbai (le “nouveau Mumbai”) est une ville née de l’expansion de Mumbai (merci aux cours de géographie et à la carte étudiés pour mon bac ES !).

Malgré un colis abandonné et une évacuation de mon terminal à CDG, le Paris-Mumbai a pu partir plus ou moins à l’heure. Déjà dans l’avion j’étais la seule blonde et j’étais entourée de familles indiennes avec mères en tuniques, pères aux grosses montres bling-bling et enfants souriants. J’ai été assez amusée de voir que presque tous les voyageurs autour moi, hommes comme femmes, regardaient des films indiens qui semblaient tous être des navets romantiques. J’ai donc tenté “Happy Bhag Jayegi”, qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui ne veut pas se marier avec l’homme choisi par son père et qui, par un concours de circonstances, se retrouve au Pakistan chez un homme politique qui lui arrange finalement un mariage avec celui qu’elle aime. C’était plutôt sympathique, coloré et joyeux mais à vrai dire très long…

Arrivée à Mumbai, j’ai retrouvé Aya, une “intern” égyptienne absolument adorable et très souriante. Elle est musulmane pratiquante et compte bien continuer le Ramadan malgré la lourde chaleur indienne (donc pas d’eau ni de nourriture du lever au coucher du soleil). Nous avons tout de suite été rejointes par une bande de 5 ou 6 jeunes indiens qui font partie de l’AIESEC Navi Mumbai : il sont restés avec nous de 2h à 5h du matin et sont ensuite partis car ils étaient volontaires à 6h30 pour un marathon solidaire ! Bien que j’avoue ne pas avoir tout compris à ce qu’ils racontaient (disons que je ne suis pas vraiment habituée à l’accent indien), j’ai tout de même pu tirer beaucoup de cette rencontre et de ces premiers échanges. Ces jeunes étudient tous l’ingénierie et il est facile de deviner qu’ils viennent de familles indiennes privilégiées. J’ai d’ailleurs été assez étonnée de voir les 3 filles en jupes courtes et ventres découverts, contrastant avec le dress code à adopter en Inde dont on m’avait parlé. Vers 2h30 du matin, je suis sortie du Starbucks où nous avons passé la nuit pour aller tirer du cash et je suis donc retrouvée à l’air libre: au beau milieu de la nuit il fait déjà une chaleur pesante et étouffante. On se croirait dans une serre. Les jeunes indiens me disent que je ne suis pas au bout de mes peines niveau météo…

A 8h30, nous sommes enfin montées dans un taxi avec Rahul, notre project manager. On peut dire que c’est là que le voyage en Inde commence vraiment. Nous avons passé 1h30 dans le taxi pour aller d’un bout à l’autre de la ville. Je me battais pour garder les yeux ouverts malgré l’immense fatigue (il était 5h du matin heure française et je n’avais littéralement pas dormi de la nuit). Par la fenêtre, j’ai eu mon premier aperçu de ce qu’est l’Inde: un trafic automobile proche de Mario Kart, entre voitures, rickshaws et motos (Rahul m’expliquait d’ailleurs que “Indian people never follow the rules”, d’où l’énorme bazar…), des bidonvilles au bord de l’artère très passante, des vaches maigres comme des clous allongées sur le trottoir, des chiens qui ne semblaient d’ailleurs pas en meilleure forme, beaucoup beaucoup de déchets, des immeubles vétustes ou en cours de construction (ou peut-être se sont ils juste arrêtés là ?)… Mais je vois aussi énormément de verdure (on passe autour d’une colline qui semble inhabitée), de bus peints en turquoise et recouverts de motifs calligraphiques, de femmes en sari multicolores comme dans les films, d’enfants qui jouent. A ce moment là, je crois que je suis incapable de commenter ce que je vois, je ne peux que décrire, et encore…

Le foyer dans lequel on réside est en fait un campus universitaire qui sert d’auberge de jeunesse pour touristes. Il est réservé aux filles. Pour le coup, il n’y a vraiment que le strict minimum, mais la Wi-Fi est performante et c’est propre. Ça me convient très bien.

Après avoir dormi quelques heures, nous sommes allées acheter de l’eau et nous balader une vingtaine de minutes autour de l’auberge. Premières interactions avec des locaux qui ne sont pas membres de l’AIESEC : on parle plus la langue des signes que l’anglais ! La plupart des petits commerçants à qui nous nous adressons ne nous comprennent pas, mais on arrive à communiquer et à se procurer 3L d’eau pour 60 roupies, c’est-à-dire 80 centimes.

 

« Parce que je suis plus grand, je suis plus fort, j’ai des flingues. »

By Sarah Tosca Levy, photos by Juliette Briey.

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Samedi 1er avril, dans le vieux réfectoire, le sol était constellé de miettes –celles d’une brioche effritée, celles d’un immeuble éventré, celles des corps disloqués. Le petit déjeuner est servi. Au menu ? Un kamikaze, deux amants qui batifolent, une quarantenaire presque folle, une fille jetée à terre, une psychologue, des condoléances, des danses hallucinées. Drama’thalia, la troupe de théâtre du campus de Reims, nous offre une interprétation bilingue de « War and Breakfast » des plus goûteuses.

« War and Breakfast », c’est d’abord une pièce de Mark Ravenhill, publiée en Angleterre en 2008, soit cinq ans après le début de la guerre en Irak menée aux côtés des Etats-Unis, sous le gouvernement Blair. Initialement composée de seize scènes, la pièce aborde des sujets aussi variés et puissants que la guerre, le terrorisme, l’intolérance, sans pour autant sacrifier une certaine fraîcheur et une impertinence chères à Nathanaël Ruestchmann, le metteur en scène. « On a choisi de jouer six scènes, deux en anglais, quatre en français. On a aussi ajouté deux scènes de transition, qui sont plus légères et optimistes. Pour nous, il était important de réussir à faire sourire le spectateur, le faire décompresser entre deux scènes difficiles par leur violence.»

Les défis étaient multiples pour Drama’thalia, troisième troupe française à n’avoir jamais interprété War and Breakfast : le texte, poétique et noir, peu apprivoisable pour la mise en scène ; l’engagement frontal de la pièce et l’humilité qu’implique l’incarnation des victimes et bourreaux de la guerre. C’est d’ailleurs avec l’aide de Guillaume Piketty, professeur d’histoire à Sciences Po Paris dont les recherches portent entre autres sur le phénomène guerrier au vingtième siècle, que la troupe a pu nourrir son interprétation du texte.

Le résultat ? Une pièce mémorable au sens originel du terme – une pièce qui laisse des marques sans laisser indifférent, une expérience sensorielle portée par une troupe dynamique et émouvante. On se prend à fredonner « Où va le monde », chanson de La Femme ô combien pertinente et amère dans le contexte de la pièce ; on se crispe face aux sanglots d’une mère amputée de son fils mort au combat ; et surtout, on réfléchit, on n’arrête pas de réfléchir, on ne veut plus arrêter de réfléchir. Comme un enfant qui poserait des questions sur ce qui l’entoure, sur ce qui est évident aux yeux de tous – qui est bon, qui est mauvais, qui meurt et fait mourir.

Prochaine et dernière représentation le jeudi 13 avril de 19h15 à 20h45, Salle François Goguel (Paris 7ème)

Réservations et informations sur la page Facebook de la pièce : https://www.facebook.com/events/236991583436923/

Métamorphose

By Alexis Romet.

 

L’esprit fécond de juin fertilise la terre ;

La flore explosant, une festive éclosion

Parsème la forêt de germes de mystères.

Fol endroit, où s’opèrent ces transformations,

Dirige moi au travers de ton monastère,

Et montre moi cet arbre fort en ton bastion.

*

Gravé dans l’écorce de ce bois ancestral,

Un visage convulsionné se tord de peur.

Le temple sacré fait des fleurs ses vestales,

Prophètes le parfumant d’un fluide trompeur.

Au milieu de ce champêtre champ de pétales,

L’homme paralysé glisse dans la torpeur.

*

Les rameaux antiques du père trop âgé

Dissimulent la vérité aux yeux profanes,

Qui se fait feuillé dévot d’un voile ombragé.

Les sens étourdis par la jouvence diaphane,

Dans la pénombre se noient au lieu de nager ;

Puis, tel un bouquet, dans la vive passion fanent.

*

Avant que tu ne files dans la vieillesse,

Profite de ce vaste monde qui t’oppose ;

Laisse la nature surgir en ta jeunesse.

Libérant ton corps chaste d’une fin morose,

Elle te déflorera pour que tu renaisses.

Divulgue toi avec cette métamorphose.

An English Girl’s Search for Sun: A Snapshot of the South

By Jessie Williams

It was raining when we left Montpellier. The sky was a slate grey. The ground was glistening with pools of water; reflections danced and then burst into fragments as cars ploughed through them. Our FlixBus pulled onto the autoroute and the landscape outside blurred into one indistinguishable mass. Despite being around 927 km away, the weather was not dissimilar to that found in the UK – yes, it is a national obsession, and yes, my spring break was spent in search of that elusive white ball in the sky.

Marseille. 13.40pm. Azure blue sky. Finally, some sun on my pale skin. We walked through the old port, dragging our suitcases down cobbled streets in search of our Airbnb. Sea gulls flew overhead while buskers played down below. The smell of roasted chestnuts mixed with the salty sea air.

We visited the cathedral first – Cathédrale de la Major –  one of the largest in France with a capacity for 3,000. Built in a Byzantine-Roman style, it has a distinct oriental vibe with sky-high domes, beautiful mosaic floors, and vibrant colours.

Later in the day, we explored Le Panier, the city’s arty quarter with walls embellished with graffiti, tiny ateliers, and musty antique shops. It was quiet, apart from a few locals chatting and children playing on roller-skates. We walked down to the harbour, passing skateboarders circling in front of the Hotel de Ville, the tricolour fluttering in the breeze. Hanging our legs over the side, we watched the water gently swell, moving the boats, as the light faded and the wind picked up.

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Le soir; when the lights are reflected in the shiny black water and the old port buzzes with energy. For all the foodies out there, go to Bistrot L’Horloge –  I still daydream about the arancini balls I ate there.

On our second day in Marseille, we ventured further afield and walked to the Calanque de Sugiton. The sky was thick with fog when we started our hike. Google maps led us through some woodland, past pale craggy cliffs which loomed menacingly as we walked further into the disappearing mist, then we turned a corner and suddenly this vast expanse of turquoise loomed before us. The Med in all its glory; sparkling under the warm spring sunshine.

iPhones were whipped out and photos taken. It really was stunning. But the best part was the fact that we almost had this paradise all to ourselves – during the summer, it would be overrun with tourists, as well as the potential threat of wildfires. The uneven path led us to a rocky outcrop where we could survey the never-ending sea. The vista was breath-taking. If only we had longer to sit and take it all in. Alas, we had a train to catch.

The journey to Aix en Provence was quick – birds dipped and soared in the amber sky as the sun sunk and we sped inland. The impressionist artist, Cézanne, lived here; walking from the station we passed a statue of him with his art paraphernalia strapped to his back – ready for a painting session en plein air. Wandering through picturesque squares with old stone fountains in the centre, I too felt the urge to crack out some paint.

On Saturday we stumbled upon the weekly market held in Place Richelme. There were stalls selling everything under the Provençal sun – olives, cheese, meat, fruit, clothes, baskets and jewellery. We slowly meandered our way through the hustle and bustle, savouring the warmth of the sun on our backs. But don’t be fooled by this climate; at night the Mistral blew through the narrow streets – catching out anyone inappropriately dressed (me).

“Painting from nature is not copying the object; it is realizing one’s sensations”, said Cézanne, and it’s no wonder he – and countless other artists – felt so inspired by the natural world here. After a short walk up a hill, we sat in Cézanne’s garden with shafts of sunlight slicing through the trees, birds chirping and the view of the terracotta rooftops of Aix in the distance. It was the most relaxed I’d felt in a long time.

When we left the south, the sun was shining. It was hot on my face through the train window, and it burned on my mind for the 10-hour journey back to Reims.