L’Inde entre les lignes (3)

Voici la troisième partie du récit de voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur son blog de voyage

Lire le début et la deuxième partie

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  • Premiers jours de volontariat

Écrit le jeudi 8 juin à Navi Mumbai

C’est donc mardi que mon travail de volontaire a enfin débuté.

Je suis d’abord allée déjeuner avec Marine et Erika, une stagiaire péruvienne de 27 ans qui a démissionné pour faire un grand voyage de 7 mois, entre New York et l’Asie du Sud. On décide de tester la cantine universitaire du Pillai College, dont fait partie l’auberge dans laquelle on réside. Je prends un Chapati : des galettes fines avec deux sortes de mélanges de légumes et d’épices. Il y a aussi une cuillerée de sauce piquante à laquelle je ne touche évidemment pas  : en France, j’aime beaucoup la cuisine épicée, mais ici un plat « non spicy » m’enflamme déjà la bouche…

On prend ensuite le train pour descendre à Belapur. C’est un quartier assez moderne et récent qui a des airs américains et dans lequel se trouve un CBD (Central Business District, encore merci aux cours de géo). Je monte alors pour la première fois dans ce que les touristes appellent un tuck-tuck mais qui se nomme officiellement un rickshaw. En fait c’est exactement comme une moto à laquelle on ajoute une roue à l’arrière, un toit et un petit banc pour les passagers. Le moteur couine ; on manque de renverser une petite dizaine de piétons en 5mins. Le rickshaw nous dépose devant le portail du Maruti Paradise, un complexe d’immeubles dans lequel vit Sarika Gupta, la fondatrice de l’ONG « Safe n’ Happy Periods » pour laquelle nous sommes bénévoles. On travaille depuis son appartement car elle a un air conditionné efficace, contrairement à celui de notre hostel.

L’objectif de son ONG est de sensibiliser à l’hygiène des règles (« raise awareness on safe disposals for periods »), qui restent, d’ailleurs, un énorme tabou en Inde : tandis que la grossesse est perçue comme un don de Dieu et la plus belle chose au monde, les menstruations sont considérées comme impures et sont une source de honte et de gêne. Dans la plupart des familles indiennes, les femmes qui ont leurs règles ne peuvent ni entrer dans la cuisine, ni aller prier au temple. De plus, les menstruations posent un problème écologique important ici : chaque mois, une femme jette l’équivalent de 50 sacs plastiques en serviettes hygiéniques. Il existe aussi un risque hygiénique : les déchets étant souvent laissés en décomposition à l’air libre, des maladies se développent, se propagent et infectent les éboueurs (ou tous ceux qui touchent ces déchets). Le but de cette association est d’apporter une éducation aux jeunes filles et femmes dans les écoles et autres centres d’accueil sur ce que sont les règles, en quoi elles sont normales, naturelles et nécessaires, ainsi que sur les produits hygiéniques à utiliser.

http://safenhappyperiods.org/

Marine, Becky, Aya, Fatma, Sarika et moi avons donc passé 2h devant l’arrêt de train de Vashi avec notre petit badge de “Volunteer”. Le but était d’arrêter des femmes dans la rue et de discuter avec elles pour recueillir des informations afin d’adapter les prochaines interventions de l’association, mais aussi pour faire connaître à ces femmes les dangers écologiques et sanitaires engendrés par certains produits. Je travaille en duo avec Marine et il faut avouer que nous sommes extrêmement efficaces : il est vrai que les Indiennes sont particulièrement contentes et curieuses de parler avec nous, deux étrangères blanches aux yeux bleus. Mon anglais étant meilleur que celui de Marine, j’ai la responsabilité d’aborder les femmes et de lancer la conversation. Etant toutes deux assez souriantes, nous n’avons pas vraiment de mal à attirer la sympathie des jeunes femmes et à discuter plusieurs minutes avec elle. Une fois de plus, ces Indiennes nous rendent des sourires qui me remplissent de joie.

Après ces 2h de “market research”, ou plutôt de discussions et de rencontres, nous sommes rentrées chez Sarika qui nous avait gentiment invitées à dîner. Sarika emploie une gouvernante qui s’occupe de son intérieur et fait la cuisine. Il me semble que beaucoup de riches indiens vivent ainsi. On nous a servi un excellent repas traditionnel et végétarien nommé Dal Chawal : du riz et des lentilles cuisinées avec de la sauce. La soirée chez Sarika est vraiment très intéressante et conviviale : nous mangeons sur ce qui lui sert de canapé, ce sont en fait des matelas posés par terre. Sarika est passionnante et répond à toutes mes questions : il faut dire que je suis assez curieuse, je vais donc d’un sujet à l’autre. Je profite vraiment de cet échange car j’ai énormément de chance de pouvoir parler avec cette Indienne très cultivée, souriante et heureuse de discuter de sa culture et de son pays. Je la questionne sur les tensions toujours existantes entre l’Inde et le Pakistan, sur les différentes religions présentes en Inde, sur les rites hindous, sur le cinéma bollywoodien (je compte bien aller visiter les studios de Bollywood d’ici la fin de mon voyage !)… Elle m’explique aussi la signification exacte du bindi (ou tilak), ce point rouge que beaucoup d’Indiens portent entre les sourcils. Le bindi symbolise le troisième œil de Shiva, il se positionne à l’emplacement du sixième chakra (celui où résident les facultés psychiques). Il est en fait une marque de la spiritualité de celui qui le porte et apporte le bonheur. Le bindi est une tradition hindouiste mais fait aujourd’hui partie de la culture indienne et peut ainsi être porté quotidiennement par n’importe qui (il suffit bien-sûr d’y croire !). Sarika est particulièrement touchée quand je lui parle des tensions avec le Pakistan : elle me raconte les attaques de Bombay des 26 et 29 novembre 2008, une série de 10 attentats islamistes qui a fait 188 morts… D’après elle, la principale tension aujourd’hui est liée au Cachemire, cette région qu’elle appelle « heaven on earth » et que l’Inde et le Pakistan se disputent… Becky, qui est britannique et étudie la littérature et l’histoire de son pays, nous parle du colonialisme anglais en Inde, de comment les Anglais ont quitté la région en deux-temps-trois-mouvements en 1947, et du découpage territorial toujours débattu aujourd’hui… La soirée se termine sur un énorme épisode de pluie et un retour à Panvel en taxi (une voiture passe à toute vitesse dans une flaque juste à côté de nous et une énorme vague s’abat sur le côté droit du taxi, aspergeant la voiture d’eau jusqu’au toit). Il fait nuit noire, il pleut, on longe un pont sous lequel est installé un petit bidonville. On voit un bébé dans les bras de sa mère, une petite fille qui joue et un homme qui dort littéralement au bord de la 4 voies…

La journée de jeudi se passe aussi chez Sarika avec qui l’on travaille sur les différents réseaux sociaux et la newsletter de l’association. On apprend ce soir que Sarika a reçu un message WhatsApp envoyé par une jeune fille avec qui nous avions parlé la veille dans la rue : la présidente de l’ONG nous félicite chaleureusement et semble très fière de nous ! Pour le déjeuner, on se fait livrer des pizzas et, surprise ! Les pizzas Dominos sont beaucoup moins grasses en Inde qu’en France. Marine et moi décidons de garder les quelques parts restantes : le soir-même, on les offre à trois petits garçons assis seuls et pieds-nus dans la rue, comme nous avions fait la veille avec notre reste de riz. L’immense sourire qu’ils nous rendent vaut largement le prix de toutes les pizzas du monde… Disons que la grande pauvreté est tellement présente ici qu’il serait absolument impossible pour nous de donner un billet à chacun… On décide alors de garder automatiquement nos restes et de toujours avoir un paquet de gâteaux sur nous.

Vers 20h, Marine et moi retrouvons Rahul à Seawoods dans un immense mall à l’américaine construit il y a quelques mois. Il nous présente Mariyan, un nouvel intern anglais de 21 ans qui fait partie du projet « Village Development » auquel nous participerons aussi et qui commence dans une semaine. Une fois de plus, je suis largement plus jeune que les autres interns que je rencontre et ils sont tous surpris d’apprendre que je fêterai mes 18 ans avec eux dans une dizaine de jours. Mariyan est très sympathique et dynamique, on lui parle de nos projets de voyages et de visites ce week-end dans le centre de Mumbai et dans quelques semaines dans le nord de l’Inde. Il est tout de suite très enthousiaste et désireux de se joindre à nous, ce qui est une bonne nouvelle pour Marine et moi qui avons du mal à motiver certaines bénévoles à sortir de l’auberge… Le voyage dans le nord de l’Inde est déjà en cours de préparation : Marine rentre en France le 6 juillet, on voyage donc du 27 juin au 5 juillet. 5 villes en 8 jours, du Rajasthan au Pendjab en passant bien-sûr par Dehli et Agra…

L’Inde entre les lignes (2)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

Lire la première partie ; la suite

  • Premiers pas dans la “ville qui ne dort jamais”

Écrit le mardi 6 juin à Navi Mumbai

Dimanche soir, jour de mon arrivée, j’ai fait la rencontre de Marine. Elle est française, elle a 23 ans et elle est ici depuis 3 semaines. Notre première discussion m’a énormément rassurée : elle me parlait déjà d’un voyage dans le nord de l’Inde que l’on pourrait faire ensemble dans quelques semaines et me racontait à quel point elle était heureuse depuis son arrivée. Voir un si grand sourire, autant de dynamisme, mais aussi parler avec quelqu’un qui a la même culture que moi m’ont fait énormément de bien.

Il faut dire qu’en tant que française de milieu plutôt privilégié, je me retrouve dans un environnement qui diffère en tous points du mien, d’autant plus que je n’ai jamais voyagé en Asie ni dans aucun pays pauvre. D’après Marine, qui a déjà visité la Thaïlande et l’Indonésie, je commence par le pire…

Lundi, j’avais rendez-vous à Vashi, un quartier disons plutôt moderne de Navi Mumbai, avec Aya, Fatma (une nouvelle intern Turque) et Rahul. Marine est venue avec nous car c’était la première fois que nous prenions le train et nous avions clairement besoin de son aide et de ses conseils.

Alors, prendre le train à Bombay… Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir décrire à quel point cette expérience, qui semble tellement banale, est en fait exceptionnelle à mes yeux. Les trains qui relient les différents quartiers de Mumbai et Navi Mumbai ne sont absolument pas comparables à quoi que ce soit qui existe en France. Disons qu’ils sont à mi-chemin entre le métro et le tramway, mais les différences sautent aux yeux. La première est que le train roule avec les portes ouvertes. Commet imaginer un métro parisien rouler portes ouvertes ? Lorsqu’on traverse le pont entre Mumbai et Navi Mumbai, le vent marin s’engouffre dans les wagons et il est si fort que mon téléphone a manqué de tomber de ma main ! Je pense que les quelques images parleront d’elles-mêmes bien qu’il soit difficile de prendre des photos discrètes alors que tous les regards sont fixés sur moi… Nous empruntons le wagon réservé aux femmes, mais le wagon mixte me semble aussi assez sûr dans la journée.

A Vashi, nous retrouvons Rahul dans un mall, c’est-à-dire un centre commercial, seul environnement plutôt familier jusqu’à présent. Le rendez-vous visait à organiser notre travail pour les prochaines semaines. Le maître mot pour toujours rester zen et calme en Inde est la patience : cela s’applique très clairement aux membres de l’AIESEC à Navi Mumbai, qui sont assez désorganisés et semblent toujours penser que tout va bien…

Le mall a clairement des allures de centre-commercial américain, bien que les boutiques Michael Kors et Hollister soient remplacées par du prêt-à-porter traditionnel et des salons de massage thaïlandais. Le supermarché est rempli de mangues et autres fruits frais. En parlant de mangues, elles sont très peu chères et faciles à trouver ici, à mon plus grand bonheur : j’en ai acheté 3 à un petit monsieur au bord de la route pour Rs.70, soit 1€, quand une mangue coûte 2.5€ en France !

La journée de mardi fût pleine de sourires, de rires et d’innombrables nouvelles découvertes pour moi. Aya, Marine, Fatma et moi partons vers 11h pour Vashi avec Becky, une anglaise arrivée en même temps que Marine. Rutu, la project manager de Becky et Marine avec qui nous allons travailler cette semaine, nous indique une mystérieuse adresse à laquelle nous devons nous rendre pour retrouver Sarika Gupta. C’est la fondatrice de l’ONG « Safe n’ Happy Periods », pour laquelle Marine et Becky travaillent depuis leur arrivée. Sur le chemin, nous sommes littéralement harcelées par des petites filles en haillons, pieds nus, qui nous tirent par les manches et tendent leurs mains pour obtenir quelques pièces ou billets. Marine leur répond sèchement, et m’explique ensuite que, bien que l’on soit prises de pitié, il faut savoir dire non car si l’on donne un billet à un enfant, une dizaine d’autres accourent et l’on ne s’en sort plus… Le soir, il nous restait du riz de notre repas et l’avons donné à deux petits garçons dans la rue qui semblaient très heureux de pouvoir manger plutôt que de recueillir des billets à remettre à leurs parents (ou autre…) ensuite. On croise aussi beaucoup d’aveugles qui font la manche, et je me dis que « Slumdog Millionaire » ne sort pas de l’imagination…

Nous nous retrouvons donc dans un Data Science Congress (!!!) organisé par Sarikaa dans le cadre de son activité professionnelle. On nous y offre un excellent buffet avec de la nourriture locale que nous dégustons entourées d’indiens en costume qui mangent debout et avec leur main droite. La rencontre avec Sarikaa nous permet d’organiser notre travail avec elle pour les prochains jours. Sarikaa a une cinquantaine d’années, elle est très belle, d’autant plus qu’elle porte un superbe sari orange et dorée, et elle a l’air d’être très instruite et indépendante, bien que mariée et mère de famille.

Il est 15h, nous n’avons plus de travail : pourquoi ne pas aller à Mumbai ?

Le voyage en train de Vashi au centre de Mumbai dure 1h. J’ai passé tout ce temps à observer les femmes autour de moi, à regarder ce qu’il se passe par la fenêtre (et par la porte !), vraiment comme une gamine dans un magasin de poupées (ou comme moi chez Zara il y a encore quelques mois) !

Arrivées à Mumbai, on décide de prendre le taxi jusqu’au Babulnath Temple. A 5 dans un taxi à 27centimes/personne la course, j’ai passé 25 minutes entre mini crises cardiaques et fous-rires. Quelqu’un qui n’a pas vu ça de ses propres yeux ne peut pas imaginer l’énorme bazar que sont le trafic et la circulation dans Mumbai : pas de rickshaws ici, mais une quantité impressionnante de taxis, de motos et de vélos, sans oublier bien-sûr les voitures et les camions. La scène ne serait pas si drôle si des petits monsieurs ne transportaient pas d’énormes sacs de graines sur leur tête en zigzaguant entre les engins qui roulent à 17kms/h. Sans parler des charrues remplies de meubles et de tubes de métal, ni des piétons, ni des pauvres policiers qui tentent de faire la circulation aux croisements. Les klaxons ne s’arrêtent pas, personne ne ralentit pour laisser passer les piétons… Bref, étant habituée à la circulation tranquille et plutôt respectueuse en France, j’ai vraiment cru que j’allais perdre la vie. Mais je pense qu’il suffit juste de s’habituer. A ma quatrième course de la journée, ça allait déjà beaucoup mieux.

Le temple hindouiste de Babulnath est absolument exceptionnel. Coupé des bruits de la ville, plein de couleurs et de fleurs, j’y ai vraiment ressenti un climat de calme, de paix, de gentillesse et d’accueil. Je pense que les images parlent d’elles-mêmes. Je voulais absolument visiter ce temple car c’est le décor de plusieurs scènes de la série Sense8 de Netflix que j’ai regardée en entier juste avant de partir (pour les connaisseurs, c’est ici que Kala vient se recueillir et que son beau-père se fait poignarder. La statue de Ganesh que l’on voit dans la série n’est pas là toute l’année, elle est apportée à Babulnath pour certains festivals uniquement).

Nous dinons sur Marine Drive, qui est en quelque sorte la Promenade des Anglais ou l’Ocean Drive de Mumbai. Une fois de plus les photos suffisent. Il fait frais grâce au vent marin, les gens sont souriants et le coucher de soleil est magnifique.

Pour rentrer, vers 21h, on prend le train d’un terminus à l’autre, un total de 2h de trajet environ. Une fois de plus, chaque minute passée dans le train est pour moi une expérience profondément enrichissante. A peine installées dans le wagon des femmes, tous les yeux se braquent sur Marine, Becky et moi, car nous avons la peau claire, les yeux bleus, et Becky et moi-même sommes blondes. Les regards sont d’abord intrigués, surpris mais surtout pesants car assez insistants. Mais très vite, je décide à mon tour de regarder ces femmes dans les yeux, et de leur offrir de larges sourires. J’avais besoin de leur montrer que j’étais exactement comme elles et que je ne devais surtout pas être une source de crainte. C’est à ce moment-là que j’ai vécu la plus belle expérience depuis le début de mon voyage mais aussi sans doute l’une des plus belles de ma (courte) vie. Une jeune femme, qui m’avait vue sourire et qui semblait très intriguée, est venue s’asseoir à côté de moi. Elle engage alors une conversation avec moi en Hindi à laquelle je ne comprends bien-sûr pas un traitre mot. Voyant qu’elle ne parle pas anglais, je demande autour de moi si quelqu’un peut nous servir de traductrice. Personne. Voyant que la jeune femme s’acharne et continue de me sourire et de me parler, je sors mon téléphone et lance Google Traduction. Elle peut ainsi lire mes messages en Hindi et me répond avec des gestes afin que je puisse comprendre à mon tour. J’apprends donc qu’elle vit à Panvel comme nous, elle me présente sa fille et sa sœur, toutes deux adorables et très souriantes. Elle semble ébahie quand je lui dis venir de France (sait-elle quoi que ce soit de mon pays ?), et elle sourit timidement quand Marine et moi lui disons qu’on l’a trouve très jolie. Cet échange, pourtant rapide et laborieux, m’a remplie d’un immense bonheur, mais m’a aussi apporté, en quelque sorte, beaucoup d’espoir. Cette femme qui semblait assez pauvre et peu éduquée (puisqu’elle ne parlait pas anglais) avait bravé l’inconnu et était venue s’asseoir à côté de moi pour me parler. Je crois pouvoir dire que je n’oublierai jamais cet échange et encore moins ces sourires pleins de curiosité, de malice, d’intérêt mais surtout d’humanité et de joie.

L’Inde entre les lignes (1)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

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  • Paris, veille du départ

Écrit le vendredi 2 juin à Paris

Cela fait maintenant près de 4 mois que j’attends ce voyage, et 4 ans que je rêve de découvrir l’Inde.

Je viens de terminer ma première année du collège universitaire de Sciences Po Paris, sur le campus euro-américain de Reims. J’ai suivi des cours d’histoire, de droit constitutionnel, d’économie, de sociologie, j’ai rencontré des étudiants de la France entière mais aussi du monde entier qui ont tous de merveilleuses histoires et expériences à raconter. Cette année a aussi été marquée par l’actualité française et internationale : la très choquante et décevante élection de Donald Trump aux États-Unis, la poursuite de la guerre en Syrie et de la crise migratoire en Europe, la terrible situation des homosexuels en Tchétchénie, la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises…

Je ressentais le besoin d’agir, de m’engager personnellement sur le terrain, mais aussi d’aller à la rencontre des fléaux dont j’entends parler en cours et dans les médias et qui me révoltent : les inégalités, le difficile accès à l’éducation, le risque sanitaire, la ruralité, la chaleur aussi… Je voulais voir cela de mes propres yeux, le vivre moi-même. Je voulais sortir de ma zone de confort, m’éloigner le plus possible de mon milieu privilégié français, pays lui-même privilégié.

J’ai donc choisi l’Inde. Non pas parce que je vois ce pays comme le théâtre de toutes les horreurs du monde, loin de là. Mais plutôt parce que je suis fondamentalement et, ma foi, inexplicablement attirée et fascinée par sa culture, sa mentalité, son histoire (et son patrimoine culinaire bien-sûr), bien que je m’y connaisse très peu pour l’instant. J’ai bien-sûr vu “Slumdog Millionaire” mais aussi “The Cheetah Girls: One World” (un film pour ados de Disney qui a construit tous les clichés que j’ai de l’Inde). J’ai surtout lu récemment plusieurs romans d’auteurs indiens ou pakistanais à travers lesquels j’ai pu découvrir la réalité de l’Inde d’aujourd’hui. “Le Dieu des Petits Riens” de Arundhati Roy, “Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante” de Mohsin Hamid ou encore “Un mauvais garçon” de Deepti Kapoor.

 

D’un point de vue plus académique, disons que je suis particulièrement intéressée par les études religieuses, le développement, les inégalités et la solidarité internationale. Ce voyage dans un pays des BRICS rentre donc aussi dans le cadre plus général de mes études et d’un futur projet professionnel qui reste encore à définir.

C’est en Inde que je voulais partir, malgré les avertissements de ma mère ou de mes amis sur le potentiel choc ou même danger que ce voyage pouvait représenter.

Grâce à l’AIESEC, une association internationale de jeunes dont je fais partie sur le campus de Reims et qui vise à “activate the leadership potential of young people”, ce projet de voyage humanitaire en Inde est possible et rentre même dans le cadre de mes études : il est comptabilisé comme mon stage “ouvrier” de fin de première année. http://aiesecfrance.org/fr/

Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir réellement mettre des mots sur ce que j’attends de ce voyage. Disons que j’espère pouvoir rencontrer, aider, servir, visiter, découvrir, sourire et faire sourire.

  • Arrivée à Navi Mumbai

Écrit le dimanche 4 juin à Navi Mumbai

Me voilà maintenant au Pillai Girl’s Hostel de New Panvel East, un quartier de Navi Mumbai. Navi Mumbai (le “nouveau Mumbai”) est une ville née de l’expansion de Mumbai (merci aux cours de géographie et à la carte étudiés pour mon bac ES !).

Malgré un colis abandonné et une évacuation de mon terminal à CDG, le Paris-Mumbai a pu partir plus ou moins à l’heure. Déjà dans l’avion j’étais la seule blonde et j’étais entourée de familles indiennes avec mères en tuniques, pères aux grosses montres bling-bling et enfants souriants. J’ai été assez amusée de voir que presque tous les voyageurs autour moi, hommes comme femmes, regardaient des films indiens qui semblaient tous être des navets romantiques. J’ai donc tenté “Happy Bhag Jayegi”, qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui ne veut pas se marier avec l’homme choisi par son père et qui, par un concours de circonstances, se retrouve au Pakistan chez un homme politique qui lui arrange finalement un mariage avec celui qu’elle aime. C’était plutôt sympathique, coloré et joyeux mais à vrai dire très long…

Arrivée à Mumbai, j’ai retrouvé Aya, une “intern” égyptienne absolument adorable et très souriante. Elle est musulmane pratiquante et compte bien continuer le Ramadan malgré la lourde chaleur indienne (donc pas d’eau ni de nourriture du lever au coucher du soleil). Nous avons tout de suite été rejointes par une bande de 5 ou 6 jeunes indiens qui font partie de l’AIESEC Navi Mumbai : il sont restés avec nous de 2h à 5h du matin et sont ensuite partis car ils étaient volontaires à 6h30 pour un marathon solidaire ! Bien que j’avoue ne pas avoir tout compris à ce qu’ils racontaient (disons que je ne suis pas vraiment habituée à l’accent indien), j’ai tout de même pu tirer beaucoup de cette rencontre et de ces premiers échanges. Ces jeunes étudient tous l’ingénierie et il est facile de deviner qu’ils viennent de familles indiennes privilégiées. J’ai d’ailleurs été assez étonnée de voir les 3 filles en jupes courtes et ventres découverts, contrastant avec le dress code à adopter en Inde dont on m’avait parlé. Vers 2h30 du matin, je suis sortie du Starbucks où nous avons passé la nuit pour aller tirer du cash et je suis donc retrouvée à l’air libre: au beau milieu de la nuit il fait déjà une chaleur pesante et étouffante. On se croirait dans une serre. Les jeunes indiens me disent que je ne suis pas au bout de mes peines niveau météo…

A 8h30, nous sommes enfin montées dans un taxi avec Rahul, notre project manager. On peut dire que c’est là que le voyage en Inde commence vraiment. Nous avons passé 1h30 dans le taxi pour aller d’un bout à l’autre de la ville. Je me battais pour garder les yeux ouverts malgré l’immense fatigue (il était 5h du matin heure française et je n’avais littéralement pas dormi de la nuit). Par la fenêtre, j’ai eu mon premier aperçu de ce qu’est l’Inde: un trafic automobile proche de Mario Kart, entre voitures, rickshaws et motos (Rahul m’expliquait d’ailleurs que “Indian people never follow the rules”, d’où l’énorme bazar…), des bidonvilles au bord de l’artère très passante, des vaches maigres comme des clous allongées sur le trottoir, des chiens qui ne semblaient d’ailleurs pas en meilleure forme, beaucoup beaucoup de déchets, des immeubles vétustes ou en cours de construction (ou peut-être se sont ils juste arrêtés là ?)… Mais je vois aussi énormément de verdure (on passe autour d’une colline qui semble inhabitée), de bus peints en turquoise et recouverts de motifs calligraphiques, de femmes en sari multicolores comme dans les films, d’enfants qui jouent. A ce moment là, je crois que je suis incapable de commenter ce que je vois, je ne peux que décrire, et encore…

Le foyer dans lequel on réside est en fait un campus universitaire qui sert d’auberge de jeunesse pour touristes. Il est réservé aux filles. Pour le coup, il n’y a vraiment que le strict minimum, mais la Wi-Fi est performante et c’est propre. Ça me convient très bien.

Après avoir dormi quelques heures, nous sommes allées acheter de l’eau et nous balader une vingtaine de minutes autour de l’auberge. Premières interactions avec des locaux qui ne sont pas membres de l’AIESEC : on parle plus la langue des signes que l’anglais ! La plupart des petits commerçants à qui nous nous adressons ne nous comprennent pas, mais on arrive à communiquer et à se procurer 3L d’eau pour 60 roupies, c’est-à-dire 80 centimes.

 

An English Girl’s Search for Sun: A Snapshot of the South

By Jessie Williams

It was raining when we left Montpellier. The sky was a slate grey. The ground was glistening with pools of water; reflections danced and then burst into fragments as cars ploughed through them. Our FlixBus pulled onto the autoroute and the landscape outside blurred into one indistinguishable mass. Despite being around 927 km away, the weather was not dissimilar to that found in the UK – yes, it is a national obsession, and yes, my spring break was spent in search of that elusive white ball in the sky.

Marseille. 13.40pm. Azure blue sky. Finally, some sun on my pale skin. We walked through the old port, dragging our suitcases down cobbled streets in search of our Airbnb. Sea gulls flew overhead while buskers played down below. The smell of roasted chestnuts mixed with the salty sea air.

We visited the cathedral first – Cathédrale de la Major –  one of the largest in France with a capacity for 3,000. Built in a Byzantine-Roman style, it has a distinct oriental vibe with sky-high domes, beautiful mosaic floors, and vibrant colours.

Later in the day, we explored Le Panier, the city’s arty quarter with walls embellished with graffiti, tiny ateliers, and musty antique shops. It was quiet, apart from a few locals chatting and children playing on roller-skates. We walked down to the harbour, passing skateboarders circling in front of the Hotel de Ville, the tricolour fluttering in the breeze. Hanging our legs over the side, we watched the water gently swell, moving the boats, as the light faded and the wind picked up.

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Le soir; when the lights are reflected in the shiny black water and the old port buzzes with energy. For all the foodies out there, go to Bistrot L’Horloge –  I still daydream about the arancini balls I ate there.

On our second day in Marseille, we ventured further afield and walked to the Calanque de Sugiton. The sky was thick with fog when we started our hike. Google maps led us through some woodland, past pale craggy cliffs which loomed menacingly as we walked further into the disappearing mist, then we turned a corner and suddenly this vast expanse of turquoise loomed before us. The Med in all its glory; sparkling under the warm spring sunshine.

iPhones were whipped out and photos taken. It really was stunning. But the best part was the fact that we almost had this paradise all to ourselves – during the summer, it would be overrun with tourists, as well as the potential threat of wildfires. The uneven path led us to a rocky outcrop where we could survey the never-ending sea. The vista was breath-taking. If only we had longer to sit and take it all in. Alas, we had a train to catch.

The journey to Aix en Provence was quick – birds dipped and soared in the amber sky as the sun sunk and we sped inland. The impressionist artist, Cézanne, lived here; walking from the station we passed a statue of him with his art paraphernalia strapped to his back – ready for a painting session en plein air. Wandering through picturesque squares with old stone fountains in the centre, I too felt the urge to crack out some paint.

On Saturday we stumbled upon the weekly market held in Place Richelme. There were stalls selling everything under the Provençal sun – olives, cheese, meat, fruit, clothes, baskets and jewellery. We slowly meandered our way through the hustle and bustle, savouring the warmth of the sun on our backs. But don’t be fooled by this climate; at night the Mistral blew through the narrow streets – catching out anyone inappropriately dressed (me).

“Painting from nature is not copying the object; it is realizing one’s sensations”, said Cézanne, and it’s no wonder he – and countless other artists – felt so inspired by the natural world here. After a short walk up a hill, we sat in Cézanne’s garden with shafts of sunlight slicing through the trees, birds chirping and the view of the terracotta rooftops of Aix in the distance. It was the most relaxed I’d felt in a long time.

When we left the south, the sun was shining. It was hot on my face through the train window, and it burned on my mind for the 10-hour journey back to Reims.

Les aventures de Gaëlle reporter (2/2)

By Gaëlle Fournier

Lire la première partie.

2ème partie :

9:30 a.m : Après 30 minutes de marche, à 1 140 mètres d’altitude, la vue est impressionnante, offrant un point de vue magnifique sur la vallée et les îles environnantes des Saintes, de Marie Galante et de La Dominique. Profitant de dix secondes d’éclaircies, j’immortalise ce moment : le dôme de la Soufrière vient d’apparaitre. Il nous reste un peu plus de 300 m de dénivelé à escalader pour arriver au sommet du volcan.

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Deux sentiers s’offrent à nous : le chemin des dames emprunté par la plupart des randonneurs en raison de sa “facilité” et le chemin des scientifiques, emprunté par les randonneurs les plus confirmés. La guide a fait son choix : ce sera le chemin des scientifiques ! Les paroles de la vendeuse de chez Decathlon prennent dès lors un sens nouveau : ” La Soufrière pour une première randonnée ? Et bien vous démarrez fort ! “et elle ne croyait pas si bien dire …

9:45 a.m : Parée de mon plus beau K-Way, je débute l’ascension du dôme par un vent et une pluie dignes de la Bretagne.

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C’est parti pour (aller-retour) 4 heures et 8,6 km d’escalade sur la partie ouest du volcan, et plus précisément sur le Col de l’Échelle, afin d’atteindre le sommet. Le col porte bien son nom ; chaque pas sur le sentier rocailleux et escarpé est en effet stratégique, le moindre dérapage conduisant à une chute vertigineuse dans un brouillard qui se fait de plus en plus épais. Soudain mon père s’arrête : les fixations du lacet de sa chaussure droite, d’une marque pourtant réputée chez les montagnards, viennent de lâcher, un seul pied est désormais maintenu. Le groupe poursuivant l’ascension, nous décidons de continuer. Mais cinq minutes plus tard, le sort s’acharne sur notre famille des ” faux-savoyards ” : la semelle d’une des chaussures de ma mère se détache. J’avertis alors la guide qui tente de trouver une solution. Mon père va pouvoir continuer avec ses deux chaussures mais pour ma mère, l’affaire s’avère plus compliquée. Avec l’humidité, la semelle n’isole plus du tout son pied : elle va devoir continuer l’ascension sur un pied, l’un en chaussure et l’autre en chaussette. Angoissée depuis le début de la randonnée, ma mère est encore moins rassurée, d’autant plus que le vent et la pluie redoublent. À 1300 mètres d’altitude, il est trop tard pour rebrousser chemin et retourner à la Savane à Mulets. Nos coéquipiers sont admiratifs : ma mère va devoir réaliser l’ascension, déjà difficile bien équipée, sur un pied. Heureusement, notre groupe est solidaire. Tandis que Maë aide ma mère à gravir le sentier escarpé, un formidable esprit d’équipe se met en place. Tels les All Blacks, nous nous peignons les joues d’argile noire trouvée sur le sentier. M’agrippant de toutes mes forces à une corde, face au vide, je contemple, malgré ma peur, le paysage. C’est un paysage lunaire dans lequel la roche volcanique côtoie l’unique fleur du col, l’ananas rouge. Impossible de ne pas se sentir insignifiant devant ce spectacle saisissant.

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11:30 a.m : Plus que quelques mètres à escalader avant d’arriver au sommet. D’un bruit continu et assourdissant, des émanations de gaz soufré s’échappent du plateau sommital de la Soufrière. C’est terminé, nous y sommes. Par intermittence, une vision panoramique de la Guadeloupe et de ses îlets environnants se présente à nous. Nous nous approchons des différents cratères : le cratère Dupuy, le gouffre Tarissan et le gouffre Napoléon. Le Gouffre Tarissan, rempli d’acide à 70 mètres de profondeur, est impressionnant. D’importantes fumerolles, gaz majoritairement composés de vapeur d’eau et de CO2, s’en échappent. L’odeur est particulièrement nauséabonde, due à la présence d’anhydride sulfureux. Maë nous raconte alors la légende du gouffre, selon laquelle ce dernier tiendrait son nom d’un vétérinaire du XIXème siècle dont l’intrépide curiosité l’aurait fait chuter dans l’abîme.

12:00 a.m : Après avoir pu admirer toute la puissance du volcan, nous reprenons les chemins balisés du parc national, en passant cette fois-ci par le chemin des dames. Au cours de la descente, nous partons à la découverte de deux points géologiques importants : l’éboulement Faujas et la Grande Faille. Si l’éboulement Faujas provient d’une éruption du volcan remontant à 1798, la Grande Faille, également appelée Fente Nord, sépare littéralement le volcan en deux jusqu’à son sommet. Elle renferme des nappes de gaz carbonique qui rendent dangereuses son exploration. Nous nous y arrêtons. Sa végétation luxuriante, constituée de fougères arborescentes, d’ananas montagne, de Siguine blanche et surtout de sphaignes multicolores gorgées d’eau, est captivante.

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12:30 a.m : De magnifiques points de vue sur la vallée, la Mer des Caraïbes et le petit cul de sac marin composent notre parcours. Tandis que nous nous arrêtons pour contempler les Monts Caraïbes, ma mère essaye tant bien que mal de replacer sa chaussette autour de sa semelle décollée. Une autre avait été placée en renfort mais s’est détachée en cours de route. La pause terminée, nous nous remettons en chemin. C’est à ce moment précis que survient l’impensable : la deuxième semelle cède, entrainant dans sa chute la destruction de la deuxième chaussure. C’en est fini pour la paire de chaussures de randonnée de ma mère. Une heure nous sépare de l’arrivée : elle va devoir l’atteindre sans chaussures. Mais notre guide ne l’entend pas de cette façon et s’inspirant de Yannick Noah, elle décide de finir l’aventure pied nus. ” D’autres guides le font. Et puis j’ai toujours eu envie d’essayer cette technique alors c’est l’occasion ! ” s’exclame-t-elle. Néanmoins, un autre problème se pose : la guide chausse du 41 et ma mère un petit 36. Je propose dès lors un compromis, celui de donner ma paire de 38 à ma mère et de prendre le 41 de Maë : l’écart sera ainsi moins prononcé.

13:30 a.m : Les derniers pas sont les plus difficiles. La récompense des bains jaunes n’en a été que plus belle. Après 5h30 d’efforts intenses, la chaleur de l’eau apaisant mes pieds endoloris se révèle être le plus beau des présents. Dans les bains chauds à 60 degrés, nous nous remémorons notre périple.

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Au bilan : deux paires de chaussures de randonnées complètement foutues, des chutes, des images à jamais gravées dans notre mémoire et surtout, une sacrée aventure à raconter.

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À bientôt pour de nouvelles ” aventures de Gaëlle Reporter ” !

 

Les aventures de Gaëlle reporter

By Gaëlle Fournier

1ère partie :

Il est plus de minuit lorsque Morphée atteint ma chambre. Dans mon rêve, je suis au cœur d’un dilemme cornélien avec ma colocataire Cléa, son pot de pesto à la main – celui de savoir s’il est raisonnable ou non de regarder un autre épisode de Gossip Girl – lorsque “Barbara Streisand” retentit dans la pièce. ” Barbara Streisand ouhouhouhouhhhh ” se fait entendre et ce de plus en plus fort. J’ouvre les yeux. Que se passe-t-il ? C’est l’alarme de mon iPhone. Il est 5 heures du matin. Je tente de retrouver mes repères. Où suis-je ? En Guadeloupe et plus précisément à Saint-François. Quel jour ? Le 6 janvier 2017, profitant des vacances d’hiver communément connues par les sciencespistes sous le nom de ” winter break “. Je sors alors de ma chambre et me dirige vers la terrasse. Il fait encore nuit. La température est pourtant très agréable à une heure si matinale – 25 degrés – contrastant avec les températures négatives enregistrées au même moment en métropole. Mon sac à dos est prêt. À l’intérieur, on y retrouve l’équipement de base du randonneur : une bouteille d’eau, des pansements, une autre paire de chaussettes, un K-way, une polaire, un appareil photo, mon portable et spécificité de la randonnée en Guadeloupe, un maillot de bain en guise de récompense, afin de profiter des sources d’eau chaude situées au pied du volcan.

Saint-François – 6:00 a.m : C’est l’heure de partir. Deux heures de route sont nécessaires pour atteindre notre destination, qui se trouve à l’autre bout de l’île. Dans la voiture, le paysage défile. De ma fenêtre, les bananeraies, rhumeries, et plantations de cannes à sucre s’étendent à perte de vue. Ce sont des richesses dont la Guadeloupe bénéficie, son économie reposant majoritairement sur l’agriculture et sur nous, les touristes, qui attirés par le soleil des tropiques et la chaleur estivale surtout en pleine période hivernale, y posons nos valises régulièrement. En 30 minutes, le dépaysement est déjà total. Ma vue jusqu’alors habituée aux plages de sable fin bordées de cocotiers, aux lagons turquoise propres à l’aile Est de l’île, nommée Grande-Terre, s’accoutume désormais à des collines verdoyantes, avant de plonger dans la forêt tropicale, étape incontournable avant d’atteindre les montagnes volcaniques des Petites Antilles. Constituée d’un archipel de sept îles, la partie principale de la Guadeloupe, Karukera en créole, est en effet composée de deux îles disposées en forme d’ailes de papillon exotique, Grande-Terre et Basse-Terre, séparées par un étroit bras de mer répondant au nom de Rivière salée. Soudain le paysage devient sombre, une pluie torrentielle s’abat sur le par brise : nous sommes arrivés en Basse-Terre, île montagneuse et volcanique, au climat tropical humide, où le sable des plages s’est noircit. La végétation y est beaucoup plus dense, le relief beaucoup plus accidenté qu’en Grande Terre. Au cœur du parc national de Guadeloupe, nous arriverons bientôt à destination : le volcan de la Soufrière, culminant à 1 467 mètres d’altitude, nous y attend.

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Saint-Claude – 8:05 a.m : Arrivée dans le petit village de Saint Claude où un épais brouillard recouvre la route. Dans un virage, une petite cabane nous attend. À l’intérieur une jeune femme se présente : Maë, une vingtaine d’années, très souriante, va être notre guide pour l’ascension de la Soufrière. Nous sommes huit à avoir opté pour le menu randonnée. Le reste du groupe a, quant à lui, opté pour le canyoning. Un portugais ne cache alors pas sa déception lorsque Maë lui annonce qu’elle ne s’occupe pas du canyoning, préférant le volcan aux descentes en rappel. S’appuyant sur des années d’expérience en montagne, mon père me conseille de replier mes chaussettes de randonnée par-dessus ma cheville, mes nœuds de lacets ainsi que les crochets afin d’éviter de trébucher et surtout que mes lacets se défassent. Astuce de savoyard, me dit-il. Moi je trouve que ça fait plutôt Jean-Claude Duss des Bronzés font du ski que Savoyard, mais bon. La guide est de mon avis. Elle nous demande d’ailleurs si l’on vient de Savoie. Si Versailles et ses abords formaient une chaîne de montagne, j’aurais acquiescé, mais nous savons que ce n’est pas (encore) le cas. On nous doit alors désormais le surnom de la famille des ” faux-savoyards “.

8:30 a.m : Les présentations faites, une pause-café et dix minutes de voiture plus tard, nous voici enfin au point de départ du sentier de randonnée. Comme nous, ils sont 300 000 chaque année à venir tenter leur chance pour rencontrer la ” vieille dame ” comme la surnomment les Guadeloupéens. Au pied du volcan, à 950 mètres d’altitude, le site des bains jaunes, bassins d’eau tièdes alimentés par des sources thermales provenant du volcan, est un véritable spa naturel reconnu pour ses propriétés thérapeutiques. Édifiés par les militaires de la coloniale en 1887, ils sont régulièrement entretenus et nettoyés chaque semaine par le personnel du parc national. Dans une eau soufrée à 28 degrés, ils sont appréciés à la fois de la population locale et des randonneurs se prélassant après avoir gravi le volcan.

Les bains jaunes

9:00 a.m : C’est parti pour la première étape : l’ascension dans la forêt tropicale. Empruntant le chemin de randonnée de la Trace du Pas-du-Roy, nous nous enfonçons au cœur de la forêt tropicale, en direction de l’ancien parking de la Savane à Mulets. L’accès en voiture n’y est plus possible depuis l’effondrement d’une partie du Piton Tarade sur la route qui y menait, depuis le séisme des Saintes remontant à 2004. Construit par les militaires de la coloniale en même temps que les bains jaunes, ce chemin était à cette époque le seul passage pour atteindre les contreforts du volcan. Marchant sur les pavés, nous admirons la richesse du patrimoine végétal du parc national.

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Devant un arbre, saisissant une liane (qui s’avérera être, en réalité, une racine), la guide nous fait un petit point culture. Tel Julien Lepers, elle nous demande quel type de volcan est la Soufrière. C’est alors spontanément que je réponds ” Phréatique ” et … bingo, c’est une bonne réponse ! Je dois admettre qu’étant la cadette du groupe, j’étais la plus à même à répondre à cette question (et oui, qui aurait cru que mes cours de SVT de 4ème avec Mme Yver me serviraient un jour pour gravir un volcan).  Bénéficiant depuis 1992 du label international de Réserve mondiale de Biosphère de l’UNESCO, le parc national de Guadeloupe fait partie des territoires remarquables pour la qualité de sa biodiversité. Outre la richesse et la beauté de sa flore, il abrite de nombreuses espèces endémiques de l’île : des oiseaux, chauves-souris, mammifères, insectes et … 150 espèces d’araignées dont une mygale, connue sous le nom de mygale de la Soufrière ! Découverte en 1999, elle a coutume de se promener entre 700 et 1465 mètres d’altitude. En arachnophobe confirmée, mon sang ne fait qu’un tour : prions pour ne pas la croiser.

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By Jetlagvoyage (Soufrière de Guadeloupe) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC BY 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0)%5D, via Wikimedia Commons

À suivre …