Nuclear Disarmament: What Role For Germany?

We have republished this article through The Sundial Press’s partnership with Le Zadig, the journal of Sciences Po Paris Campus of Menton. The original post may be read here. Throughout the year we will be syndicating articles that appear in the newspapers of other Sciences Po campuses.


Rouven Stubbe is a German student from the Menton Campus who is spending his third year abroad in the San Francisco Bay Area — an area deeply concerned by Kim Jong Un’s nuclear threats on the North American West Coast.

Last week, the International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) was awarded the Nobel Peace Prize. The decision by the Norwegian Nobel Committee is a courageous and powerful signal to current and aspiring global nuclear powers, but first and foremost a signal aimed at President Trump — who contemplated the obliteration of an entire people in front of the UN General Assembly. It is a powerful sign that there can be – and there must be – an alternative to creeping nuclear rearmament twenty-six years after the dissolution of the Soviet Union. Events like the Cuban Missile Crisis, and several other nuclear close calls, should be an unequivocal lesson from history that a renewed nuclear arms race can easily – and even accidentally – end with an all-out nuclear war.

The Nobel Prize Committee praised ICAN “for its work to draw attention to the catastrophic humanitarian consequences of any use of nuclear weapons and for its ground-breaking efforts to achieve a treaty-based prohibition of such weapons.” On July 7th 2017, 122 countries — a majority of UN member states — acceded to the Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons. However, without the presence of the global nuclear powers, the Treaty rests, for now, unfinished. But unfinished does not mean unrealistic. In a sense, the Treaty is just as realistic as the global nuclear powers consider it to be.

It is already remarkable that — other than the United States, the United Kingdom, France and Russia — nuclear powers like China, India and Pakistan, despite their decision to abstain, signaled support for the initiative if other nuclear powers joined. It is not inconceivable that others would follow to adopt this slightly more nuanced viewpoint, and ultimately vote in favor, if support for the Treaty gained momentum. Just as any ground-breaking international treaty, the key to its success is trust and some pioneers to pave the way, leading to a tipping point. One only has to remember the Paris Climate Agreement to recognize that sustained public pressure, courageous leaders and tough negotiators can rally a consensus around an issue thought to be unattainable.

A renewed nuclear arms race can easily – and even accidentally – end with an all-out nuclear war.

There is no doubt about who could be the leaders in favor a non-nuclear future: the host countries for U.S. tactical weapons in Western Europe, such as Germany, Italy, Belgium and the Netherlands. In a surprising move, many staunch Russian allies have abandoned the Russian position and voted in favor of the Treaty. Other important regional powers such as Brazil, South Africa and Indonesia also support the agreement. The ball should therefore be expected to lie within the side of the non-nuclear NATO countries. A coordinated effort by Germany, Italy, Belgium and the Netherlands to vote for the Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons, and to reject the presence of tactical nuclear weapons on their soil, arguably violating the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons from 1968, would not simply be a powerful message to the international community.It would be a vigorous message to their nuclear allies that nuclear weapons are a toxic relic from days that should
have long gone by…

It would be, it could be, and it urgently should be… Disappointingly, Germany boycotted negotiations on the prohibition of nuclear weapons.

In a time where even Henry Kissinger, the embodiment of “Realpolitik”, and without doubt one of the more controversial recipients of the Nobel Peace Prize, calls for complete nuclear disarmament, I am personally ashamed by a German government that talks about nuclear disarmament but votes against it. This government talks about assuming more international responsibility but contents itself with following the leash of a U.S. President who openly contemplates nuclear solutions. This was the first time since the end of the Second World War that Germany rejected negotiations on a multilateral agreement for disarmament. I sincerely hope it will be the last time.

 

Picture credits: United States Department of Defense, Operation Crossroads, Public domain, via Wikimedia Commons

Rencontre avec deux réfugiés étudiant en master

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By Suzanne Assrir

Samer Younes et Rana Fayo sont tous deux étudiants en master à Sciences Po. Comme tous les autres élèves, ils ont des devoirs à rendre, des exposés à présenter et des professeurs un peu tatillons. Pourtant, ils ont dû faire face à des obstacles que n’ont pas et n’auront probablement jamais à surmonter leur camarades. Retour sur le parcours impressionnant de ces deux syriens, qui étaient demandeurs d’asile et sont désormais étudiants en master.

Un départ difficile, une arrivée en demi-teinte

Après une gorgée de café au lait, Samer entame son récit le premier. Originaire de Damas, il a commencé à travailler à Dubaï à partir de 2009, en tant que chef de projet dans le transport public. C’est en 2012, à l’aube du conflit syrien, qu’il pénètre dans son pays pour la dernière fois. Mais déjà, le retour est déconseillé. Le danger est là. Samer retourne à Dubaï et, lorsque son contrat prend fin au terme de l’année 2014, il obtient un visa et se rend en France. Il me confie que la déchirure n’a pas été aussi vive que pour certains de ses concitoyens eux-aussi expatriés, parce qu’il n’a pas eu à s’arracher directement à la Syrie pour venir en France. Pour Rana, l’histoire est différente. Ancienne professeure d’anglais à Alep, elle y reste jusqu’à la fin de l’année 2015, moment où la situation devient critique. Des groupes armés violents s’emparent de son quartier. L’horreur au pas de la porte. Malgré la douleur immense à l’idée de quitter le pays dans lequel ils ont construit leur vie, Rana et sa famille viennent trouver refuge en France.

Quand je leur demande si l’obtention du statut de réfugié a été difficile, Samer et Rana échangent un rire complice. « Comment te dire… » commence Samer. En reprenant son sérieux, il m’explique que ce n’est pas tant la procédure de l’OFPRA (Office Français de Protection des Apatrides) qui pose problème que celle qui la précède. Une fois arrivés en France, et dans l’attente d’une prise en charge et d’une réponse de l’OFPRA, les demandeurs d’asile sont théoriquement pris en charge par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), qui est supposé les aiguiller dans la gestion de la paperasse administrative et des informations pratiques pour séjourner en France -sur leurs droits en ce qui concerne, par exemple, la Sécurité Sociale, la recherche d’un travail, d’un logement, etc-. En théorie seulement: en réalité, les demandeurs d’asile ont surtout accès à des renseignements basiques, insuffisants pour se frayer un chemin dans les méandres de l’administration.

Un entretien seul face à trois personnes

Des associations comme France Terre d’Asile tentent de renforcer cette formation. Cependant, dans la majorité des cas, c’est aux immigrés de se débrouiller pour connaître leurs droits et parvenir à vivre décemment (par exemple trouver une activité professionnelle ou universitaire), ce qui peut être problématique pour les plus fragiles d’entre eux. En ce qui concerne la demande du statut de réfugié à l’OFPRA, en revanche, Rana et Samer sont unanimes. Le plus difficile, c’est l’attente : ce dernier a attendu un an avant de connaître la décision. En revanche, l’entretien en lui-même n’est pas une épreuve. Au contraire, en ce qui les concerne, l’officier de protection ( la personne en charge de l’instruction, ndlr ) s’est montré attentif et humain. C’est un moment certes crucial et donc forcément stressant, d’autant plus que le demandeur d’asile se trouve non pas face à une mais trois personnes: l’officier de protection, un traducteur, et un surveillant chargé, selon Samer, de décrypter le « body language » et de garantir la neutralité de la procédure; mais il ne s’agit néanmoins pas tant d’un interrogatoire que d’un dialogue.

Un choc culturel parfois pas si déconcertant

Après une longue discussion sur les conditions d’arrivée des demandeurs d’asile, je pose à Rana et à Samer une question qu’ils ont déjà du entendre une bonne centaine de fois: qu’est-ce qui les a frappés en découvrant le mode de vie français, et comment ont-ils vécu ce choc culturel ? Rana me répond que ce qui change, c’est qu’elle se sent en sécurité en France, alors qu’en Syrie, la violence a peu à peu redessiné les contours de la vie quotidienne. C’est aussi ce qui ressort de la comparaison que me fait Samer de l’État français avec l’État syrien: le premier s’occupe de ses citoyens, le second les laisse mourir, voire les tue.

Même avant la guerre, les destructions, la menace quotidienne de la mort, et les fuites hors du pays, il m’explique que les droits des Syriens étaient bafoués et leurs rêves, leurs projets en étaient le plus souvent rendus impossibles. Samer souligne également la différence entre la manière de penser en Syrie et en Occident. Ici , à Paris, il constate que les gens sont beaucoup plus individualistes. « En Syrie, ajoute-t-il en riant, c’est naturel de connaître la vie de tous ceux qui habitent ton quartier ! ». En revanche, ce que n’ont pas changé les plus de 4000 kilomètres qui séparent Paris de la Syrie, c’est l’architecture: avec les traces de la colonisation française, de nombreux boulevards et bâtiments que l’on peut (pouvait?) voir dans certaines grandes villes syriennes pourraient tout aussi bien se trouver à Paris sans pour autant détonner dans le paysage.

L’arrivée et l’intégration à Sciences Po

C’est en mars 2016 que Rana et Samer commencent le « Welcome refugees program » ( fruit de l’association de SciencesPo avec deux associations, Kiron et Wintergreat, ndlr ) avec dix-huit autres réfugiés, une mise à niveau intensive de deux mois pour leur permettre de parler français correctement. À la suite de quoi ils sont tous deux sélectionnés avec une poignée d’autres participants du Welcome Refugees Program pour faire la Summer School en juillet et aout 2016, cette fois ouverte non pas exclusivement aux réfugiés mais aux étudiants du monde entier intéressés par les cursus de SciencesPo. En septembre 2016, ils sont finalement acceptés en tant qu’étudiants en échange.

Ils trouvent une certaine difficulté à s’intégrer dans le système pédagogique français, car le rythme est assez intensif et les professeurs sont sévères sur la rigueur de l’argumentation. Il y a aussi beaucoup de devoirs à rendre: notamment « Des exposés… Beaucoup d’exposés… » me précise Samer en souriant. Cependant, cette charge de travail importante a aussi un versant positif: occuper l’esprit et éviter la désagréable sensation du « homesick ». En cette année 2017, lui et Rana font enfin partie des étudiants classiques (et non plus en échange) et entament leur deuxième année de master. Ce qui n’est pas le cas de tous leurs camarades: sur dix-huit réfugiés ayant participé au « Welcome refugees program » en mars 2016, moins de la moitié est parvenue à intégrer le cursus classique de SciencesPo (deux au collège universitaire, et cinq en master).

Academic Advisor, Mion et petits boulots

En ce qui concerne l’intégration sociale, elle semble plutôt réussie -ne serait-ce que parce qu’aucun d’eux ne se départira de son sourire au cours de notre entretien. Ils m’assurent que la très grande majorité des étudiants et des professeurs avec qui ils ont pu parler jusqu’à maintenant ont été chaleureux, et que les rencontres se font naturellement, et ce même avec la barrière de la langue. Selon Samer, cet enthousiasme est probablement dû au fait qu’à SciencesPo, la plupart des élèves sont ouverts d’esprit -d’autant plus qu’il y a de nombreux étudiants internationaux-, cultivés et, surtout, ils ne se bornent pas à une réflexion purement académique.

En outre, l’administration et les enseignants sont extrêmement présents, tant dans le cadre scolaire que pour le reste. Rana évoque notamment la gentillesse de son « academic advisor », qui lui a fait visiter la ville et plusieurs musées, ou encore de sa professeure de français, qui l’a aidée à trouver un petit boulot en été. Samer, lui, a même rencontré LA personnalité que tout SciencesPiste rêve d’approcher (Frédéric Mion, vous l’avez deviné): « Il est très engagé, affirme t-il. Nous ne serions pas ici sans tous leurs efforts et leur engagement, à lui et à l’administration ». Néanmoins, ils n’oublient pas que SciencesPo est aussi une sorte de « bulle » et dans la vie de tous les jours, hors de la rue Saint Guillaume, le contact avec les autres n’est pas toujours aussi aisé.

L’enseignement supérieur, une voie d’accès vers un futur prometteur

Pour Samer, le plus important actuellement est de maîtriser parfaitement la langue française, parce que c’est indispensable pour réaliser son projet professionnel, lequel est ambitieux: développer l’entreprenariat social. L’enthousiasme avec lequel il me déploie ses idées lorsque je lui demande des précisions me fait sentir à quel point cela lui tient à coeur: il s’agirait de remettre en cause le modèle économique traditionnel qui est selon lui défaillant car il est source de chômage, de précarité, voire de conflits armés pour innover dans l’économie alternative afin d’y développer le dialogue et d’en faire un pacte social dont le coeur serait l’humain.

Il ajoute que c’est un projet certes un peu trop idéal à première vue, mais qu’il s’inscrit dans le long terme et qu’il souhaite surtout apporter sa pierre à l’édifice et proposer sa propre vision du monde du travail en travaillant dans la gestion au sein d’une entreprise sociale. Les aspirations de Rana sont très différentes, mais pas moins ambitieuses: en master en International Security et passionnée par ce sujet autant que par la pédagogie (c’est une ancienne professeure d’anglais!), elle aimerait faire une thèse puis devenir enseignante-chercheuse. Tous deux souhaitent pour le moment rester en France, tout en n’excluant pas la potentialité de travailler éventuellement dans un autre pays plus tard.

Un message d’espoir

Avant que nous nous quittions, je demande à Samer et à Rana quels conseils ils donneraient aux personnes qui, comme eux, ont du quitter leur patrie pour s’installer dans un pays plus sûr. Pour cette dernière, le plus important tient en deux mots: « keep going ». La première étape est la plus difficile, parce que l’on doit débuter une nouvelle vie et s’arracher à ce qui appartient au passé sans regarder en arrière, mais même si l’adaptation est difficile la première année, il faut à tout prix s’accrocher. Une fois que l’on commence à apprendre le français et à s’habituer à la vie en France, les choses deviennent moins ardues. Le conseil que donne Samer ne tient, lui, pas en deux mots mais en un proverbe: « Petit à petit, l’oiseau fait son nid » me répond t-il en souriant. Il ajoute qu’au-delà de l’adaptation, il est absolument nécessaire de rester aux aguets et de ne jamais rester dans l’attente et que s’il y a des d’opportunités, il faut néanmoins savoir les chercher.

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, seuls 1% d’entre eux parviennent à accéder à l’enseignement supérieur. Pour une personne qui avait déjà donné les preuves de sa capacité et de sa motivation à apprendre dans son pays d’origine (beaucoup de réfugiés faisaient de hautes études ou occupaient de hauts postes avant d’être chassés de leur pays) et qui, par ailleurs, y a probablement vécu des expériences traumatisantes comme la guerre, n’est-il pas juste de lui offrir, au moins la possibilité de s’accomplir pleinement intellectuellement ?

De fait, Sciences Po a affirmé sa volonté de favoriser l’intégration des réfugiés dans la société française en nouant deux partenariats dans le cadre du Welcome Refugees program depuis mars 2016: un avec l’association Kiron Open Education, et un avec l’association Wintegreat.

Kiron, un portail vers des études gratuites

Kiron est une startup allemande dont la branche française permet aux réfugiés et demandeurs d’asile vivant en France de reprendre, voire de commencer des études universitaires gratuitement. Le modèle d’apprentissage est hybride, et consiste en deux étapes: une première où les cours sont dispensés sur une plateforme numérique, et un second temps où les étudiants intègrent l’une des universités partenaires en Licence 2, formation qu’ils poursuivront ensuite pendant deux ans.

Cette solution hybride permet de pallier à certaines des principales difficultés auxquelles sont généralement confrontés les expatriés en apprentissage supérieur, telles que le coût financier élevé, le nombre de places limitées au sein des établissements universitaires ou encore la difficulté de se déplacer. SciencesPo propose en plus de compléter les cours dispensés sur la plateforme numérique pendant la première phase de la formation par des enseignements fondamentaux en français et en anglais dans le domaine des sciences sociales. Outre SciencesPo, le premier partenaire de Kiron, cinq autres partenariats ont été conclus en France avec Kiron: avec le CNAM (Conservatoire National des Arts et des Métiers), l’INP de Grenoble; SciencesPo Grenoble, l’université Grenoble-Alpes et l’université Savoie Mont-Blanc; et quinze autres partenariats sont en cours de négociation.

Wintegreat, une aide pour l’insertion

Wintegreat est fondée en 2015 par deux étudiants à l’ESCP Europe, dont le but est d’insérer des réfugiés ayant effectué des études supérieures dans leur pays d’origine et ayant du les arrêter à cause de la situation politique dans leur pays. Les grandes écoles parisiennes mettent à disposition leurs locaux pour que les réfugiés suivent un semestre de cours « tremplin » afin de s’insérer dans des vraies études ou dans la vie professionnelle en France. L’accent est notamment mis sur l’apprentissage du français, mais aussi de l’anglais, ainsi que des cours de repères culturels et pratiques sur la vie en France. Wintegreat a déjà noué des partenariats avec plusieurs écoles prestigieuses: ESCP Europe bien sûr, mais aussi SciencesPo Paris, SciencesPo Bordeaux de Paris et l’ESSEC -la première promotion a SciencesPo a été intégrée en mars 2016-. Le choix de s’allier avec de grandes écoles s’explique par la nécessité de donner au certificat acquis par les réfugiés grâce au programme d’insertion une réelle crédibilité.

Il est très difficile et aliénant pour ces réfugiés, brillants dans leur pays d’origine, d’en être chassé par des conditions politiques indépendantes de leur volonté et de se retrouver en France dépossédés de tout ce qu’ils avaient pu acquérir dans leur vie d’avant: certains étaient médecins, étudiants dans de grandes écoles, avocats… Aujourd’hui, ils sont réfugiés. Alors certes, les dommages psychologiques survenus avec la déchirure du pays d’origine sont irréversibles, mais ils peuvent être atténués par une meilleure insertion des étrangers dans le pays d’accueil. Même en bénéficiant du droit d’asile, évoluer dans un pays quotidiennement sans en connaître la langue peut s’avérer un véritable calvaire, car alors la solitude et le sentiment insistant de n’appartenir ni au pays d’accueil ni au pays d’origine dont on a été chassé s’installe. Pour diminuer ce sentiment d’aliénation, les programmes d’accueil des réfugiés dans les études supérieures font quelque chose d’essentiel: ils leur confèrent un statut, celui d’étudiant, ce qui permet de mettre de l’ordre dans leur vie et d’éviter la perte totale de repères. L’insertion que veulent initier de telles structures n’est donc pas uniquement éducative et professionnelle, elle est aussi sociale.

On peut voir l’aide apportée aux réfugiés comme un geste purement altruiste et philanthropique mais il y a, selon moi, un apport qui ne transite pas seulement des nationaux aux réfugiés mais aussi en sens inverse. Leurs expériences, leur propre culture et leur manière d’appréhender le monde ont probablement beaucoup à nous apprendre.

On entend beaucoup dans la bouche de certains politiques que la France est et restera une terre d’asile. Pour ancrer cette phrase dans la réalité, augmenter le budget de l’OFPRA ne suffit pas: nous devons, tous, tout faire pour non pas seulement accepter mais aussi accueillir les réfugiés; et ce dans la plus grande dignité possible.

OPINION: La France A Besoin d’un Monarque

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By Elias Forneris

En lisant le titre de mon article vous me direz tout de suite: “stop! La France s’est débarrassée de la monarchie il y a bien longtemps. Nous ne retournerons pas à la tyrannie. Nous sommes le pays des Droits de l’Homme, le pays des Lumières.”

Je ne préconise pas bien sûr un véritable retour à la monarchie, mais plutôt l’avènement d’une personnalité forte à carrure monarchique. Autrement la présidence mourra d’une mort lente, plombée par des scandales, créant un espace béant pour que les populistes accèdent au pouvoir. Voici pourquoi.

À titre exécutif et régalien, les présidents français de la Cinquième République détiennent déjà suffisamment de pouvoirs; l’on pourrait même dire que parfois, par le biais de l’article 49.3, ils en abusent. Dans cette Cinquième République conçue par le Général de Gaulle, comme l’explique un articlerécent de Foreign Policy, la surcharge de responsabilités présidentielles et les attentes immenses du peuple font que le président décevra invariablement les Français. Ainsi, seule une figure providentielle comme le Général, qui ne suscite aucun doute sur ses capacités, peut combler ces fonctions.

Vous allez me répondre: “c’est facile! Comment allons nous trouver un homme comme Charles de Gaulle aujourd’hui?”

À cela je répondrais que, parmi nos hommes politiques aujourd’hui, il existe des personnalités adéquates pour ce rôle ‘monarchique’, mais que la banalisation de la fonction présidentielle par les derniers présidents, les médias, et le grand public en élimine la possibilité.

Vouloir atténuer le caractère exceptionnel de la fonction présidentielle, c’est l’affaiblir. Nicolas Sarkozy disait très justement dans un des débats de la Primaire de la Droite en automne 2016 qu’un président français ne peut pas être un homme normal. Certes, vous me direz qu’Yvonne de Gaulle faisait elle-même les courses alimentaires pour l’Élysée et que le couple payait sa consommation d’électricité de sa poche, mais cela ne faisait pas de de Gaulle un homme normal. Quand il défilait sur les Champs-Elysées ou s’exprimait à Radio Londres le 18 juin 1940 pour appeler à la résistance, c’était un véritable personnage messianique. Quand François Fillon disait “qui imagine le Général mis en examen?”, il avait raison. Personne ne l’imaginerait, car de Gaulle était unanimement respecté, et il paraissait du moins irréprochable.

Comment faire naître telle figure?
Il faut que la présidence française cesse d’être banalisée, car un président ne porte pas seulement 67 millions de Français, il porte aussi l’Histoire de France. Quand le Président Mitterrand cachait une seconde famille et mettait des citoyens illégalement sous écoute pour couvrir ses traces, quand le Président Sarkozy passait à répétition devant la justice pour des affaires de financement de campagne et autres, ou quand le Président Hollande allait rendre visite à l’actrice Julie Gayet en Vespa avec des croissants; la fonction présidentielle a été petit à petit diminuée, décrédibilisée, et le respect pour les hommes politiques a été progressivement érodé. Les présidents deviennent des hommes comme nous—banaux, pêcheurs — faisant objet de persécution médiatique, perdant toute crédibilité aux yeux des Français et du monde. La présidence française a souffert d’une véritable crise de légitimité, et elle n’est pas la seule. De même, l’activité du Président Trump sur Twitter affaiblit sérieusement son mandat, plus de 55% d’américains ne voyant pas en lui un président crédible.

Il faut que la présidence française cesse d’être banalisée, car un président ne porte pas seulement 67 millions de Français, il porte aussi l’Histoire de France.

Pour que le contrat social fonctionne, comme l’expliquait Jean-Jacques Rousseau, il faut avoir entièrement confiance dans celui auquel on prête sa souveraineté et savoir qu’il ne la confisquera pas ou ne la trahira pas. C’est aux hommes politiques, également, de comprendre que dans une époque où le consommateur demande à avoir plus d’informations, les privilèges et l’impunité ne sont pas permis. Il faut donc également moraliser la vie politique.

Dans un éditorial publié dans Le Point le 8 juin, l’écrivain et journaliste Franz-Olivier Giesbert met en avant des propos similaires:

“Avec le quinquennat, le premier personnage de l’Etat est retombé sur terre, j’allais dire plus bas que terre. Si la France continue de dégrader toutes les fonctions politiques, à commencer par la première, avec le concours des réseaux sociaux, il viendra un jour où plus aucune personne sensée n’aura envie de se présenter à la présidence, de peur d’être coupée en morceaux. C’est ainsi que les Etats-Unis se sont réveillés un matin avec Trump à la Maison-Blanche!”

Entendons-nous, faire dans le cérémonieux en capitalisant sur le sentiment républicain et en élaborant des défilés variés ne suffirait pas pour restaurer la crédibilité présidentielle et cultiver le patriotisme. Cela peut paraître anti-démocratique, mais il est peut-être dans le meilleur intérêt des Français que la fonction présidentielle se distancie des médias et de la sphère publique. Si le président s’exprimait moins, on le questionnerait moins. Si l’on filmait moins ses entretiens et ses agissements, il y aurait moins de chances d’exposer les petites erreurs. Le Président Macron comprend cela, je pense, en menant plus de réunions derrière portes fermées et en maintenant un suspense médiatique autour de l’Elysée. Par exemple, le président a choisi récemment de ne pas donner l’interview traditionnelle du 14 juillet, préférant être un homme de peu de mots et de minutieusement calculer l’image qu’il projette.

Le gouvernement et le parlement sont instables par défaut, mais le président se doit de représenter une continuité inébranlable.

Dans La Constitution anglaise en 1867, l’essayiste Walter Bagehot disait “un monarque devrait être distant et solitaire. Il semble donner des ordres, mais ne semble jamais peiner.” Si la monarchie anglaise est puissante, c’est que la monarchie “est une gouvernance intelligible. Les masses la comprennent, et comprennent peu d’autres formes. […] La royauté sera puissante car elle fait appel aux sentiments diffusés, et les républiques faibles car elles font appel à la raison”. Cela est peut être difficile à admettre pour certains, mais nous pourrions apprendre des Anglais, non en restaurant une monarchie ou une monarchie parlementaire, mais en ‘monarchisant’ le caractère de la présidence dans sa dimension relationnelle avec le grand public. Un président français ne devrait pas avoir l’air de peiner, comme François Hollande a souvent paru lors de son quinquennat, ou comme un Nicolas Sarkozy profondément désorienté après un entretien avec Vladimir Poutine. Un président doit tenir le gouvernail avec un air d’assurance, et les Français seront rassurés. Le gouvernement et le parlement sont instables par défaut, mais le président se doit de représenter une continuité inébranlable.

Machiavel, malgré ses torts, expliquait très justement dans Le Prince que “si un prince ne peut pas toujours avoir les meilleures qualités, il est indispensable qu’il semble les avoir.” Exposer sa personnalité entière au grand public dans la presse c’est exposer ses faiblesses, ainsi le mystère entourant la vie privée et les agissements d’Emmanuel Macron est plutôt bénéfique.

Il manque aux Français un brin de providence. En Angleterre, la Reine a une légitimité religieuse sûre, mais en France, la légitimité républicaine et patriotique est en déclin. Le peuple vote de moins en moins. Il faut un président un peu distant du peuple, mais aimé.

Je ne prescris pas un manque de transparence autour des agissements de la fonction présidentielle, car la transparence est une qualité indispensable de la démocratie, mais il parait clair qu’un Président qui a une vie personnelle figurant moins souvent dans des magazines ‘people’ paraît plus sérieux. Ni ‘hyperprésident’, ni président ‘normal’.

Ainsi, simplifier la fonction, l’humaniser, et y instaurer l’incertitude, c’est la tuer. Or mener un peuple historiquement victorieux comme la France, orchestrer et maintenir un contrat social, est une chose fabuleuse et irrationnelle.

Elias Forneris is a second year student at Sciences Po Paris Campus of Menton and editor-in-chief of Le Zadig, the Menton campus journal. 

 

Photo: Blog Nicolas Bouliane

Exclusive Interview with Ahmed Malek, Egyptian Movie Star

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Ahmed Malek (cc @jrmalek Instagram)

Cairo has always been an epicenter of arts and culture in the Middle East, with Egyptian cinema long being recognized as one of the best, regionally and internationally. The Egyptian cinema industry peaked between the 1940s and 1970s, introducing stars like Soad Hosny, Abdel Halim Hafez, Laila Mourad, and Omar Sharif to the world. To this day, Arab artists from the whole region make their way to Cairo to make it big. In recent years, Egyptian movies have made a comeback on the international scene, most notably with Clash and The Square, two movies scoring nominations at some of the biggest international festivals such as the Festival de Cannes and the Academy Awards.

Ahmed Malek, a fresh face among the familiar stars of Egyptian Cinema, is a young and rising Egyptian actor. At only 21 years old, Malek has made a huge breakthrough in the industry, having already played many important roles both on TV and in films — drawing his inspiration from many classic Hollywood and Egyptian actors. I had the pleasure to sit with him this summer in Cairo, to talk about his beginnings, his ambitions and his future plans.

Hayat Aljowaily: When did you start acting and why?
Ahmed Malek: Why? Because it was the only thing I knew how to do, and loved to do. So I started going to one casting after the other until I entered the profession. I started when I was in grade one.

Hayat : Who is your favorite Egyptian actor from the black & white period?
Ahmed: Mahmoud Morsy, because he was very strong and stable. He was very truthful to the art of acting itself, and had very high theatrical standards, on an international level.

Ahmed was born and raised in Cairo, and the vibrant city has clearly had an effect on his personality and the diversity of roles he has played; roles ranging from a young Hassan El Banna on the TV series El Gama’a, to Adam, a wealthy teenager living in the bourgeois suburbs of Cairo.

I feel like I want more …

Hayat: You’ve lived your whole life in Cairo. What’s your favorite thing about it, and your favorite places to go? If someone has never been to Cairo, what would you tell them defines it?
Ahmed: Mostly its energy, its dynamics, and its chaotic beauty… that’s what defines Cairo. One of the places I really like to go to, and I feel has a special feel to it, is Downtown Cairo, with its old-school British Architecture. There’s also the poorer neighborhoods with its 70s architecture from the times of Abdel Nasser, the 90s architecture in Zamalek … and the “new bourgeoisie” neighborhoods in the suburbs. Cairo is very diverse, it’s almost absurd, which is what is nice about it.

Malek rose to fame very quickly, and has become regionally renowned within just a couple years. Unfortunately, Malek learnt very early on that fame comes with its benefits and disadvantages — having often been targeted by the media for his political involvement and ‘bad boy’ persona. However, this hasn’t kept him from his ambitions.

Hayat: In just a few short years, you have starred in some of the biggest films in Egypt and the MENA region, with some, like “Clash”, reaching international fame. How does it feel to have a career grow so fast?
Ahmed: I feel like I want more …

Hayat: Many of your recent roles can be considered controversial, as you portray young men who like to drink, party, etc., things that are looked down upon in Egyptian society … are you not scared of backlash? How do you deal with it?
Ahmed: Honestly, they can go f—k themselves. In the end, it’s kind of like the way people see nudity. Some people see nudity as something sexual, whilst others can see it as something objective. It’s about how you perceive things, there are many ways to see things. It’s all about how one lets themselves get affected by this s—t. It’s not my duty to be careful about what people are gonna see, it’s my duty to just show a certain perspective. How the public receives it, that’s none of my business.

In the end, it’s kind of like the way people see nudity. Some people see nudity as something sexual, whilst others can see it as something objective.

Every Ramadan, in Egypt and around the Arab World, hundreds of TV Series are aired throughout the region, gathering family and friends, every night, in front of the TV. This Ramadan, Malek starred in one of the biggest shows of the summer, La Totfe’ Al Shams. The show, which had thousands of followers, created many — much needed — debates throughout the month, as it told the story of a wealthy family of five children and their mother, with each character dealing with different problems such as suicide, adultery, and drug addiction. Malek played the role of Adam, the younger brother who lives in the comfort of his privileged world, enjoying partying, DJ-ing and stand-up comedy… until he meets Habiba, the niece of a car mechanic, and falls desperately in love with her. With both their families not approving the relationship, Adam is willing to go to any lengths to make the union happen.

Hayat: In your most recent show, “La Totfe’ Al Shams”, many taboo topics in Egyptian society, from adultery to suicide, are discussed. What role do you think the arts and media plays in changing people’s mindsets?
Ahmed: To be honest, there is nothing that can change people’s minds. If a person has an opinion, it’s not likely for him to change it, no matter what. What you can do, is influence people’s perceptions, people’s points of view on the topic… You can help people build a new opinion. But if someone already has an opinion, it won’t change. This is a very philosophical question that we can spend a long time talking about. How to change people’s minds through art is really a huge question, some people think about it for years. To break it down, to me: art is really all about perception. You show your perception to the audience… some will agree with it, some won’t, Whether people can really change their minds, is a question no one can really answer.

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Ahmed Malek as Adam, in La Totfe’ Al Shams (2017)

Hayat: Something else the show shines a light on is the fact that there is a lot of pressure put on youth in Egypt, and the Arab World, to fit into certain boxes. Your character Adam always stood against that. Have you ever felt this pressure? Have you ever had trouble forming your identity between what you want to be, and what is wanted of you?
Ahmed: There’s definitely a constant clash, between what you want to do and what society offers you. It’s not just society… it starts with your parents who sometimes want you to do things you don’t want to do. So it’s an ongoing clash. My opinion is just to try and do it as smartly as possible, doing what you want in a smart way. That’s it.

Although Malek has already made a successful stride into the world of cinema, his career is only beginning. Malek has several big projects coming up, which means he will most likely be appearing at many film festivals in the upcoming months. His success story, alongside his down-to-earth and quirky personality, have turned him into a role model for youth in Egypt, and the Arab World.

Acting is a very ‘polluted’ art

Hayat: Your next film, “Sheikh Jackson”, is rumored to make it to the 71th Edition of the Cannes Film Festival. Are you looking forward to get exposure abroad, and potentially start your career abroad? 
Ahmed: Of course. That’s the goal.

Hayat: While we’re at it then, where do you see yourself in the future? In ten years time?
Ahmed: Where do I see myself in the future? I don’t know, I don’t want to assume anything.

Hayat: What’s your advice to other young Arabs who aspire to become actors?
Ahmed: My advice is to look at the art itself, not the career and what it brings you. Acting is a very ‘polluted’ art, with all the stardom and s—t. So yeah, my advice for those who want to start acting is to look at the art itself, analyze what is acting, what are the different methods and techniques, where you wanna get to, study theater. When choosing roles, try to start finding your character on the inside, before you start looking at it from the outside. So yeah, all of that. 

Malek has much in store for the next couple of months, including the release of Sheikh Jackson. Who knows, maybe he will stop by Menton on his way to Cannes!

—Interview and transcription by Hayat Aljowaily