Le Mag’ : le triomphe du « cinéma moyen »

We have republished this article through The Sundial Press’s partnership with La Péniche, the newspaper of Sciences Po’s Paris Campus. The original post may be read here. Throughout the year we will be syndicating articles that appear in the newspapers of other Sciences Po campuses.


Par Capucine Delattre

Vous l’avez sans doute déjà dit vous-même en ressortant d’une salle de cinéma.

C’était « pas mal ».

Cela n’a l’air de rien. Après tout, pas mal, c’est inoffensif. On ne regrette pas d’avoir vu un film « pas mal ».

Et pourtant si, il faut le regretter, il faut s’en indigner. Pas mal, ce n’est pas bien non plus. Parce que la raison d’être du cinéma ne sera jamais d’éviter la catastrophe et de décevoir le moins possible son spectateur. La raison d’être du cinéma, c’est bien d’oser, de prendre les plus grands risques imaginables pour parvenir à créer de véritables chefs-d’œuvre. C’est dans l’audace que naît l’inoubliable. Pas dans les convenances qui se satisfont d’elles-mêmes. Où sont passés les meilleurs films de tous les temps ? Pour beaucoup, dans le passé, justement.

La sécurité plutôt que la création

Nous devons désormais enrayer cette épidémie de médiocrité qui s’attaque à tant de sorties en salles. Cela ne tient pas à grand-chose : des facilités scénaristiques, des messages simplistes, des mises en scène très sages. Et pourtant, ces petits défauts propres à tant de films s’accumulent et viennent grignoter petit à petit notre esprit critique et notre enthousiasme. Nous devenons blasés, et nous ne devons pas laisser cette tendance se confirmer.

Qui n’a par exemple pas entendu la plainte selon laquelle « les comédies françaises sont toutes pourries » ? Stéréotypes à ne plus savoir où en donner de la tête, parfois même outranciers comme dans le très controversé A bras ouverts aux clichés choquants sur les Roms, rythme souvent prenant dans les premières scènes mais qui finit par se prendre les pieds et s’étirer en longueur… Et pourtant, ce sont bel et bien ces films qui font le plus d’entrées. Parce que faciles d’accès, parce que prévisibles : on est au moins assuré de savoir ce que l’on va voir ! Tous ces films souffrent d’un même syndrome, en apparence inoffensif mais qui pose vraiment problème : une paresse créative, la sécurité plutôt que le danger, et un public plus conciliant qu’exalté. Mais est-ce bien ce que l’on a envie de voir ? Ce que l’on mérite de voir ?

« C’est un film, ce n’est pas réaliste »

Reste enfin le point essentiel de la cohérence scénaristique. De plus en plus, on en vient à se satisfaire de projets tout simplement loin d’être aboutis… et les spectateurs d’accepter les pires absurdités, au prétexte que « c’est un film, ce n’est pas réaliste ». Mais il y a une différence entre réalisme et cohérence ! Une histoire de science-fiction peut, et même devrait, s’attacher au respect des règles qu’elle invente. Dans la moindre œuvre, un contrat aussi tacite que fragile s’instaure entre réalisateur et spectateur. Ce dernier accepte de « suspendre sa crédulité », et d’accepter par exemple des règles qui n’ont pas cours dans son monde. Mais le spectateur n’est pas non plus stupide : il ne peut faire cet effort que si le réalisateur et le scénariste respectent jusqu’au bout les règles qu’ils mettent eux-mêmes en place. Or, quel n’est pas le nombre de films qui se trahissent eux-mêmes, souvent plus d’une fois ! Des incohérences les plus effarantes aux simples détails contradictoires, il est facile de tiquer en visionnant de nombreux longs-métrages actuels, notamment dans le cinéma fantastique ou d’action, dont nous avons déjà parlé.

On entendra beaucoup soupirer que ce n’est qu’un film, que c’est pour se divertir, qu’on peut faire avec… Mais n’est-ce pas un peu triste ? N’avons-nous pas droit à un traitement de qualité, à une marque de respect envers notre intelligence ? Tenter tant bien que mal de faire passer en douce des erreurs et des raccourcis scénaristiques relève en réalité de la malhonnêteté intellectuelle. Nous sommes en droit d’être exigeants et d’estimer avoir droit à des films honnêtes. Ce n’est pas être psychorigide ! Simplement attendre le meilleur de chaque production dans laquelle on fait l’effort de s’immerger. Si l’on commence à non plus jouer avec le spectateur mais se jouer de lui, le lien de confiance entre créateur et public est rompu, et il n’y a dès lors plus lieu d’appeler le résultat « art ». Ce n’est plus qu’un produit industriel.

Se divertir en restant critique

Le problème vient donc sans doute de notre attitude, de la translation qui s’est opérée entre état alerte et posture de consommation. Se divertir ne veut pas dire laisser son cerveau au vestiaire. On peut passer un excellent moment tout en étant critique, disponible, inventif – la séance ne sera qu’enrichie par un tel effort intellectuel ! Il ne s’agit pas d’écrire une thèse au sujet du moindre film, mais de s’investir dans l’expérience que l’on en fait. Rester passif, voire consommer bêtement en regardant des films ou séries en accéléré, c’est bafouer ce qui fait le cinéma même.

Cependant, il y a aussi du bon. Il est hors de question de conclure cet article sur une note pessimiste. Voici donc trois recommandations brûlantes, enthousiastes et insistantes de films récents qui donnent espoir en la capacité de notre cinéma à se réinventer. Des œuvres dont on ressort avec le désir inexplicable et un peu fou de mettre soi-même les mains sur une caméra et de faire quelque chose de grand, d’exaltant, d’universel.

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Grave, de Julia Ducourneau ( 2016 )

Un film plébiscité par la critique et les multiples festivals par lesquels il est passé – on parle quand même de la Semaine de la Critique et de Gérardmer, hein – et dont la réputation n’a d’égale que la qualité. OVNI cinématographique, film de genre intelligent et viscéral, il réaffirme la capacité d’un cinéma français quelque peu frileux et en pleine hibernation à créer de toutes pièces des films qui osent. Grave s’aventure dans le « body-horror », un genre assez unique qui repose sur la déformation ou la transformation d’un être humain dans le but de réveiller les peurs et les instincts du spectateur. Ici, à travers l’histoire d’une jeune étudiante confrontée à d’effrayantes pulsions cannibales, c’est toute une métaphore de l’âge adulte qui se met en place, dans le cadre d’un métrage fascinant, aux couleurs sublimes, à la photographie maîtrisée, à l’atmosphère captivante, à la marque sur l’esprit du spectateur remarquable. On a beaucoup insisté sur le caractère gore du film, mais ce dernier n’est ni avéré ni essentiel. Quelques scènes jouent en effet avec les nerfs du spectateur, mais rien de traumatisant à l’horizon ! L’horreur se joue bien davantage dans l’atmosphère que par l’image. Immergez-vous donc dans cette expérience inouïe, influencée par Cronenberg, entre fascination et répulsion, mutation et quête d’identité.

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Whiplash, de Damien Chazelle ( 2014 )

Un autre problème du cinéma actuel revient régulièrement : le rythme, ou plutôt son absence. Intrigue molle, rebondissements poussifs, dialogues artificiels, les exemples de tels égarements ne manquent pas. Alors quelle bouffée d’air frais que ce long-métrage du réalisateur désormais bien connu de La La Land ! Du premier au tout dernier plan, l’intrigue défile avec une énergie qui semble relever de la folie furieuse mais qui témoigne en réalité d’une surprenante maîtrise pour un réalisateur aussi jeune. Doublé d’une dimension aussi bienvenue qu’appropriée, celle de la musique, le film entraîne le spectateur dans une spirale destructrice qui joue avec les limites d’une passion dévorante. Le duo d’acteurs principaux convainc dès le tout premier instant, et noue une relation d’admiration et de haine qui ne peut que happer. A travers un montage survitaminé, un récit que l’on ne voit pas passer et un final assourdissant, c’est bel et bien un éclair de génie que Whiplash !

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Get Out, de Jordan Peele ( 2017 )

Encore un film de genre, mais une fois de plus, un exemple qui enthousiasmera les spectateurs de tous âges et de toutes préférences. Get Out offre un synopsis relativement simple, avec son héros, Chris, un Afro-américain en couple avec une Blanche, qui rencontre pour la première fois les parents de cette dernière. Et le moins que l’on puisse dire est que ce week-end ne se déroulera pas comme prévu. Get Out, c’est de « l’horreur » , si l’on peut dire cela ainsi. Le film repose en effet davantage sur un travail d’atmosphère que sur des jumpscares, à savoir des scènes destinées à faire sursauter le spectateur. Un rythme déchaîné, un humour dévastateur, un personnage principal auquel l’on s’attache férocement, une satire sociale redoutablement efficace, un final jouissif… D’un bout à l’autre, on se laisse convaincre par un récit tout en irrévérence et dynamisme, qui joue avec les nerfs et les hypothèses du public. Le message grave suggéré n’empêche pas un humour décapant ou une tension réussie, pour un résultat à découvrir absolument !

Alors qu’attendons-nous ? A nos caméras, et surtout, à nos places de cinéma. Car s’il est bien un moyen efficace de soutenir le cinéma… C’est d’y aller. Chaque billet payé pour un film est comme un vote en sa faveur, et une demande au CNC d’en financer d’autres dans la même lignée.

Soyons exigeants, ne nous laissons pas satisfaire par des concentrés de médiocrité. Le cinéma mérite mieux, nous méritons mieux !

Nouvelles précisions sur la réforme du Collège Universitaire

By Ulysse Bellier and Clara Marchaud, with the contribution of Yann Schreiber et Gabrielle Radet, La Péniche.

Dates, effectifs, maquettes, esprit. Dans un entretien à La Péniche, Bénédicte Durand, doyenne du Collège Universitaire, révèle les premiers détails de ce qu’elle appelle « l’acte 2 » de ce Collège. Une première année stable, des majeures obligatoires en deuxième année, un rendu final à Paris au retour de la 3A constituent les éléments d’un nouveau “Bachelor of arts” que Sciences Po entend faire reconnaître.

Bénédicte Durand, doyenne du Collège Universitaire. Photographie: Yann Schreiber

Un calendrier fixé pour la création d’un collège en réseau

Le transfert des effectifs à Reims se fera de manière progressive, avec « environ 1000 étudiants cette rentrée et 1600 en 2018 » détaille Bénédicte Durand. Aujourd’hui, la volonté initiale, issue du projet « Sciences Po 2022 » de rééquilibrer les effectifs du Collège Universitaire entre Paris et Reims se concrétise. L’aménagement progressif du campus champenois, avec notamment un amphithéâtre de 600 places ouvert à la rentrée 2017, doit rendre possible cette évolution. La nouvelle promotion 2021 est donc la dernière à connaître le collège universitaire sous sa forme existante. Ainsi, la promotion qui entrera en 2017 va suivre, pour chaque année, des maquettes pédagogiques renouvelées par la réforme.

Un autre pan de cet « acte 2 » de Sciences Po 2022 est la réflexion sur les Conventions d’Education Prioritaire, qui fêteront leurs 15 ans en novembre. « Les étudiants CEP ont vocation à être présents sur tous les campus. Le mouvement est déjà enclenché [déjà une vingtaine à Reims en cette année] mais reste à accroître » nous confie Mme Durand, qui dit garder en tête l’objectif de 10% de CEP et 30% de boursiers au Collège Universitaire.

« On va s’éloigner de la logique de fonctionnement de campus avec une identité très propre, très programmatique »

Si Reims est un pôle important de cette nouvelle réforme, le campus de Paris n’a pas vocation à disparaître« Un campus parisien va rester avec un projet particulier, sur lequel on n’est pas totalement fixé aujourd’hui » explique la doyenne. En effet, si les bicursus – environ 180 par promotion – restent dans la capitale, d’autres étudiants de Collège y seront, mais sans que l’on sache leur éventuelle spécificité. Bénédicte Durand envisage l’éventualité de « proposer des spécialités géographiques » à Paris. L’effectif du Collège Universitaire parisien va donc être réduit, même si l’équilibre entre étudiants diplômants, en échange et en double diplôme reste à déterminer. Cependant, l’acquisition de l’hôtel de l’Artillerie permettra de garder une croissance stable des effectifs, aux alentours de 2%. En effet,  le nombre en hausse d’étudiants en masters et en échange devrait compenser le « transfert » d’une part du Collège Universitaire.

L’idée déjà avancée par Frédéric Mion d’un collège en réseau semble confirmée par les propos de la doyenne du Collège Universitaire. L’acte 2 de la réforme a ainsi pour but de s’appuyer sur un « curriculum » – parcours pédagogique – commun à tous les campus.

« On va s’éloigner de la logique de fonctionnement de campus avec une identité très propre, très programmatique »insiste la doyenne, tout en précisant que les campus délocalisés garderont leurs spécificités, notamment dans leur enseignement des langues. « Il faut arrêter de regarder Paris et regarder le Collège comme un objet contemporain.Aujourd’hui on vit dans un monde en réseau et le Collège Universitaire de Sciences Po vit en réseau ».

Bibliothèque du campus rémois. Photographie: Joanna Lancashire et Mary Belykh / The Sundial Press

 

Des maquettes pédagogiques renouvelées

La grande nouveauté de cette réforme est la création d’un « Bachelor of arts » pour le Collège Universitaire, sur le modèle anglo-saxon. Cette réforme est également synonyme de « 1A, 2A, 3A nouvelles autour d’un cadrage académique un peu plus fort » et d’une « logique de spécialité géographique moins présente » explique Bénédicte Durand.

Ainsi, la réforme est nourrie par une volonté de renforcer la culture commune de Sciences Po dès la première année. Celle-ci changera relativement peu avec les cinq matières fondamentales, à charges horaire égale, à quoi s’ajoutent des cours d’humanités. La 2ème année connaîtra les changements les plus importants avec une majeure obligatoire à choisir, en plus d’un tronc commun affaiblit. « On transforme un peu la logique du choix des approfondissements, qui reste assez faibles, pour en faire une logique d’orientation, une logique de projet pour l’étudiant », détaille Mme Durand.

Si les titres des majeures ne sont pas encore définitivement fixés, on sait déjà qu’elles seront au nombre de trois: « Politique et gouvernement », « Économie et société » et « Humanités politiques ». Cette dernière majeure, inspirée du succès des bicursus avec Paris IV, est née de la volonté de M. Mion de « valoriser des disciplines moins structurés dans la culture de l’établissement, comme la littérature, l’art et l’histoire de l’art, la philosophie ou l’anthropologie ».

Bénédicte Durand sait que certains étudiants suivent des bicursus de manière informelle et ne s’en dit pas inquiète: « c’est au contraire un signal du besoin que les étudiants qui font des sciences sociales, ont des sciences humaines ». Pour la doyenne, « la spécialité géographique sera motivée par deux choses: la 3ème année et le campus d’origine ».

« Améliorer la compatibilité de l’offre pédagogique dans le cadre de la mobilité européenne »

La troisième année à l’étranger sera l’année d’approfondissement. L’objectif est de poursuivre son parcours à l’étranger afin de décrocher une mention à son Bachelor. « L’étudiant n’est cependant pas obligé d’aller chercher la mention »précise Bénédicte Durand. « Il peut également faire une année mixte avec 6 mois de stage et 6 mois d’études ». Il sera également possible de changer de majeure entre la deuxième et la troisième année, même si cela nécessitera plus de cours. Pour obtenir la mention à son Bachelor, il faudra avoir obtenu au moins 40% des crédits dans la matière.

Pour « acter » ces trois années d’études, tous les étudiants de 3ème année devront passer une épreuve à déterminer, de type soutenance, mais en aucun cas une épreuve sur table.

Cette réforme permettra donc de « donner une sorte de lisibilité de la cartographie de nos enseignements » et « d’améliorer la compatibilité de l’offre pédagogique dans le cadre de la mobilité européenne » affirme Bénédicte Durand. Autrement dit, l’administration va demander d’obtenir le grade – pas le diplôme – de licence.

Dans cette optique d’internationalisation du diplôme, la doyenne annonce par ailleurs la création d’un « référentiel de connaissances et de compétences qu’un étudiant de Sciences Po devrait avoir ». « C’est une réforme, pas une révolution », ajoute-t-elle.

Vue extérieure du Campus de Reims. Photographie: Joanna Lancashire et Mary Belykh / The Sundial Press

Vie associative et professeurs : « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir »

« Il faut qu’on arrête de regarder ce collège depuis Paris ».

Cette réforme, depuis qu’elle est annoncée, inquiète de nombreux acteurs de l’école. Avec, au premier chef, les associations étudiantes parisiennes. La vitalité de cette vie associative étant assurée en grande majorité par les étudiants du Collège Universitaire, la baisse de ses effectifs pourrait mettre en péril ce qui constitue un des grands attraits de l’école.

À cette inquiétude, Bénédicte Durand répond catégoriquement: « je pense qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir ! »,dit-elle, pointant la richesse associative des autres campus: « Il faut qu’on arrête de regarder ce collège depuis Paris ».

« Les associations sportives et les pratiques culturelles peuvent être extrêmement riches à Reims comme à Paris ! (…) Les étudiants bénéficieront d’une vie associative riche parce que – je vais vous dire une chose – ce sont eux, ce sont vous les créateurs de la vie associative », quel que soit le campus certifie la doyenne. Quand à l’accompagnement des associations dans cette réforme, elle dit travailler avec les équipes du directeur de la vie universitaire, Andreas Rossner, mais n’avance pas encore de mesures concrètes.

Ces engagements associatifs pourront être crédités au titre d’un parcours civique. Entendant répondre à la critique des élites, qui sont « attendues sur leur sens de l’intérêt général », ce parcours civique, obligatoire et crédité, pourra prendre des formes très différentes : projets collectifs, humanitaires…

« Si on a le goût de vous, on vous enseignera ». 

L’autre question soulevée par le déménagement d’effectifs à Reims concerne les professeurs. Sciences Po accueille – c’est une spécificité – une proportion très importante, du moins à Paris,  de vacataires, qui travaillent souvent dans des institutions parisiennes (ministères notamment). Vont-ils vouloir enseigner en Champagne ?

La doyenne voit en cela l’expression d’une « peur ». « Il y a quelques grincheux et quelques institutionnels sédentaires et parfois un peu enfermés qui diront ça ».

Pour Bénédicte Durand, les professeurs qui veulent enseigner à Sciences Po iront sans soucis dans les campus: « si on a le goût de vous, on vous enseignera ». Les professeurs permanents à Sciences Po n’ont, quant à eux, pas le choix de leur mobilité.

Réactions syndicales et du BDE

  • « Le BDE est trop concentré sur le Collège Universitaire, il faut l’ouvrir [davantage] aux masters ».

Corentin Bonnet, nouveau président du Bureau des Elèves du campus parisien, apprend par La Péniche nombre de ces informations. Ses contacts avec l’administration dès janvier 2016 – soit bien avant la campagne BDE – et après sa prise de fonction, avec M. Roessner, ne l’ont initié qu’au calendrier de la réforme.

Selon lui, avec des effectifs parisiens plus faibles, le BDE fera « la même chose [que tous les ans], mais de façon beaucoup plus réduite ». Si le Gala (⅔ du budget du BDE) et le bal du bachelor ne sont pas impactés, le reste va voir sa voilure réduite. Des soirées plus petites, un week-end d’intégration réduit, des événements comme le Prix Philippe Seguin sur la sellette, un pouvoir moindre pour négocier des partenariats…

Pour contrecarrer les difficultés qui s’annoncent, il évoque un rapprochement « très fort », nécessaire et « logique »avec les associations des bicursus, « pour mettre en commun les moyens », de même qu’avec des associations de masters. Aujourd’hui, « le BDE est trop concentré sur le Collège Universitaire, il faut l’ouvrir [davantage] aux masters ».

Mais, élu pour un an, le BDE ne peut se projeter sur le long terme, d’autant plus que les transitions entre équipes semblent minimales. Un week-end intercampus, qui lui « tient à cœur », aura lieu cette année à Paris, en mars, preuve de ce début de rapprochement avec les campus délocalisés.

  • « Le rôle des syndicats est de rester vigilant sur les sujets flous »

Du côté des syndicats étudiants, on attend d’en savoir plus pour commenter, ce qui n’empêche pas UNI et UNEF de suivre l’administration sur les idées globales« Orientations bonnes dans l’ensemble » pour Carla Sasiela, Présidente de l’UNI Sciences Po, même si  « il faudra voir » les décisions. Même son de cloche à l’UNEF, qui se satisfait de ce qui irait « dans l’intérêt des étudiants ». 

La reconnaissance du bachelor « est un objectif central », car « la liberté en plus est une bonne chose » pour Maxime Gaborit, secrétaire général de l’UNEF Sciences Po,  qui cependant se « méfie de la mise en place ».

Il regrette que l’initiation de cette réforme ait été peu accessible aux syndicats, consultés en mai-juin dans 4 groupes de travail« Il faut qu’on puisse apporter des points » ajoute-il, une quinzaine de groupes de travail se réunissant dans les prochaines semaines à ce propos.

L’UNI, de son coté, reste vigilant sur certains points, comme le concours d’entrée – non évoqué par la doyenne – ou une 3A « qui doit rester personnelle et pas trop scolaire ». « Cela ne doit pas empêcher certains cours d’ouverture » ajoute l’UNEF, qui trace « une ligne rouge » : pas de limitation de choix pour cette troisième année à l’international. Il faut préciser que certains étudiants en campus ont un choix restreint.  « Il faut qu’il soit possible de ne pas prendre de majeure ». Cela est clairement affirmé par Bénédicte Durand. Ces nouvelles majeures, ne « dérangent pas » l’UNI, si cela « reste utile et cohérent ».

« Nous n’avons pas de positions tant que nous n’avons pas d’éléments concrets là-dessus », déclare à la Péniche Maxime Gaborit. « Le rôle des syndicats est de rester vigilant sur les sujets flous » conclut-il, attendant d’obtenir ces informations de l’administration. Contactés, The Alliance et Solidaires n’ont pas répondu à nos sollicitations.

À Sciences Po, le CEO de Google annonce l’accélération de l’internet mobile

By Yann Schreiber, La Peniche

Lors de son premier événement public en Europe en tant que CEO de Google, Sundar Pichai a défendu Apple dans sa défense du chiffrage de mobiles, et annoncé une aide de 27 millions d’euros pour des projets média innovants en Europe.
Des cubes multicolores sur la scène de l’amphithéâtre Boutmy, un prompteur, un système vidéo spécial : pour la première visite en Europe et en France du nouveau CEO de Google, Sundar Pichai, Google et Sciences Po ont mis les gros moyens. Au bout des 40 minutes de conférence – dont 20 de discours et 20 de débat avec le public – trois annonces majeures sont faites. Google veut accélérer, crypter et innover.

© Yann Schreiber

Sundar Pichai a annoncé mercredi à Sciences Po le lancement mondial du format « AMP »(« Accelerated Mobile Pages »), qui devrait permettre en chargement d’articles sur mobile quatre fois plus rapide, en utilisant dix fois moins de données. Le format, lancé avec des éditeurs partenairs dans six pays européens, dont la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, et la Russie, est une réponse aux « Instant Articles » de Facebook, qui permettent un chargement quasi-instantané de contenus depuis l’application.

« Je suis ravi que des partenaires français rejoignent AMP aujourd’hui – parmi eux TF1, Les Échos, Ouest France, 20 Minutes et des centaines de partenaires dans le monde. Il s’agit d’un projet prioritaire pour Google. »

Les contenus AMP seront aussi mis en avant dans la recherche Google via un « carrousel » de contenus – une innovation qui plaira forcément aux éditeurs associés au nouveau format.

Google se range du côté d’Apple contre le FBI
Le chef de Google a aussi défendu son concurrent Apple dans une bataille juridique outre-Atlantique. Un juge fédéral a demandé à Apple d’aider le FBI à accéder le téléphone portable d’un des tireurs des attentats de San Bernardino. Apple a refusé de se plier à cette demande.
« La confidentialité des données est au coeur de ce que nous faisons »

 
© Yann Schreiber

Même si Google a collaboré et continuera de collaborer avec les autorités pour des « demandes valides légalement », Pichai s’est opposé à la création de « portes dérobées » dans les produits de Google, dont Android.

La création d’accès spécifiques inclus dans les systèmes d’exploitation faciliterait, selon certains experts, les activités des hackers ou des services de renseignement, sans que ceci soit nécessairement contrôlé par un juge. D’autres argumentent que de telles « portes dérobées » seraient nécessaires dans la lutte contre le terrorisme. Dans la soirée, le New York Times a d’ailleurs révélé qu’Apple travaillerait déjà sur un système de cryptage encore plus performant

27 millions d’euros pour l’innovation journalistique européenne

La première visite en Europe de Sundar Pichai s’accompagne aussi d’investissements pour l’innovation dans les médias, via la « Digital News Initiative », un nouveau fond Google présenté en octobre dernier. Doté de 150 millions d’euros, il vise à financer des projets numériques innovants dans le journalisme. 128 idées innovantes dans 23 pays en Europe recevront au total 27 millions d’euros.

Google essaye ainsi de se positionner comme collaborateur par rapport aux éditeurs, pour changer son image de géant arrogant, puissant et imposant. Le nouveau format pourra par exemple s’adapter à certaines demandes spécifiques d’un média, notamment autour d’une « paywall » (contenus réservés aux abonnés).

Pichai a aussi annoncé la mise à disposition gratuite par Google d’un système de protection contre les cyber-attaques à « tous les éditeurs indépendants du monde ». L’outil, appelé « Project Shield », permettra à des sites de se protéger contre les attaques par déni de service (DDoS) en ayant recours à la technologie Google. « Google est ciblé tous les jours », indique Pichai. L’entreprise a donc développé des capacités uniques pour se protéger contre de telles attaques, explique son PDG.

Sundar, qui doit se rendre à Bruxelles aujourd’hui, est par contre resté flou sur la situation fiscale de Google, affirmant que Google respectait les lois dans tous les pays dans lesquels l’entreprise opère. Sundar a cependant plaidé pour une simplification du système fiscal mondial. Peu après la conférence, l’AFP a cependant révélé que la France réclamait à Google une somme 1,6 milliards d’euros d’arriérés d’impôts.

 
© Yann Schreiber

Dans le cadre de sa tournée européenne, Sundar sera jeudi à la Commission Européenne à Bruxelles pour une réunion avec la commissaire de la concurrence, Margrethe Vestager. Les services européens enquêtent depuis plusieurs années contre Google pour abus de position dominante sur le marché de la recherche en ligne.

Le jeune Sundar, qui était à la tête du développement de Google Chrome et d’Android avant de devenir PDG de Google en août lors de la restructuration de l’entreprise, devra donc lutter contre amendes, sanctions, et enquêtes européennes, qui pourraient bien mettre à mal le géant d’internet dans sa course au marché mobile.

Vingt ans après sa mort, que reste-t-il de Mitterrand ? Entretien avec Michèle Cotta.

By Loris Boichot

A l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de François Mitterrand, le 8 janvier 1996, s’intéresser au bilan de celui qui a exercé la fonction présidentielle pendant quatorze ans revient aussi à se pencher sur l’héritage qu’il a laissé à gauche.

La journaliste Michelle Cotta a commencé à suivre Mitterrand à partir de 1965, lors de son arrivée au magazine L’Express. Elle a assisté aux grandes étapes de l’histoire du PS : le rapprochement avec les communistes qui a débouché sur le Programme commun en 1972, l’éclatement du Programme commun en 1977, l’élection victorieuse de 1981… Dans sa ville natale de Nice, rencontre avec la présentatrice de deux débats de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, en 1981 et 1988…face à François Mitterrand.

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Michèle Cotta dans Le débat des grandes voix, chaque samedi sur Europe 1

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Michèle Cotta, en rouge, modère le débat de l’entre-deux tour de l’élection présidentielle, le 5 mai 1981 (Crédits : AFP)

Sa marque dans l’histoire politique française

Qu’a représenté François Mitterrand ?

D’abord une autorité. Une autorité qu’il a exercée en tant que président de la République, bien sûr, mais qu’il a d’abord démontrée en faisant l’unité de la gauche. Mitterrand a réussi à rassembler la gauche socialiste, la gauche chrétienne, puis les communistes qu’il a mis au gouvernement. Il lui a fallu beaucoup de temps, car la gauche a toujours tendance à se diviser, mais il a réussi.

Et au-delà de l’autorité ?

 Ce qui marque c’est aussi la profondeur du personnage. Il aimait la littérature, en était nourri, ce qui a complètement disparu de la politique actuelle. C’est un polémiste né, avec un grand talent littéraire et une large connaissance de l’histoire de France. Et puis François Mitterrand représente une conception particulière du socialisme. Il a été le premier à dire, alors qu’il était Président, que « le socialisme, (il) n’en fais(ait) pas (s)a bible ». Il avait une conception humaniste du socialisme, plus qu’économique et marxiste.

« François Mitterrand a incarné une autorité, une profondeur culturelle et un socialisme humaniste »
Justement, comment définir précisément « son » socialisme ?

C’est un socialisme peu sectaire, un socialisme humaniste, et assez opportuniste. Quand il s‘aperçoit que la ligne économique n’est pas la bonne en 1983 – après les nationalisations, la relance par la consommation, l’abaissement de la durée de travail, etc. -, il en change complètement (c’est le « tournant de la rigueur », NDLR). En fait il est réaliste, plus qu’opportuniste, ce qui fait qu’on peut se demander si à la fin de sa vie il était aussi socialiste qu’au début. Il était simplement pragmatique, c’est-à-dire social-démocrate.

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François Mitterrand, alors candidat socialiste à l’élection présidentielle, le 13 avril 1981. (Crédits: Jean-Claude Delmas/AFP)

Quelles valeurs tenait-il pour essentielles ?

 La justice et l’égalité. Pour lui, il n’y a pas de système social possible s’il n’y pas une ambition de justice. C’est ça son socialisme, et non pas l’idée marxiste qu’il faut disposer des moyens du capital, etc. Il n’a jamais été marxiste, ça c’est sûr.

« Mitterrand n’a jamais été marxiste (…) il était social- démocrate. »

Ses relations avec le Parti communiste français

S’il s’est allié avec le Parti communiste français (PCF) à travers le Programme commun de 1972, c’est donc purement par intérêt, par stratégie ?

Pas par intérêt personnel, mais par stratégie. Il pensait que tant que la gauche était divisée, entre un PCF qui faisait 25% des voix et une gauche socialiste qui en faisait 15%, les socialistes n’avaient aucune chance d’accéder au pouvoir – et les communistes non plus d’ailleurs. S’il a été obligé d’accepter certaines choses avec le PCF, il l’a dit lui-même, c’était pour le réduire et pour gagner. Cela a été sa constante absolue.

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Le Premier secrétaire du PS François Mitterrand et le secrétaire général du PCF Georges Marchais en décembre 1972, lors d’un meeting du Programme Commun à la Porte de Versailles (Crédits : André Perlstein)

C’est cette stratégie qui explique sa victoire en 1981 ?

Oui, et aussi les difficultés idéologiques rencontrées par la gauche de la gauche pendant les années 70, qui l’ont affaiblie. Ca l’a aidé que les communistes abandonnent le Programme commun en 1977, car d’une certaine manière ça le libérait d’eux. Il a donc réussi à imposer sa stratégie complexe et à affaiblir le PCF entre 1972 et 1977.

Et puis il y avait une désaffection du PC en 1981. Alors que dans les années 70, tous les intellectuels adhéraient au communisme, le tournant de Soljenitsyne (écrivain russe qui publie en 1973 L’Archipel du Goulag, dans lequel il décrit le système concentrationnaire de l’URSS, dans une époque où il y a un déni sur cette question, NDLR) contribue à les en détourner. Cela a été très important pour Mitterrand, qui a alors pu récupérer des déçus du communisme, et même des trotskistes et des gauchistes.

Ses relations avec le Front national

A-t-il tenté d’utiliser Le Pen pour diviser la droite, comme on l’entend souvent ?

Je ne dirais pas qu’il a tenté de l’utiliser. D’abord il ne pensait pas que Le Pen ferait tant de voix, il pensait que l’extrême droite n’avait pas d’avenir. Il s’est trompé. Mais ces quelques pourcentages étaient autant de voix pris à la droite classique. Il n’a pas monté en épingle Le Pen, il a juste pris acte de son ascension. Mais c’est sûr que ça l’a arrangé.

Un parcours irrégulier

De 1946 à 1958, sous la IVe République, François Mitterrand est à la tête d’un petit parti rassemblant des gens du centre- gauche et du centre-droit, avant de fonder le Parti socialiste en 1971. C’est un virage idéologique ?

Son itinéraire est intéressant, il n’est pas linéaire. Mitterrand était plutôt à droite au départ, mais anti-gaulliste. Il ne se retrouvait dans aucun des trois principaux partis de la IVe République (MRP au centre-droit, communistes, socialistes). Donc il cherchait une autre voie et a vraiment voulu créer un parti indépendant et charnière, l’UDSR.

Quand et pourquoi est-il arrivé à gauche ?

C’est à cause du président du Conseil Pierre Mendès-France (radical-socialiste, NDLR) : il approuve sa politique de décolonisation en 1955 au Maroc, en Tunisie, puis en Algérie. Il y a un tournant à gauche qu’on ressent très bien à ce moment là.

Comment expliquer qu’il est sensible au discours de décolonisation de Mendès-France, alors qu’en 1954, il déclare que « l’Algérie, c’est la France » ? C’est un autre basculement ?

Quand il dit ça il est ministre de l’Intérieur, l’Algérie est alors un département français: je ne vois pas ce qu’il aurait pu dire d’autre. En revanche, après les négociations menées par Mendès-France, il a été partisan d’une décolonisation intelligente. C’est un grand tournant dans sa vie que je situe donc en 1954-1955. Il y a une constante à partir de là dans son socialisme humaniste. Puis De Gaulle est revenu en 1958, et la seule façon de conquérir son « territoire politique » était de « gravir la montagne » par la face gauche alors que De Gaulle la montait par la face droite.

« Il arrive à gauche en 1955, car il approuve la politique de décolonisation de Mendès-France. Il y a une constante à partir de là dans son socialisme humaniste »

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Le candidat François Mitterrand et l’ancien président du Conseil Pierre-Mendès France, en 1974

Comment parler de « constance » idéologique alors qu’il passe d’un discours sur « l’argent qui corrompt » en 1971 au « tournant de la rigueur » en 1983, ensemble de mesures économiques libérales qui marquent la conversion de la gauche gouvernementale à l’économie de marché ?

Non, il n’a pas changé. D’abord, quand on fait une campagne à gauche et qu’on dit qu’on aime l’argent, ça ne marche pas. Et puis il a ce sentiment de justice en lui qui prévaut et qui est spontanément hostile aux riches, aux thésaurisateurs, à ceux qui s’enrichissent en dormant. C’est insupportable pour lui.

« Il n’a jamais voulu abattre la structure du capitalisme en France »

Mais on sait qu‘une fois qu’on arrive au pouvoir, il faut bien traiter les grandes entreprises du CAC40. Le problème des entreprises est important en France et c’est le problème actuel : pour faire bouger la gauche de ce côté là, il a fallu du temps. Il n’a jamais voulu abattre la structure du capitalisme en France, malgré ses nationalisations, qui étaient les premières en France depuis De Gaulle, et qui n’ont pas duré longtemps puisque ses successeurs sont revenus dessus.

Il a compris qu’il fallait gouverner selon la social-démocratie. Mais ce n’est pas exactement une mue chez lui. Quand je dis qu’il est socialiste humaniste, c’est un socialisme plus proche de la social- démocratie que du communisme. Il s’est servi des communistes, mais il a toujours été social-démocrate à partir du milieu des années 1950. Je n’ai jamais vu de virage.

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La une de Libération du 16 mars 1983, après les nouvelles mesures gouvernementales de lutte contre l’inflation

Donc le « tournant de la rigueur » porte mal son nom ?

C’est un tournant économique, mais pas idéologique pour lui. Il voyait bien que la politique économique allait droit dans le mur.

C’est tout à fait pragmatique, la social-démocratie est pragmatique. Il a fait preuve de continuité en prenant le pouvoir avec les communistes et en l’exerçant comme prévu avec eux. Et quand il a fait la preuve que ça ne marche pas, il change. C’est une trajectoire, et non un virage.

« Le tournant de la rigueur est économique, pas idéologique ; c’est une trajectoire, pas un virage »

Des modèles puisés dans la littérature, pas dans la politique

Quels étaient les mentors de Mitterrand en politique ?

Il n’en a pas, et c’est intéressant car c’est très rare. Tous les hommes politiques ont une sorte de héros : Clemenceau pour Valls, Blum pour Fabius, d’autres disent Jaurès ou De Gaulle. Mitterrand ne s’assimile à personne. Et la seule fois où il voit De Gaulle, pendant la guerre, quand il a 26 ans, il trouve le moyen de s’embrouiller avec lui.

« Mitterrand ne s’assimile à personne. »
Peut-on dire que ses mentors étaient des écrivains ?

On peut dire ses « références littéraires », mais en tous cas il n’y a pas de mentor politique dans lequel il se reconnaisse.

La photo officielle du président de la République François Mitterrand, dans la bibliothèque de l’Elysée, avec Les Essais de Montaigne entre les mains (Crédits : Gisèle Freund)

Quels hommes politiques manient la langue comme il le faisait ?

Il y avait Edgar Faure qui est mort, mais il n’y en a plus.

Vous le déplorez ?

Non, je le constate. C’est vrai que ce n’est pas toutes les promotions de l’ENA qui font de historiens ou des écrivains. Parce qu’on y apprend des tas de choses mais pas la littérature, et l’histoire c’est le strict minimum.

1981 et 2012 : miroir fidèle ou reflet inversé ?

Peut-on comparer la ferveur qui a suivi l’élection de Mitterrand en 1981 à celle qui a suivi celle de Hollande ?

Non, ça n’a rien à voir.

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Le soir de l’élection de François Hollande à la présidence de la République, le 6 mai 2015 (Crédits : Rex Features)

Il n’y avait pas de désir de gauche en 2012 ?

Il y avait un désir de faire partir Nicolas Sarkozy. Mais certains ont aussi dit que Mitterrand avait été élu par refus de Giscard. C’est assez français : les gens arrivent au pouvoir par refus des personnes qui dirigent.

Quelle différence alors ?

La différence, c’est qu’en 1981, personne ne pensait que Mitterrand allait gagner : les sondages étaient bons pour Giscard jusqu’au dernier moment. Pour Hollande c’est le contraire : les sondages étaient formidables depuis le début pour lui.Donc l’élection de 2012 s’est faite plus naturellement, avec une mobilisation, certes, mais sans cet espoir incroyable qu’il y avait en 1981. Et sans cette espèce de peur aussi, puisque personne n’avait peur de la gauche socialiste, surtout pas de la gauche de Hollande. Je me souviens en 1981 de gens de droite qui me disaient : « attention, il va y avoir les chars soviétiques dans Paris », ce qui m’a toujours fait rire puisque Mitterrand ne se reconnaissait pas dans les communistes.

Les punchlines de François Mitterrand (à retrouver dans le livre de Michèle Cotta Le Monde selon Mitterrand, Tallandier, 2015)

  • En 1945, avant de fonder l’UDSR : « J’ai quelque tentation politique. J’adhèrerais bien au parti SFIO, mais il rassemble tant de vieilles cloches ! Les communistes m’embêtent. Les autres sont des jean-foutre. Reste l’inconnu ! »
  • En 1951, à la tête de l’UDSR : « Socialisme moderne, oui : libéralisme politique, oui. »
  • En 1971, à la tête du PS : «  l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! »
  • En 1976 : « Ma grande chance historique, c’est l’incroyable médiocrité des dirigeants communistes. (…) On peut les manipuler comme on veut. Ils sont tous plus bêtes les uns que les autres. »
  • En 1981 : « Je me sens social-démocrate, c’est-à-dire que je ne tente jamais une réforme lorsque je suis sûr qu’elle échouera. »
  • Sur les énarques : « Conformistes, incapables d’écrire en français, coupés du peuple, réactionnaires. »
  • Sur ses livres de prédilection : « Si vous étiez obligés de partir à la guerre, quel livre emporteriez-vous dans votre musette ? – Pensées de Pascal, Abbaye de Thélème de Rabelais. »
  • Sur la vie (à une journaliste, en 1979):  « Vous ne parlez que de politique, mademoiselle ? Vous n’aimez pas la vie ? »

Qui parle des 28 au 27 ?

L’Europe et Sciences Po, c’est une valse passionnée. Et du Master Affaires Européennes aux publications régulières des Presses de Sciences Po sur le sujet, les étudiants sont au coeur du mouvement. Sujet incontournable, les 28 animent de nombreuses associations au 27. Entre convergences et différences, éloge et critique, La Péniche fait le point.

La fibre fédéraliste 

Résolument fédéralistes, les Jeunes Européens Sciences Po s’activent, parfois un peu trop dans l’ombre, pour sensibiliser les jeunes à la cause européenne.

La section sciences piste compte vingt membres actifs pour plus de soixante-quinze adhérents. Elle développe des programmes ouverts à tous les étudiants.

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Les évènements prévus cette année sont ambitieux. Un jumelage avec une section des JE récemment créée à Londres est à l’ordre du jour, dans un contexte de référendum éventuel sur « une Brexit » en juin 2016.

Malgré une énergie déployée considérable, les Jeunes Européens ne sont pas toujours très visibles dans l’école. La Présidente avoue que « beaucoup de notre énergie est dépensée sur nos activités et nous ne sommes pas toujours performants quand il s’agit de communiquer. Évidemment nous cherchons à nous améliorer. »

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La deuxième association ouvertement fédéraliste est à trouver en la personne des Europeans Now, connue quant à elle pour une communication enthousiaste et festive.

« L’association souhaite promouvoir le débat public sur l’Union Européenne. Nous sommes partis du constat que l’Europe ne fait plus rêver et qu’il faut redorer son blason. Il faut la « rendre sexy » pour donner à chacun l’envie d’apporter sa pierre à l’édifice » explique Sébastien Chapotard, trésorier.

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Europeans Now a déjà réalisé plusieurs coups en organisation des conférences sur l’Europe de la Défense ou l’Europe de l’énergie mais semble être moins en vue depuis quelques temps par manque de nouveaux adhérents motivés et déliquescence du bureau.

Il n’en demeure pas moins que les responsables comptent bien poursuivre leur oeuvre en développant cette année des « petits évènements types cafés-débats ou débats inter-partis ». Sébastien Chapotard lance même un appel : « Nous souhaitons accueillir le maximum de 1A sensibles aux idées européennes et prêts à s’investir avec d’autres jeunes ». Et poursuit : « Nous sommes convaincus que l’extrême droite nationaliste et eurosceptique ne doit pas être la seule à monopoliser la parole lorsqu’il est question d’Europe. »

Dans de tels discours, ne pourrions-nous pas envisager un rapprochement ? « Les Jeunes Européens font partie d’un réseau hors de Sciences Po – le Mouvement Européen France. Je nous crois également plus militants et politiques même si nous restons résolument transpartisans ! », considère Pauline Vidal.

Même son de cloche du côté de Europeans Now qui précise : « Nous sommes résolument indépendants de toute structure, et nous n’organisons pas le même type d’évènements. »

Une volonté de débat et de contradiction

D’autres sciences pistes ne sont pas de cet avis et sont bien décidés à faire entendre leurs voix.

Côme Delanery, le responsable, pour cette année 2015-2016, de Critique de la Raison Européenne (CRE) fait partie de ceux ci. Il nous explique que « L’association fondée en 2013, cherche à ouvrir le débat sur l’U.E. à Sciences Po, où il manque cruellement alors même que dans la société française il est permanent et que dans toute l’Europe on voit de plus en plus que les peuples veulent en finir avec cette construction antisociale et antidémocratique. »

CRE compte une quarantaine de membres actifs, issus de toutes les promotions, qui participent à un programme chargé. « On fait des dîners informels ensemble, on tient des tables, on écrit des articles pour le journal Souveraineté que nous avons lancé l’an dernier et puis on organise quelques conférences », rappelle le responsable

Plusieurs confrontations avec les autres associations ont été organisées l’année dernière, comme le débat sur le TAFTA avec les Jeunes Européens ou la conférence sur l’avenir de l’euro avec Henri Guaino, co-modérée par l’UMP Sciences Po.

Beaucoup de personnalités de renom ont été par ailleurs invitées par le passé comme Jean-Pierre Chevènement, Pierre Manent ou encore Périco Légasse.

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Les membres de l’association assurent que « de belles têtes d’affiche sont à prévoir pour l’an prochain » ainsi que des débats avec les autres associations européennes. La très probable arrivée d’une section FN à Sciences Po (dont certains fondateurs sont d’anciens membre de CRE), promet quelques émotions…

Toutefois, Côme Delanery insiste pour que l’on ne voit pas les sympathisants de CRE comme des euro-saboteurs primaires. « A CRE, on aime l’Europe plus que tous ceux qui veulent lui imposer austérité et technocratie » martèle-t-il. Les membres de CRE se définissent eux-mêmes comme des « euro-réalistes ».

A noter que d’autres organisations comme Contre-Courant Sciences Po manifestent également des velléités eurosceptiques.

De la nouveauté en perspective 

Du côté du campus de Menton, une antenne d’EuropaNova, un think tank animé depuis quelques temps par Guillaume Klossa, a vu le jour.

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Jeremy Lucky, le fondateur, s’en félicite : « Avec cette initiative, j’espère réunir tous les étudiants désireux de débattre sur différents sujets traitant de l’Europe », déclare-t-il.

Pour autant, l’étudiant en première année ne souhaite pas développer une association qui ouvrirait la voie à des thèmes trop polémiques. Il assure que son but « n’est pas de discuter d’austérité mais de structurer les participants en groupes de travail sur des sujets tels que la gouvernance économique de l’Union, l’Europe sociale ou les enjeux énergétiques communautaires. »

Le programme de cette nouvelle association – si elle est reconnue en octobre – est pour le moins ambitieux. En effet, son fondateur envisage d’organiser un cycle de conférences avec une pléiade d’invités d’honneur dont les noms n’ont pas encore été portés à notre connaissance.

Il tentera, par ailleurs, de développer des projets en parallèle. Ainsi il espère « encourager les étudiants des grandes écoles de commerce à prendre part dans ces débats » et il les invite d’ores et déjà à participer à des évènements chapeautés par le noyau central du think tank, comme la sixième édition des États généraux de l’Europe ou encore le programme 40under40, co-organisé par Friends of Europe.

Pour ce faire, il compte bien sur l’aide du réseau déjà conséquent de Guillaume Klossa. À suivre donc.

Le point d’interrogation 

Une autre association européenne avait été reconnue à l’issue de la procédure 2014-2015 : Le Parlement Européen des Jeunes.

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Se présentant comme une « organisation apartisane offrant aux étudiants une plateforme de débats et de réflexion autour des grands enjeux de l’Europe d’aujourd’hui, (…) en leur permettant de remettre leurs propositions à des responsables publics », elle participe également à plusieurs évènements culturels à l’instar des euroconcerts ou la Fête de l’Europe.

Les membres du bureau du PEJ n’ayant pas répondu à nos questions, nous ne sommes pas en mesure de dire si ce dernier sera de nouveau présent pour la reconnaissance de cette année.

Le science piste l’aura compris : il y a de quoi attendre des débats riches et houleux. L’an de grâce 2015 alimentera-t-il le bruit et les fureurs de l’europhobie, de l’euro-mollesse ou de l’euro-pragmatisme ? Vous avez la réponse. Et c’est à vous de jouer.

« Nous organisons notamment des Europe à l’Ecole, c’est-à-dire des interventions du primaire aux BTS. Nous coordonnons également plusieurs cafés-déba

ts dans l’année et nous participons activement à la rédaction du Taurillon, le journal en ligne des Jeunes Européens », explique Pauline Vidal, présidente des JE.