L’Inde entre les lignes (1)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

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  • Paris, veille du départ

Écrit le vendredi 2 juin à Paris

Cela fait maintenant près de 4 mois que j’attends ce voyage, et 4 ans que je rêve de découvrir l’Inde.

Je viens de terminer ma première année du collège universitaire de Sciences Po Paris, sur le campus euro-américain de Reims. J’ai suivi des cours d’histoire, de droit constitutionnel, d’économie, de sociologie, j’ai rencontré des étudiants de la France entière mais aussi du monde entier qui ont tous de merveilleuses histoires et expériences à raconter. Cette année a aussi été marquée par l’actualité française et internationale : la très choquante et décevante élection de Donald Trump aux États-Unis, la poursuite de la guerre en Syrie et de la crise migratoire en Europe, la terrible situation des homosexuels en Tchétchénie, la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises…

Je ressentais le besoin d’agir, de m’engager personnellement sur le terrain, mais aussi d’aller à la rencontre des fléaux dont j’entends parler en cours et dans les médias et qui me révoltent : les inégalités, le difficile accès à l’éducation, le risque sanitaire, la ruralité, la chaleur aussi… Je voulais voir cela de mes propres yeux, le vivre moi-même. Je voulais sortir de ma zone de confort, m’éloigner le plus possible de mon milieu privilégié français, pays lui-même privilégié.

J’ai donc choisi l’Inde. Non pas parce que je vois ce pays comme le théâtre de toutes les horreurs du monde, loin de là. Mais plutôt parce que je suis fondamentalement et, ma foi, inexplicablement attirée et fascinée par sa culture, sa mentalité, son histoire (et son patrimoine culinaire bien-sûr), bien que je m’y connaisse très peu pour l’instant. J’ai bien-sûr vu “Slumdog Millionaire” mais aussi “The Cheetah Girls: One World” (un film pour ados de Disney qui a construit tous les clichés que j’ai de l’Inde). J’ai surtout lu récemment plusieurs romans d’auteurs indiens ou pakistanais à travers lesquels j’ai pu découvrir la réalité de l’Inde d’aujourd’hui. “Le Dieu des Petits Riens” de Arundhati Roy, “Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante” de Mohsin Hamid ou encore “Un mauvais garçon” de Deepti Kapoor.

 

D’un point de vue plus académique, disons que je suis particulièrement intéressée par les études religieuses, le développement, les inégalités et la solidarité internationale. Ce voyage dans un pays des BRICS rentre donc aussi dans le cadre plus général de mes études et d’un futur projet professionnel qui reste encore à définir.

C’est en Inde que je voulais partir, malgré les avertissements de ma mère ou de mes amis sur le potentiel choc ou même danger que ce voyage pouvait représenter.

Grâce à l’AIESEC, une association internationale de jeunes dont je fais partie sur le campus de Reims et qui vise à “activate the leadership potential of young people”, ce projet de voyage humanitaire en Inde est possible et rentre même dans le cadre de mes études : il est comptabilisé comme mon stage “ouvrier” de fin de première année. http://aiesecfrance.org/fr/

Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir réellement mettre des mots sur ce que j’attends de ce voyage. Disons que j’espère pouvoir rencontrer, aider, servir, visiter, découvrir, sourire et faire sourire.

  • Arrivée à Navi Mumbai

Écrit le dimanche 4 juin à Navi Mumbai

Me voilà maintenant au Pillai Girl’s Hostel de New Panvel East, un quartier de Navi Mumbai. Navi Mumbai (le “nouveau Mumbai”) est une ville née de l’expansion de Mumbai (merci aux cours de géographie et à la carte étudiés pour mon bac ES !).

Malgré un colis abandonné et une évacuation de mon terminal à CDG, le Paris-Mumbai a pu partir plus ou moins à l’heure. Déjà dans l’avion j’étais la seule blonde et j’étais entourée de familles indiennes avec mères en tuniques, pères aux grosses montres bling-bling et enfants souriants. J’ai été assez amusée de voir que presque tous les voyageurs autour moi, hommes comme femmes, regardaient des films indiens qui semblaient tous être des navets romantiques. J’ai donc tenté “Happy Bhag Jayegi”, qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui ne veut pas se marier avec l’homme choisi par son père et qui, par un concours de circonstances, se retrouve au Pakistan chez un homme politique qui lui arrange finalement un mariage avec celui qu’elle aime. C’était plutôt sympathique, coloré et joyeux mais à vrai dire très long…

Arrivée à Mumbai, j’ai retrouvé Aya, une “intern” égyptienne absolument adorable et très souriante. Elle est musulmane pratiquante et compte bien continuer le Ramadan malgré la lourde chaleur indienne (donc pas d’eau ni de nourriture du lever au coucher du soleil). Nous avons tout de suite été rejointes par une bande de 5 ou 6 jeunes indiens qui font partie de l’AIESEC Navi Mumbai : il sont restés avec nous de 2h à 5h du matin et sont ensuite partis car ils étaient volontaires à 6h30 pour un marathon solidaire ! Bien que j’avoue ne pas avoir tout compris à ce qu’ils racontaient (disons que je ne suis pas vraiment habituée à l’accent indien), j’ai tout de même pu tirer beaucoup de cette rencontre et de ces premiers échanges. Ces jeunes étudient tous l’ingénierie et il est facile de deviner qu’ils viennent de familles indiennes privilégiées. J’ai d’ailleurs été assez étonnée de voir les 3 filles en jupes courtes et ventres découverts, contrastant avec le dress code à adopter en Inde dont on m’avait parlé. Vers 2h30 du matin, je suis sortie du Starbucks où nous avons passé la nuit pour aller tirer du cash et je suis donc retrouvée à l’air libre: au beau milieu de la nuit il fait déjà une chaleur pesante et étouffante. On se croirait dans une serre. Les jeunes indiens me disent que je ne suis pas au bout de mes peines niveau météo…

A 8h30, nous sommes enfin montées dans un taxi avec Rahul, notre project manager. On peut dire que c’est là que le voyage en Inde commence vraiment. Nous avons passé 1h30 dans le taxi pour aller d’un bout à l’autre de la ville. Je me battais pour garder les yeux ouverts malgré l’immense fatigue (il était 5h du matin heure française et je n’avais littéralement pas dormi de la nuit). Par la fenêtre, j’ai eu mon premier aperçu de ce qu’est l’Inde: un trafic automobile proche de Mario Kart, entre voitures, rickshaws et motos (Rahul m’expliquait d’ailleurs que “Indian people never follow the rules”, d’où l’énorme bazar…), des bidonvilles au bord de l’artère très passante, des vaches maigres comme des clous allongées sur le trottoir, des chiens qui ne semblaient d’ailleurs pas en meilleure forme, beaucoup beaucoup de déchets, des immeubles vétustes ou en cours de construction (ou peut-être se sont ils juste arrêtés là ?)… Mais je vois aussi énormément de verdure (on passe autour d’une colline qui semble inhabitée), de bus peints en turquoise et recouverts de motifs calligraphiques, de femmes en sari multicolores comme dans les films, d’enfants qui jouent. A ce moment là, je crois que je suis incapable de commenter ce que je vois, je ne peux que décrire, et encore…

Le foyer dans lequel on réside est en fait un campus universitaire qui sert d’auberge de jeunesse pour touristes. Il est réservé aux filles. Pour le coup, il n’y a vraiment que le strict minimum, mais la Wi-Fi est performante et c’est propre. Ça me convient très bien.

Après avoir dormi quelques heures, nous sommes allées acheter de l’eau et nous balader une vingtaine de minutes autour de l’auberge. Premières interactions avec des locaux qui ne sont pas membres de l’AIESEC : on parle plus la langue des signes que l’anglais ! La plupart des petits commerçants à qui nous nous adressons ne nous comprennent pas, mais on arrive à communiquer et à se procurer 3L d’eau pour 60 roupies, c’est-à-dire 80 centimes.

 

A Letter to… The Students

Dear Students,

And yet another academic year is drawing to a close… Many of you must already be packing, probably trying to get rid of microwaves, plates, and bedside tables, everything that you will not be able to carry with you on your next academic adventures – as you are set to leave Reims in a few days, I wanted to catch you one last time and write you a note, in lieu of a proper speech. From afar, this is my send-off to you.

First, though, please allow me a friendly salute to the first year cohort, probably the friendliest and most disciplined (in a positive way, Mr. Foucault!) group of students to ever set foot at René Tys – I wish you guys a wonderful summer and I am sure your second year will just follow in your predecessors’ successful footsteps. Thank you again to my Political Theory class for a wonderful first semester!

To second year students now – before anything, congratulations for making it this far, for your achievements in class and outside, for not giving up when things perhaps got a little rough. Congratulations to all of you who remain modest in the most impressive accomplishments. Congratulations to everyone for getting over two winters in Reims, and for standing up to, and later staring down, that most dreadful year 2016 and what seemed then to be its endless series of disasters and setbacks. The clouds are set to lift in 2017 and I am convinced that you are all moving on to third year with your sails filled with optimism and a touch of impatience for things to come. Take a moment to pause and relish that feeling. You incarnate the sprit of conquest that’s apparently so dans l’air du temps (when riding that feeling, though, keep away from its disgraceful twin, usurpation). Today, you are the definition of success. Be proud. As you know, the first two years at Reims were meant to challenge you, and you’ve stepped up to the plate – you’ve met the challenge. It wasn’t so bad after all, was it?

Don’t get me wrong, though. The journey does not stop here. Success has this great feature that its boundaries can ever be stretched – so please keep pushing these boundaries, and never become complacent. For your own sake, I sincerely hope that nothing ever comes to you easy – and in the same breath, I truly look forward to hearing about your many future achievements.

And now for the serious business. As you might know, it had become a little bit of a tradition for me to name your predecessors’ cohorts during the late Spring gala – after the Pioneers came the Bealievers, followed by the Champagne Kids, the Denizens, and finally the Smooth Talkers. The gala is this wonderful moment when the pressure of grades and classes can be left behind and everyone can spend a nice, relaxed moment, dressed in the most dazzling fashion, for the sake of being together and reminiscing about the time elapsed. You students prepare skits and short clips, distribute funny awards to one another, and the members of the administration watch in slight awe, realizing the extent to which life outside of the classroom in so many ways enriches your student experience – to the point where it sometimes feels as if the academic dimension of your lives is something of a momentary, often welcome but also a touch time-consuming, distraction in your otherwise busy personal schedules. That’s the magic trick, isn’t it – work hard, play hard – and, if anything else, that’s one of the main takeaways of the program, and what allows you to be so efficient in your work.

Due to unforeseen circumstances, I will not be present at the gala this May. Please allow me, however, to rekindle that old tradition, even if only as a fiction here, and let me share what my chosen name for your cohort would have been. Your name actually came to me early on, and the events of the last year only bolstered that choice.

Project yourselves back in August, 2015. The day is Friday, 21 August 2015, to be precise. That morning, you eyes were all wide open. We greeted you at City Hall and you met each other as a group for the very first time. Campus was expanding, a new program was moving in, and for the beginning of orientation it was decided that the two programs would be welcomed together in the prestigious salon d’honneur of the mairie. What a crowd, that day! It was both impressive and vindicating to be addressing such a large freshman class. We’d worked hard the previous years to build an attractive program and plan for the extension, and there we were – honored and joyful – feeding off your excitement a bit, too. After a short while, something special happened. The students from the Euro-Africa program left the room to attend their specific orientation in another part of the building, and you guys stayed on in the salon d’honneur for the second part of yours… and there were still so many of you in there that it just looked like nobody had left the room!

That moment, it hit home that a truly new era was being ushered in on campus. There surely was a whole lot of you – and you were all smiling and looked eager and poised. I imagined that bonds of solidarity would rapidly develop among you (and was I right on that front!), and thought of the strength that could emerge from your collective. On the spot, and while warning you about the terrible grades you were bound to receive at Sciences Po and telling you about the merits of the school’s absence policy, I came up with that cohort name – the Beaver Pack. Proud members of Beaver nation. Mighty and industrious, but also special in your cohesion and resolve. You are the hard-nosed Beavers – but I’ll just call you the Beaver Pack. I hope you’ll like the name.

So long, Beaver Pack – I’m sorry I had to miss all your accomplishments and performances this past Spring, and sorry I won’t be court-side in Dijon to cheer for the Purple Haze at Minicrit. Thank you for an unforgettable year and a half, and thank you for your healthy response when tables got so suddenly turned on me. It meant a lot. Now, safe ride, beavers, go show your mettle to the world, and realize yourselves. Just remember to check in with the pack from time to time.

Best wishes, and much respect,

O. Ruchet