L’Inde entre les lignes (3)

Voici la troisième partie du récit de voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur son blog de voyage

Lire le début et la deuxième partie

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  • Premiers jours de volontariat

Écrit le jeudi 8 juin à Navi Mumbai

C’est donc mardi que mon travail de volontaire a enfin débuté.

Je suis d’abord allée déjeuner avec Marine et Erika, une stagiaire péruvienne de 27 ans qui a démissionné pour faire un grand voyage de 7 mois, entre New York et l’Asie du Sud. On décide de tester la cantine universitaire du Pillai College, dont fait partie l’auberge dans laquelle on réside. Je prends un Chapati : des galettes fines avec deux sortes de mélanges de légumes et d’épices. Il y a aussi une cuillerée de sauce piquante à laquelle je ne touche évidemment pas  : en France, j’aime beaucoup la cuisine épicée, mais ici un plat « non spicy » m’enflamme déjà la bouche…

On prend ensuite le train pour descendre à Belapur. C’est un quartier assez moderne et récent qui a des airs américains et dans lequel se trouve un CBD (Central Business District, encore merci aux cours de géo). Je monte alors pour la première fois dans ce que les touristes appellent un tuck-tuck mais qui se nomme officiellement un rickshaw. En fait c’est exactement comme une moto à laquelle on ajoute une roue à l’arrière, un toit et un petit banc pour les passagers. Le moteur couine ; on manque de renverser une petite dizaine de piétons en 5mins. Le rickshaw nous dépose devant le portail du Maruti Paradise, un complexe d’immeubles dans lequel vit Sarika Gupta, la fondatrice de l’ONG « Safe n’ Happy Periods » pour laquelle nous sommes bénévoles. On travaille depuis son appartement car elle a un air conditionné efficace, contrairement à celui de notre hostel.

L’objectif de son ONG est de sensibiliser à l’hygiène des règles (« raise awareness on safe disposals for periods »), qui restent, d’ailleurs, un énorme tabou en Inde : tandis que la grossesse est perçue comme un don de Dieu et la plus belle chose au monde, les menstruations sont considérées comme impures et sont une source de honte et de gêne. Dans la plupart des familles indiennes, les femmes qui ont leurs règles ne peuvent ni entrer dans la cuisine, ni aller prier au temple. De plus, les menstruations posent un problème écologique important ici : chaque mois, une femme jette l’équivalent de 50 sacs plastiques en serviettes hygiéniques. Il existe aussi un risque hygiénique : les déchets étant souvent laissés en décomposition à l’air libre, des maladies se développent, se propagent et infectent les éboueurs (ou tous ceux qui touchent ces déchets). Le but de cette association est d’apporter une éducation aux jeunes filles et femmes dans les écoles et autres centres d’accueil sur ce que sont les règles, en quoi elles sont normales, naturelles et nécessaires, ainsi que sur les produits hygiéniques à utiliser.

http://safenhappyperiods.org/

Marine, Becky, Aya, Fatma, Sarika et moi avons donc passé 2h devant l’arrêt de train de Vashi avec notre petit badge de “Volunteer”. Le but était d’arrêter des femmes dans la rue et de discuter avec elles pour recueillir des informations afin d’adapter les prochaines interventions de l’association, mais aussi pour faire connaître à ces femmes les dangers écologiques et sanitaires engendrés par certains produits. Je travaille en duo avec Marine et il faut avouer que nous sommes extrêmement efficaces : il est vrai que les Indiennes sont particulièrement contentes et curieuses de parler avec nous, deux étrangères blanches aux yeux bleus. Mon anglais étant meilleur que celui de Marine, j’ai la responsabilité d’aborder les femmes et de lancer la conversation. Etant toutes deux assez souriantes, nous n’avons pas vraiment de mal à attirer la sympathie des jeunes femmes et à discuter plusieurs minutes avec elle. Une fois de plus, ces Indiennes nous rendent des sourires qui me remplissent de joie.

Après ces 2h de “market research”, ou plutôt de discussions et de rencontres, nous sommes rentrées chez Sarika qui nous avait gentiment invitées à dîner. Sarika emploie une gouvernante qui s’occupe de son intérieur et fait la cuisine. Il me semble que beaucoup de riches indiens vivent ainsi. On nous a servi un excellent repas traditionnel et végétarien nommé Dal Chawal : du riz et des lentilles cuisinées avec de la sauce. La soirée chez Sarika est vraiment très intéressante et conviviale : nous mangeons sur ce qui lui sert de canapé, ce sont en fait des matelas posés par terre. Sarika est passionnante et répond à toutes mes questions : il faut dire que je suis assez curieuse, je vais donc d’un sujet à l’autre. Je profite vraiment de cet échange car j’ai énormément de chance de pouvoir parler avec cette Indienne très cultivée, souriante et heureuse de discuter de sa culture et de son pays. Je la questionne sur les tensions toujours existantes entre l’Inde et le Pakistan, sur les différentes religions présentes en Inde, sur les rites hindous, sur le cinéma bollywoodien (je compte bien aller visiter les studios de Bollywood d’ici la fin de mon voyage !)… Elle m’explique aussi la signification exacte du bindi (ou tilak), ce point rouge que beaucoup d’Indiens portent entre les sourcils. Le bindi symbolise le troisième œil de Shiva, il se positionne à l’emplacement du sixième chakra (celui où résident les facultés psychiques). Il est en fait une marque de la spiritualité de celui qui le porte et apporte le bonheur. Le bindi est une tradition hindouiste mais fait aujourd’hui partie de la culture indienne et peut ainsi être porté quotidiennement par n’importe qui (il suffit bien-sûr d’y croire !). Sarika est particulièrement touchée quand je lui parle des tensions avec le Pakistan : elle me raconte les attaques de Bombay des 26 et 29 novembre 2008, une série de 10 attentats islamistes qui a fait 188 morts… D’après elle, la principale tension aujourd’hui est liée au Cachemire, cette région qu’elle appelle « heaven on earth » et que l’Inde et le Pakistan se disputent… Becky, qui est britannique et étudie la littérature et l’histoire de son pays, nous parle du colonialisme anglais en Inde, de comment les Anglais ont quitté la région en deux-temps-trois-mouvements en 1947, et du découpage territorial toujours débattu aujourd’hui… La soirée se termine sur un énorme épisode de pluie et un retour à Panvel en taxi (une voiture passe à toute vitesse dans une flaque juste à côté de nous et une énorme vague s’abat sur le côté droit du taxi, aspergeant la voiture d’eau jusqu’au toit). Il fait nuit noire, il pleut, on longe un pont sous lequel est installé un petit bidonville. On voit un bébé dans les bras de sa mère, une petite fille qui joue et un homme qui dort littéralement au bord de la 4 voies…

La journée de jeudi se passe aussi chez Sarika avec qui l’on travaille sur les différents réseaux sociaux et la newsletter de l’association. On apprend ce soir que Sarika a reçu un message WhatsApp envoyé par une jeune fille avec qui nous avions parlé la veille dans la rue : la présidente de l’ONG nous félicite chaleureusement et semble très fière de nous ! Pour le déjeuner, on se fait livrer des pizzas et, surprise ! Les pizzas Dominos sont beaucoup moins grasses en Inde qu’en France. Marine et moi décidons de garder les quelques parts restantes : le soir-même, on les offre à trois petits garçons assis seuls et pieds-nus dans la rue, comme nous avions fait la veille avec notre reste de riz. L’immense sourire qu’ils nous rendent vaut largement le prix de toutes les pizzas du monde… Disons que la grande pauvreté est tellement présente ici qu’il serait absolument impossible pour nous de donner un billet à chacun… On décide alors de garder automatiquement nos restes et de toujours avoir un paquet de gâteaux sur nous.

Vers 20h, Marine et moi retrouvons Rahul à Seawoods dans un immense mall à l’américaine construit il y a quelques mois. Il nous présente Mariyan, un nouvel intern anglais de 21 ans qui fait partie du projet « Village Development » auquel nous participerons aussi et qui commence dans une semaine. Une fois de plus, je suis largement plus jeune que les autres interns que je rencontre et ils sont tous surpris d’apprendre que je fêterai mes 18 ans avec eux dans une dizaine de jours. Mariyan est très sympathique et dynamique, on lui parle de nos projets de voyages et de visites ce week-end dans le centre de Mumbai et dans quelques semaines dans le nord de l’Inde. Il est tout de suite très enthousiaste et désireux de se joindre à nous, ce qui est une bonne nouvelle pour Marine et moi qui avons du mal à motiver certaines bénévoles à sortir de l’auberge… Le voyage dans le nord de l’Inde est déjà en cours de préparation : Marine rentre en France le 6 juillet, on voyage donc du 27 juin au 5 juillet. 5 villes en 8 jours, du Rajasthan au Pendjab en passant bien-sûr par Dehli et Agra…

L’Inde entre les lignes (2)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

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  • Premiers pas dans la “ville qui ne dort jamais”

Écrit le mardi 6 juin à Navi Mumbai

Dimanche soir, jour de mon arrivée, j’ai fait la rencontre de Marine. Elle est française, elle a 23 ans et elle est ici depuis 3 semaines. Notre première discussion m’a énormément rassurée : elle me parlait déjà d’un voyage dans le nord de l’Inde que l’on pourrait faire ensemble dans quelques semaines et me racontait à quel point elle était heureuse depuis son arrivée. Voir un si grand sourire, autant de dynamisme, mais aussi parler avec quelqu’un qui a la même culture que moi m’ont fait énormément de bien.

Il faut dire qu’en tant que française de milieu plutôt privilégié, je me retrouve dans un environnement qui diffère en tous points du mien, d’autant plus que je n’ai jamais voyagé en Asie ni dans aucun pays pauvre. D’après Marine, qui a déjà visité la Thaïlande et l’Indonésie, je commence par le pire…

Lundi, j’avais rendez-vous à Vashi, un quartier disons plutôt moderne de Navi Mumbai, avec Aya, Fatma (une nouvelle intern Turque) et Rahul. Marine est venue avec nous car c’était la première fois que nous prenions le train et nous avions clairement besoin de son aide et de ses conseils.

Alors, prendre le train à Bombay… Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir décrire à quel point cette expérience, qui semble tellement banale, est en fait exceptionnelle à mes yeux. Les trains qui relient les différents quartiers de Mumbai et Navi Mumbai ne sont absolument pas comparables à quoi que ce soit qui existe en France. Disons qu’ils sont à mi-chemin entre le métro et le tramway, mais les différences sautent aux yeux. La première est que le train roule avec les portes ouvertes. Commet imaginer un métro parisien rouler portes ouvertes ? Lorsqu’on traverse le pont entre Mumbai et Navi Mumbai, le vent marin s’engouffre dans les wagons et il est si fort que mon téléphone a manqué de tomber de ma main ! Je pense que les quelques images parleront d’elles-mêmes bien qu’il soit difficile de prendre des photos discrètes alors que tous les regards sont fixés sur moi… Nous empruntons le wagon réservé aux femmes, mais le wagon mixte me semble aussi assez sûr dans la journée.

A Vashi, nous retrouvons Rahul dans un mall, c’est-à-dire un centre commercial, seul environnement plutôt familier jusqu’à présent. Le rendez-vous visait à organiser notre travail pour les prochaines semaines. Le maître mot pour toujours rester zen et calme en Inde est la patience : cela s’applique très clairement aux membres de l’AIESEC à Navi Mumbai, qui sont assez désorganisés et semblent toujours penser que tout va bien…

Le mall a clairement des allures de centre-commercial américain, bien que les boutiques Michael Kors et Hollister soient remplacées par du prêt-à-porter traditionnel et des salons de massage thaïlandais. Le supermarché est rempli de mangues et autres fruits frais. En parlant de mangues, elles sont très peu chères et faciles à trouver ici, à mon plus grand bonheur : j’en ai acheté 3 à un petit monsieur au bord de la route pour Rs.70, soit 1€, quand une mangue coûte 2.5€ en France !

La journée de mardi fût pleine de sourires, de rires et d’innombrables nouvelles découvertes pour moi. Aya, Marine, Fatma et moi partons vers 11h pour Vashi avec Becky, une anglaise arrivée en même temps que Marine. Rutu, la project manager de Becky et Marine avec qui nous allons travailler cette semaine, nous indique une mystérieuse adresse à laquelle nous devons nous rendre pour retrouver Sarika Gupta. C’est la fondatrice de l’ONG « Safe n’ Happy Periods », pour laquelle Marine et Becky travaillent depuis leur arrivée. Sur le chemin, nous sommes littéralement harcelées par des petites filles en haillons, pieds nus, qui nous tirent par les manches et tendent leurs mains pour obtenir quelques pièces ou billets. Marine leur répond sèchement, et m’explique ensuite que, bien que l’on soit prises de pitié, il faut savoir dire non car si l’on donne un billet à un enfant, une dizaine d’autres accourent et l’on ne s’en sort plus… Le soir, il nous restait du riz de notre repas et l’avons donné à deux petits garçons dans la rue qui semblaient très heureux de pouvoir manger plutôt que de recueillir des billets à remettre à leurs parents (ou autre…) ensuite. On croise aussi beaucoup d’aveugles qui font la manche, et je me dis que « Slumdog Millionaire » ne sort pas de l’imagination…

Nous nous retrouvons donc dans un Data Science Congress (!!!) organisé par Sarikaa dans le cadre de son activité professionnelle. On nous y offre un excellent buffet avec de la nourriture locale que nous dégustons entourées d’indiens en costume qui mangent debout et avec leur main droite. La rencontre avec Sarikaa nous permet d’organiser notre travail avec elle pour les prochains jours. Sarikaa a une cinquantaine d’années, elle est très belle, d’autant plus qu’elle porte un superbe sari orange et dorée, et elle a l’air d’être très instruite et indépendante, bien que mariée et mère de famille.

Il est 15h, nous n’avons plus de travail : pourquoi ne pas aller à Mumbai ?

Le voyage en train de Vashi au centre de Mumbai dure 1h. J’ai passé tout ce temps à observer les femmes autour de moi, à regarder ce qu’il se passe par la fenêtre (et par la porte !), vraiment comme une gamine dans un magasin de poupées (ou comme moi chez Zara il y a encore quelques mois) !

Arrivées à Mumbai, on décide de prendre le taxi jusqu’au Babulnath Temple. A 5 dans un taxi à 27centimes/personne la course, j’ai passé 25 minutes entre mini crises cardiaques et fous-rires. Quelqu’un qui n’a pas vu ça de ses propres yeux ne peut pas imaginer l’énorme bazar que sont le trafic et la circulation dans Mumbai : pas de rickshaws ici, mais une quantité impressionnante de taxis, de motos et de vélos, sans oublier bien-sûr les voitures et les camions. La scène ne serait pas si drôle si des petits monsieurs ne transportaient pas d’énormes sacs de graines sur leur tête en zigzaguant entre les engins qui roulent à 17kms/h. Sans parler des charrues remplies de meubles et de tubes de métal, ni des piétons, ni des pauvres policiers qui tentent de faire la circulation aux croisements. Les klaxons ne s’arrêtent pas, personne ne ralentit pour laisser passer les piétons… Bref, étant habituée à la circulation tranquille et plutôt respectueuse en France, j’ai vraiment cru que j’allais perdre la vie. Mais je pense qu’il suffit juste de s’habituer. A ma quatrième course de la journée, ça allait déjà beaucoup mieux.

Le temple hindouiste de Babulnath est absolument exceptionnel. Coupé des bruits de la ville, plein de couleurs et de fleurs, j’y ai vraiment ressenti un climat de calme, de paix, de gentillesse et d’accueil. Je pense que les images parlent d’elles-mêmes. Je voulais absolument visiter ce temple car c’est le décor de plusieurs scènes de la série Sense8 de Netflix que j’ai regardée en entier juste avant de partir (pour les connaisseurs, c’est ici que Kala vient se recueillir et que son beau-père se fait poignarder. La statue de Ganesh que l’on voit dans la série n’est pas là toute l’année, elle est apportée à Babulnath pour certains festivals uniquement).

Nous dinons sur Marine Drive, qui est en quelque sorte la Promenade des Anglais ou l’Ocean Drive de Mumbai. Une fois de plus les photos suffisent. Il fait frais grâce au vent marin, les gens sont souriants et le coucher de soleil est magnifique.

Pour rentrer, vers 21h, on prend le train d’un terminus à l’autre, un total de 2h de trajet environ. Une fois de plus, chaque minute passée dans le train est pour moi une expérience profondément enrichissante. A peine installées dans le wagon des femmes, tous les yeux se braquent sur Marine, Becky et moi, car nous avons la peau claire, les yeux bleus, et Becky et moi-même sommes blondes. Les regards sont d’abord intrigués, surpris mais surtout pesants car assez insistants. Mais très vite, je décide à mon tour de regarder ces femmes dans les yeux, et de leur offrir de larges sourires. J’avais besoin de leur montrer que j’étais exactement comme elles et que je ne devais surtout pas être une source de crainte. C’est à ce moment-là que j’ai vécu la plus belle expérience depuis le début de mon voyage mais aussi sans doute l’une des plus belles de ma (courte) vie. Une jeune femme, qui m’avait vue sourire et qui semblait très intriguée, est venue s’asseoir à côté de moi. Elle engage alors une conversation avec moi en Hindi à laquelle je ne comprends bien-sûr pas un traitre mot. Voyant qu’elle ne parle pas anglais, je demande autour de moi si quelqu’un peut nous servir de traductrice. Personne. Voyant que la jeune femme s’acharne et continue de me sourire et de me parler, je sors mon téléphone et lance Google Traduction. Elle peut ainsi lire mes messages en Hindi et me répond avec des gestes afin que je puisse comprendre à mon tour. J’apprends donc qu’elle vit à Panvel comme nous, elle me présente sa fille et sa sœur, toutes deux adorables et très souriantes. Elle semble ébahie quand je lui dis venir de France (sait-elle quoi que ce soit de mon pays ?), et elle sourit timidement quand Marine et moi lui disons qu’on l’a trouve très jolie. Cet échange, pourtant rapide et laborieux, m’a remplie d’un immense bonheur, mais m’a aussi apporté, en quelque sorte, beaucoup d’espoir. Cette femme qui semblait assez pauvre et peu éduquée (puisqu’elle ne parlait pas anglais) avait bravé l’inconnu et était venue s’asseoir à côté de moi pour me parler. Je crois pouvoir dire que je n’oublierai jamais cet échange et encore moins ces sourires pleins de curiosité, de malice, d’intérêt mais surtout d’humanité et de joie.

L’Inde entre les lignes (1)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

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  • Paris, veille du départ

Écrit le vendredi 2 juin à Paris

Cela fait maintenant près de 4 mois que j’attends ce voyage, et 4 ans que je rêve de découvrir l’Inde.

Je viens de terminer ma première année du collège universitaire de Sciences Po Paris, sur le campus euro-américain de Reims. J’ai suivi des cours d’histoire, de droit constitutionnel, d’économie, de sociologie, j’ai rencontré des étudiants de la France entière mais aussi du monde entier qui ont tous de merveilleuses histoires et expériences à raconter. Cette année a aussi été marquée par l’actualité française et internationale : la très choquante et décevante élection de Donald Trump aux États-Unis, la poursuite de la guerre en Syrie et de la crise migratoire en Europe, la terrible situation des homosexuels en Tchétchénie, la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises…

Je ressentais le besoin d’agir, de m’engager personnellement sur le terrain, mais aussi d’aller à la rencontre des fléaux dont j’entends parler en cours et dans les médias et qui me révoltent : les inégalités, le difficile accès à l’éducation, le risque sanitaire, la ruralité, la chaleur aussi… Je voulais voir cela de mes propres yeux, le vivre moi-même. Je voulais sortir de ma zone de confort, m’éloigner le plus possible de mon milieu privilégié français, pays lui-même privilégié.

J’ai donc choisi l’Inde. Non pas parce que je vois ce pays comme le théâtre de toutes les horreurs du monde, loin de là. Mais plutôt parce que je suis fondamentalement et, ma foi, inexplicablement attirée et fascinée par sa culture, sa mentalité, son histoire (et son patrimoine culinaire bien-sûr), bien que je m’y connaisse très peu pour l’instant. J’ai bien-sûr vu “Slumdog Millionaire” mais aussi “The Cheetah Girls: One World” (un film pour ados de Disney qui a construit tous les clichés que j’ai de l’Inde). J’ai surtout lu récemment plusieurs romans d’auteurs indiens ou pakistanais à travers lesquels j’ai pu découvrir la réalité de l’Inde d’aujourd’hui. “Le Dieu des Petits Riens” de Arundhati Roy, “Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante” de Mohsin Hamid ou encore “Un mauvais garçon” de Deepti Kapoor.

 

D’un point de vue plus académique, disons que je suis particulièrement intéressée par les études religieuses, le développement, les inégalités et la solidarité internationale. Ce voyage dans un pays des BRICS rentre donc aussi dans le cadre plus général de mes études et d’un futur projet professionnel qui reste encore à définir.

C’est en Inde que je voulais partir, malgré les avertissements de ma mère ou de mes amis sur le potentiel choc ou même danger que ce voyage pouvait représenter.

Grâce à l’AIESEC, une association internationale de jeunes dont je fais partie sur le campus de Reims et qui vise à “activate the leadership potential of young people”, ce projet de voyage humanitaire en Inde est possible et rentre même dans le cadre de mes études : il est comptabilisé comme mon stage “ouvrier” de fin de première année. http://aiesecfrance.org/fr/

Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir réellement mettre des mots sur ce que j’attends de ce voyage. Disons que j’espère pouvoir rencontrer, aider, servir, visiter, découvrir, sourire et faire sourire.

  • Arrivée à Navi Mumbai

Écrit le dimanche 4 juin à Navi Mumbai

Me voilà maintenant au Pillai Girl’s Hostel de New Panvel East, un quartier de Navi Mumbai. Navi Mumbai (le “nouveau Mumbai”) est une ville née de l’expansion de Mumbai (merci aux cours de géographie et à la carte étudiés pour mon bac ES !).

Malgré un colis abandonné et une évacuation de mon terminal à CDG, le Paris-Mumbai a pu partir plus ou moins à l’heure. Déjà dans l’avion j’étais la seule blonde et j’étais entourée de familles indiennes avec mères en tuniques, pères aux grosses montres bling-bling et enfants souriants. J’ai été assez amusée de voir que presque tous les voyageurs autour moi, hommes comme femmes, regardaient des films indiens qui semblaient tous être des navets romantiques. J’ai donc tenté “Happy Bhag Jayegi”, qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui ne veut pas se marier avec l’homme choisi par son père et qui, par un concours de circonstances, se retrouve au Pakistan chez un homme politique qui lui arrange finalement un mariage avec celui qu’elle aime. C’était plutôt sympathique, coloré et joyeux mais à vrai dire très long…

Arrivée à Mumbai, j’ai retrouvé Aya, une “intern” égyptienne absolument adorable et très souriante. Elle est musulmane pratiquante et compte bien continuer le Ramadan malgré la lourde chaleur indienne (donc pas d’eau ni de nourriture du lever au coucher du soleil). Nous avons tout de suite été rejointes par une bande de 5 ou 6 jeunes indiens qui font partie de l’AIESEC Navi Mumbai : il sont restés avec nous de 2h à 5h du matin et sont ensuite partis car ils étaient volontaires à 6h30 pour un marathon solidaire ! Bien que j’avoue ne pas avoir tout compris à ce qu’ils racontaient (disons que je ne suis pas vraiment habituée à l’accent indien), j’ai tout de même pu tirer beaucoup de cette rencontre et de ces premiers échanges. Ces jeunes étudient tous l’ingénierie et il est facile de deviner qu’ils viennent de familles indiennes privilégiées. J’ai d’ailleurs été assez étonnée de voir les 3 filles en jupes courtes et ventres découverts, contrastant avec le dress code à adopter en Inde dont on m’avait parlé. Vers 2h30 du matin, je suis sortie du Starbucks où nous avons passé la nuit pour aller tirer du cash et je suis donc retrouvée à l’air libre: au beau milieu de la nuit il fait déjà une chaleur pesante et étouffante. On se croirait dans une serre. Les jeunes indiens me disent que je ne suis pas au bout de mes peines niveau météo…

A 8h30, nous sommes enfin montées dans un taxi avec Rahul, notre project manager. On peut dire que c’est là que le voyage en Inde commence vraiment. Nous avons passé 1h30 dans le taxi pour aller d’un bout à l’autre de la ville. Je me battais pour garder les yeux ouverts malgré l’immense fatigue (il était 5h du matin heure française et je n’avais littéralement pas dormi de la nuit). Par la fenêtre, j’ai eu mon premier aperçu de ce qu’est l’Inde: un trafic automobile proche de Mario Kart, entre voitures, rickshaws et motos (Rahul m’expliquait d’ailleurs que “Indian people never follow the rules”, d’où l’énorme bazar…), des bidonvilles au bord de l’artère très passante, des vaches maigres comme des clous allongées sur le trottoir, des chiens qui ne semblaient d’ailleurs pas en meilleure forme, beaucoup beaucoup de déchets, des immeubles vétustes ou en cours de construction (ou peut-être se sont ils juste arrêtés là ?)… Mais je vois aussi énormément de verdure (on passe autour d’une colline qui semble inhabitée), de bus peints en turquoise et recouverts de motifs calligraphiques, de femmes en sari multicolores comme dans les films, d’enfants qui jouent. A ce moment là, je crois que je suis incapable de commenter ce que je vois, je ne peux que décrire, et encore…

Le foyer dans lequel on réside est en fait un campus universitaire qui sert d’auberge de jeunesse pour touristes. Il est réservé aux filles. Pour le coup, il n’y a vraiment que le strict minimum, mais la Wi-Fi est performante et c’est propre. Ça me convient très bien.

Après avoir dormi quelques heures, nous sommes allées acheter de l’eau et nous balader une vingtaine de minutes autour de l’auberge. Premières interactions avec des locaux qui ne sont pas membres de l’AIESEC : on parle plus la langue des signes que l’anglais ! La plupart des petits commerçants à qui nous nous adressons ne nous comprennent pas, mais on arrive à communiquer et à se procurer 3L d’eau pour 60 roupies, c’est-à-dire 80 centimes.

 

Making Sense of Trump’s Foreign Policy After the First 100 Days

By Mark Narusov

After his first 100 days in office, Donald Trump is maintaining the established trend of continually not meeting the expectations of both his critics and supporters alike. He did not decrease American commitment to NATO, undermine traditional alliances, or try to reduce the tensions with Russia by handing over unilateral concessions. Steve Bannon, far from becoming the éminence grise of this White House, is losing influence over the president’s actions, while the more “establishment” figures like Mike Pence have become more powerful[1]. On the other hand, some features of Trump’s foreign policy could be — and were — predicted before he took office. The beginning of the new presidency did mark a break with the Hamiltonian tradition of upholding free trade arrangements as an important pillar of the world order, as well as the Wilsonian idea that democracy promotion should be at the top of the foreign policy priorities of an American administration.

No strings attached

It should be obvious to any honest observer that Trump did not turn out to be a Russian puppet. He would not have supported Montenegro’s accession to NATO or punished the Assad regime for its use of chemical weapons if he was. It is nonetheless equally obvious that the Kremlin had a significant role in getting Trump elected, but there is no contradiction between the two. The most plausible scenario is that the Russian regime simply did not attach any strings, nor set conditions for the amount of PR help they delivered through Wikileaks, social media bots, and media outlets. The story of a dictator making a misjudged bet on a democratic candidate and suffering the negative consequences is not without precedent. It is a well-established fact that the now deposed tyrant Muammar Gaddafi contributed €50 million to Nicolas Sarkozy’s election fund in 2007. It did not stop the recipient from being the initiator of the NATO campaign to depose his sponsor, and a solid case could be made that these allegations created an incentive for Sarkozy to act in such a way that would disprove the claims of his critics.

“A true friend of Muslims”

In dealing with the Middle East, the Trump administration has demonstrably dropped democracy promotion as a priority. In a very emblematic act, Secretary of State Rex Tillerson dropped human rights-related conditions on the sale of $3 billion worth of arms to the authoritarian monarchy of Bahrain that the Obama administration had set due to the regime’s crackdown on its Shiite minority. The Egyptian strongman El-Sisi, whom Trump called “a fantastic guy”, hasn’t gotten any pressure so far from the current administration concerning his regime’s systematic abuse of human rights. The meeting between Trump and his aides and the Saudi delegation left the Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman utterly ecstatic and led him to non-ironically proclaim that Trump is “a true friend of Muslims”. The United States’ change of policy on democracy promotion among allies in the Middle East, as well as the new administration’s more hardline approach to Iranian expansionism in the region, has already led to the strengthening of the bilateral relationships between the US and its non-democratic allies in the regions. While these regimes will be less constrained in their abuses of human rights, it is also very likely that they will be more willing to cooperate on counter-terrorism, potentially offering more assistance in the ongoing campaign against ISIS in particular.

Consistently inconsistent

The pretty glaring and relatively unprecedented level of incompetence and ignorance of the American president has created a number of problems for American foreign policy. The most obvious one is, of course, the fact that he does not have a clear set of beliefs, goals and principles that would guide his decisions and define his strategy. While Trump has established the credibility of his threats early on in the term — by punishing the Assad regime for its chemical weapons attack —  the predictability of American power under Trump may well be in danger.

Whatever one thinks of Trump’s final decision to strike the Shayrat airbase, what pushed him to consider it was not a thought-out calculation of the long-term costs and benefits in terms of upholding the Chemical Weapons Convention, pleasing allies, or threatening enemies. Rather, it was a quite impulsive and emotion-driven decision based on the anger he felt after seeing the images of children injured by  chemical weapons. Trump’s aides transformed Trump’s reaction into a rational and, in the end, well thought-out act, but there is no guarantee that they would be able to do so at another time.

This is exactly what averted the disaster of a Trump-like person being in charge of the foreign policy apparatus — a disaster that many, including me, anticipated — the highly professional and competent team that the president has assembled around him, in addition to Trump’s willingness to ask questions and fill in the gaps of his understanding [2]. The top executive’s incompetence, however, has distinct negative consequences. In the aftermath of the Syrian strike, for example, American representatives struggled to cohere and offer a consistent message on American policy towards Syria. Haley, U.S. ambassador to the UN, said that there can be no political settlement while Assad is still in power and that “Regime change is something that we think is going to happen”, while Secretary of State Tillerson said that the campaign against ISIS is “being coordinated somewhat with the Syrian regime” and “We are hopeful we can work with Russia” to achieve peace in Syria. Some progress is being made on the problem of message discipline, but the administration is a long way from the relatively consistent positions their predecessors took on issues at hand.[3]

Even after the first 100 days, one cannot distinctively define what a Trump doctrine would look like, if clearly laid out. The same was relatively true of his predecessor — Obama did not come into office with a well-detailed plan for dealing with the outside world, but he did espouse a firm belief that the U.S. should become less embroiled in the Middle East and must restrain itself to diplomatic means of action when its core interests are not threatened. This firm attitude was manifested through, among other things, inaction in Syria, lack of commitment to the post-revolutionary future of Libya, rapprochement with Iran, and a “reset” with Russia. Obama’s actions as president were very much predictable. Trump, however, has very few, if any, solid guidelines for operating on the international arena. We can only wait and see what factors will shape the rather remarkable continual change of Trump’s foreign policy views in the future.

[1] https://www.washingtonpost.com/opinions/global-opinions/vice-president-pence-is-quietly-becoming-a-foreign-policy-power-player/2017/03/05/e347c394-0048-11e7-8f41-ea6ed597e4ca_story.html

[2] http://www.politico.com/story/2017/04/trump-syria-strikes-debate-237025

[3] https://www.nytimes.com/2017/04/27/world/americas/state-department-united-nations-ambassador.html

 

Refugees, Le Pen & Polls

By Megan Evershed

On the first day I went to go visit the refugees, there was a dead bird desiccating on the pavement outside of their apartment building. I turned to Lili, the girl who I was volunteering with, and made a face at her.

Before getting on the bus to a part of town I had never been to before, we had been given strict instructions not to give the refugees our phone number, not to tell anyone else in the apartment complex what we were doing there, and to keep a low profile. Needless to say, I was nervous and the rotting bird corpse was not helping my peace of mind. Nonetheless, we rang the doorbell to their apartment and were buzzed through the door.

Climbing four flights of stairs, I didn’t know what to expect. I had signed up to Interagir on a whim. I had never had any experience working with social justice issues, but I felt that I needed to do something to get outside of my campus bubble. Now here I was, notebook in hand, heart in my mouth, knocking on the door.

In 2016, there were 85,244 applicants seeking asylum in France. Out of these, there were 18,555 people claiming refugee status. The majority of these refugees are from Sudan, Afghanistan, Haiti, Albania, and Syria. About 150 of those with refugee status have settled in Champagne-Ardenne. Noor and Mustafa and their two daughters are four of these refugees, and are the family who I work with.

Over the nine months I worked with them, they quickly became staple figures in my life. Noor welcomed us each week with a warm “Bienvenue,” Mustafa following with a jolly “Ça va?” As we built up a friendship with them, they became more comfortable with us. Noor would pray in the room while we were there, which Lili and I took as a profound display of trust. We would talk about laïcité in France, the upset Noor felt at having to remove her hijab to take a government photo, and the strange looks they got from neighbors.

In a country where Islamophobia and xenophobia have gripped the ongoing presidential election, the wariness Noor and Mustafa’s neighbors felt upon a Syrian family moving in next door isn’t that surprising. France has been in a state of emergency since late 2015 when the Paris attacks took place, and terrorism and immigration have been central topics in tabacs, kitchens, and cafes ever since then. Marine LePen, presidential candidate for the Front National, has made crushing terrorism a vital part of her platform. And the French are responding to her calls.

In a historical election where none of the mainstream political parties were elected to the second round, it’s safe to say she’s gotten her message through. The vote followed the death of a policeman on the Champs Elysées, who was killed by an “Isil-inspired” French national. Following the news of the attack, Le Pen called for the reinstitution of border checks and the expulsion of foreigners who are on watch lists. Many of her critics feared the attack would increase her voting percentage in the first round, which she passed with 21.7% of the vote.

In fact, she seems to be increasing her popularity. On April 27th, Presitrack recorded that Marine Le Pen would likely garner 41% of the vote in the second round, which was up one percent from just the day before. It’s plausible that with the intense atmosphere of xenophobia already bubbling in France, Le Pen’s percentages could grow before the May 7th voting date.

Of course, it’s not just France where we’ve seen presidential candidates capitalizing on fear and Islamophobia. In Trump’s America, where two travels bans have been passed and the government is attempting to fulfill the campaign promise of banning all Muslims, we need openness more than ever. I have lived in the US for ten years and became a green card holder only a few years ago. The first travel ban included a restriction on the entry of green card holders. Going to school in France, it struck me that if I came from Iran instead of the UK, I wouldn’t be allowed to go home.

More importantly, however, a family like Noor and Mustafa’s would not able to seek refuge in a country purportedly devoted to liberty and welcoming the “huddled masses.” For the sake of Noor and Mustafa, I hope we won’t see a repeat of the US presidential election. They’ve already suffered enough, and having Le Pen in the Palais Elysée would be an insult to their struggle.

One Last Chance

By Dalton Fischer-Linnett

Five years ago I sat chewing dressed olives in a café behind the Boulevard Saint- Germain in Paris’ ritzy-bohemian sixth arrondissement. As the sun sank into balmy spring air, casting a long shadow from my glass of mint water, a great clatter erupted in the thoroughfare around the corner. Television screens facing out to the street from inside the many cafés began to bounce and flicker to news broadcasts. A hologram of a short man with a cactus of retreating hair and thin, frameless glasses stood, smiling faintly, in buzzing television studios among real-life presenters. Below him the announcement: François Hollande elected president of the Republic.

Paris’ sixth district, and its nearby Latin Quarter, are thick with students. Although today the Rive Gauche boasts some of the priciest property in Europe, its traditional association with artists and thinkers has preserved a leftist heritage. Revelers, mostly young, emerged seemingly from nowhere to stuff the famous boulevard. Banners unfurled and rose over the crowd, bearing the Socialist Party’s pink rose. Cries of “Vive la Republique!” ricocheted off limestone walls and set café parasols trembling.

I stood and joined the thickening throng, undulating slowly but with growing purpose eastward. As the sun set, we marched to the Bastille, where many a leftist demonstration has reached its head in the centuries since the French Revolution was born there in 1789. Late into the night, celebrating cries – many increasingly slurred as the hour dwindled – riddled the streets of the city. The warm spring air seemed to bubble.

Five years later, that same air seems to have frozen stiff. France’s political conversation has been pulled so taut that a word might bring the whole atmosphere shattering down. The jubilation I joined that day in 2012 has evaporated; the man in whose name it had mobilized is now the most unpopular president in the history of the Fifth Republic, and the most unpopular head of state in the whole of Europe.

What did Mr Hollande do to fall so spectacularly from public approval? How could a man who inspired such excitement become the object of such bitter disdain? The truth is, for all his flaws, Mr Hollande was not the author of his own demise. Something changed forever in the years that passed between my evening on Saint-Germain and my return to France in the summer of 2015. We all know, by now, of the tide of populism swelling in Europe – indeed, it is stronger in France than almost anywhere else. But something has been broken besides. France is not merely a victim of the “Brexit-Trump” phenomenon. If she were, Marine Le Pen and her National Front might have hoped to garner more than 21 per cent of the vote in the first round on April 23.

More than simply succumb to the siren call of populism, France has grown ill of its stale combat between the centre-left and the centre-right; between two conglomerate parties that seem to condescend, to serve themselves, and far too often, to break their promises. Mr Hollande’s early reforms did not go as far as his voters had been led to believe; in 2014, with the appointment of the liberal Emmanuel Macron to the Ministry of the

Economy, the president showed himself ready to U-turn on the economy, pleasing his prime minister’s centre-liberal wing of the party at the expense of the traditionalist cohort. Mr Hollande would never be the socialist Messiah as he had billed himself in 2012. His unprecedented decision not to run for reelection, and the trouncing of former prime minister Manuel Valls in the party’s presidential primary, spelled a dark electoral future for France’s traditional left-wing power constituency. In the event, the traditionalist Benoit Hamon would be roundly rejected by his party’s voters and his country, winning less than seven percent. The party of Francois Mitterrand could face a rout in the legislative elections in June.

The same Mr Macron, branded a “traitor” by the Hamonite wing of the Socialist Party, will contest the runoff on May 7 against Ms Le Pen. The battle lines will be two diametrically opposed visions of the French and European future – Mr Macron’s an urban, intellectual, and integrationist France; Ms Le Pen’s an agro-industrial one with stiff borders, closer to its traditional roots.

But how did that Mr Macron – the “traitor”, the “opportunist”, the “banker”, “elitist”, “novice”, “boy” – rise so high so quickly? His only experience with government is a two- year shift as the unelected Minister of the Economy – a job where his liberalizing reforms made him a hero to many but a villain to millions of others, particularly to left- wing socialists who felt duped by their president, who had nominated him. Until the opening of investigations into Republican François Fillon’s parliamentary payment scandal, most pundits gave Mr Macron, at best, an outside chance at the second round, let alone at the Élysée Palace.

But it is clear that Mr Macron is something of a remarkable individual. Comparisons have been drawn with Barack Obama in 2008, and the Nick Clegg phenomenon in Britain in 2010. When he speaks, he maintains a piercing gaze with the camera and his audience. His eyebrows often lifted, he looks always to be thinking, calculating, and considering. His youth in a field populated mostly with quinqua- and sexagenarians endows him with an appearance of energy and optimism that Mr Fillon and Mr Mélenchon can do nothing to imitate. His movement, En Marche! capitalizes on this gender of personality cult – its logo is written in handwriting and its initials, conveniently, are his.

I have believed since last April, when Mr Macron launched his movement, that he would succeed Mr Hollande as president. This view was held by very few until very recently. Centrists often do not fare well in European elections – especially when unaffiliated with any major centre-left or centre-right party. But the direct mandate of France’s presidential election permits Mr Macron to do something Mr Clegg never could in Britain. The presidency is an individual office, occupied by a person, not by a party. Like Mr Obama, France’s own centrist has built his campaign around an almost-celebrity image. His decision to remain unaffiliated enables him uniquely to attract voters from other parties who would balk at the idea of voting for a rival party, but are less afraid of voting for the man himself if his ideas seem promising. The Macron campaign operates a high-definition, flattering Instagram profile, which often portrays its candidate with his face raised slightly to the sky, his arms outstretched – an invocation, a vindication, a blessing. It is the image of a man with the dynamism and the optimism to bring real change to a country begging for a revised future.

Whether this is true of Mr Macron is anyone’s guess. If he wins on May 7, as he is expected to, his presidency will be a merciless test from its very first day. The voters, who will have coalesced around him – many reluctantly, after the elimination of their preferred candidate – will scrutinize the every move of an inexperienced, thirty-nine- year-old president promising to redefine French politics – “neither right nor left”, a “France for everyone”. What is certain is that the French will not tolerate another president who fails to bring the change he promised. For better or for worse, President Macron – if indeed that is who he is to become – will survive his first term only if his “revolution” bears tangible results, like new jobs, a faster-growing economy, and national security in the wake of repeated terrorist strikes.

If it does not, the consequences for French politics could be grave. Even if defeated this year, the National Front is not going away. Beating populists will not eliminate them. The defeat of both of France’s major parties in the first round of these elections, which is unprecedented, has given numerical proof to the sentiment that French voters will stand no longer for deception and disappointment. Mr Macron must recognize this. He may be liberal France’s last chance.

The Forgotten Ones: The Feminist Exclusion of Indigenous Women

By Anjeola Salami

On the backs of the ‘Women’s March on Washington’ and the ‘Day Without A Woman’ strike, women of all backgrounds are demanding to be heard and recognised for their enormous contributions to society and for effective solutions to the variety of issues faced by women.

One group of women, whose experiences are routinely ignored and swept under the carpet, is that of Native American women across the continent. Like many minority women before them and presently, there seems to be a lack of progressive interaction with the issues peculiar to Indigenous women.

The 10th of March saw thousands protesting in Washington DC against the construction of the Dakota Access Pipeline and for the recognition of indigenous rights. Many carried banners reading “Native Lives Matter” noting the undue rate of police brutality towards Native Americans. Marchers insisted on the rights of Indigenous people to have a voice on the usage of native lands.

Although the protest mirrored many that had taken place just weeks before with a high influx of organised people – especially women – there is one distinct difference: the media coverage. Historically, the attention given to Indigenous people’s issues is abysmal and this was no different. The 2014 ‘Am I Next?’ online campaign by Aboriginal women in Canada asked the government for action on over 1,100 cases of missing and murdered aboriginal women. The campaign got little or no attention from the media, or the Canadian government.

Back to the present, and we see little change in the treatment of Indigenous people’s issues. The White House is yet to comment on protest demands in the wake of Trumps executive order calling for the “expedited approval” of construction.

Dozens of Indigenous Canadian women have been murdered or disappeared near British Columbia’s Highway 16, which has been dubbed the Highway of Tears by residents. Although Aboriginal Women make up only four percent of the Canadian female population, they account for sixteen percent of female homicides.

This disproportionate violence towards native women has historically been met by indifference by the police. The cases of these women are often treated with high levels of sexism and racism. In a high number of cases, the Royal Canadian Mounted Police (RCMP) dismissed the deaths as suicides, accidents, or overdoses with little or no investigation.  

On this, Keisha Roberts, a member of the Nehiyaw Cree First Nations said: “Many people who speak about feminism without looking at Intersectionality and our positioning on Turtle Island (the name Indigenous people use for North America) often forget that colonizers brought patriarchy to this continent…also imposing gender binaries on the land and erasing identities. That being said, the social phenomena of missing and murdered Indigenous women has been hundreds of years in the making. From the onset of colonization, the sterilization of Indigenous women to the theft of our children and overrepresentation in foster care; the violence against our bodies is directly related to the violence on Mother Earth…the less Indigenous people there are, the less the government has to deal with us and the more access they have to the resources.”

Groups like the Native Women’s Association of Canada have repeatedly called on the government for an inquiry and reformation of police policies. By ignoring the calls of these advocacy groups, the conservative government of Steven Harper mirrored his predecessors, whom implemented policies like the state-financed residential school system that increasingly marginalised Aboriginal peoples. Many of the children, who numbered over 100,000, sent to residential schools were victims of sexual and physical abuse in the hands of the church-affiliated system.

The turbulent relationship between Aboriginal people and the RCMP did not start with them forcibly taking children from their families to residential schools, but has definitely not improved since then. The 2015 CEDAW report by the United Nations condemned the limited and “inadequate” measures conducted by the Canadian government to protect Aboriginal women.  

Fast forward to 2016, and Prime Minister Justin Trudeau announced a national inquiry into the murders and disappearances of Indigenous women. The inquiry comes with a promise of complete renewal of Canada’s relationship with its Indigenous people.

Many are skeptical as to whether these initiatives will amount to any substantial change. As Oy Lein Jace Harrison, an Ontario native, points out: “Trudeau has made several promises to Aboriginal peoples, like relief in Attawapiskat and funding for poverty alleviation, but nothing has come of it”. As the government continues to pledge reform, Indigenous women are continuously mobilising and calling for the world to hear them.

The question still remains: why are Indigenous women’s issues not a solid part of recent Feminist movements?

“There is a negative misrepresentation of Indigenous people in the media, in addition when it comes to binaries of who is a settler and who is indigenous to this land, there is a lot of settler guilt and privilege that people do not want to recognise…there is also the issue of visibility, education about Indigenous people and a lack of communication with Indigenous people,” Roberts said.

As we move into what some are calling the fourth-wave of Feminism, it is disappointing to see that this new wave is mirroring many of mistakes of old. The continuous erasure and silencing of Indigenous women has prevailed through the various waves of feminism. Our heightened focus on Intersectionality should not forget or undermine the forgotten ones of North America. It is time we all paid attention.