Voyage en terre colombienne

Par Mathilde Mousson

Nous arrivons à Santa Marta, dans le nord de la Colombie, après 15 heures d’avion, deux transites et un total de 29 heures de voyage depuis notre départ à une heure du matin. Nos parents nous ont promis un voyage routard à ma sœur et moi, et nous voilà en file indienne, un gros sac à dos derrière et un petit sur le ventre. Après une nuit de sommeil, nous effectuons notre première courte randonnée le long d’une rivière pour se baigner dans des piscines naturelles au pied de petites cascades. Mais nous éprouvons vraiment la chaleur humide des Caraïbes le lendemain, dans le parc de Tayrona, lors d’une longue marche en forêt – où les moustiques sont un peu trop présents – et qui finit dans une mer des Caraïbes… agitée.

Notre périple se poursuit en direction de Carthagène où le climat reste inchangé. C’est une véritable ville musée que nous parcourons à un rythme de neuf à dix heures par jour. Une fois ses remparts franchis, plusieurs mariages admirés et ses riches églises décorées aux feuilles d’or visitées, nous nous orientons vers le sud dans un petit village peu touché par le tourisme au bout de sept heures de car. Si nous sommes habitués à ne pas manger le midi en voyage, nous nous contentons ce jour-là et le suivant d’un unique repas par jour pour cause de nombreuses heures passées dans les transports.

Mompox est un coup de cœur, à la fois authentique et perdu aux confins de la Colombie, aux abords du Rio Magdalena. Aux allures de ville désertique en dehors de la réalité, des ateliers où l’on travaille l’argent bordent les rues tranquilles, d’où l’on peut apercevoir de superbes patios verdoyants. Dès le lendemain nous partons pour San Gil qui, plus touristique, valait le détour  pour une séance de rafting …et c’est aussi là que j’ai droit à ma première douche chaude. À peine séchés, nous profitons du marché avant de reprendre le car pour Barichara.

Cette fois ce sont des rues pavées qui quadrillent une ville toute en reliefs coincée dans la cordillère orientale des Andes. Nous en profitons également pour faire une randonnée sur le Real Camino, d’abord emprunté par les Indiens, puis anciennement pavé par les premiers colons espagnols. Le lendemain, une suite de trois trajets en cars nous emmène à Villa De Leyva pour y voir le marché du samedi matin. Les rues, de plus en plus nombreuses  à sillonner, nous font  découvrir les églises et façades typiques du pays. C’est de là que l’on part visiter le monastère de la Candelaria, le plus vieux qui fonctionne encore en Colombie. Un moine nous fait découvrir la véritable mine d’or que cela représente, avec ses tableaux datant du XVIIe siècle, son retable d’origine et ses livres écrits à la main en latin et parfaitement conservés… Une rencontre inoubliable.

Nous poursuivons ensuite notre chemin en bus de nuit nous portant jusqu’à San Agustin. On quitte alors les chaleurs humides pour nous élever à 2 000 m d’altitude. Dès notre arrivée, une balade à cheval de 4h nous attend afin de rejoindre les différents points d’intérêt où nous pouvons observer des sculptures datant de 3600 av. J-C. Une première expérience d’équitation au dos de Mantequilla, qui alterne entre petit trot dans les descentes et un pas tranquille dans les montées, ce qui permet d’admirer le paysage montagneux alentour. L’après-midi même nous visitons le parc archéologique afin d’y découvrir des monticules funéraires, sculptures et pierres tombales de l’époque précolombienne. Un site peu connu dans un lieu reflétant la Colombie profonde, où la préservation de l’environnement représente déjà une priorité pour le pays.

Le lendemain nous repartons pour Popayan, à travers le parc national de Purace qui chevauche les Andes à une hauteur de 4 000 m d’altitude, sur une route étroitement surveillée par les militaires, comme pour nous rappeler la présence des conflits armés dans la région, et son (plus ou moins) ancien rôle de route de la drogue. Nous progressons sur une piste cahoteuse pour rejoindre cette ville une fois encore emplie d’églises, plus ou moins épargnées par les nombreux tremblements de terre propres à la région. Mais le véritable intérêt de cette étape est le marché de Silvia auquel nous nous rendons le lendemain à la première heure. Encore très traditionnel, c’est le point de rencontre de plusieurs villages dont les habitants sont reconnaissables à leur jupes colorées et chapeaux colombiens.

Après cette expérience unique, nous reprenons un car pour nous rendre à Cali. Une escale plus “cosy” pour l’anniversaire de mariage de mes parents, où j’ai droit à ma seconde douche chaude ! Aussi appelée “la ville de la salsa”, nous avons pu y apercevoir des bars dansants dans lesquels nous ne pouvons pas entrer, ma soeur étant mineure… Le lendemain c’est reparti pour une route endiablée en bus, slalomant entre motos et camions à une vitesse de 80 voire 100 km/h malgré la limitation à 40, et le tout en montagne, avec virages et interdiction de dépasser. Nous arrivons donc à Salento, à temps pour visiter « una finca de cafe », la Colombie en étant le 3ème exportateur mondial. Cueillette, visite et dégustation plus tard, nous passons la nuit en dortoir avant de randonner dans le parc de la Cocora. Ses palmiers de cire peuvent culminer jusqu’à 65 m de hauteur, méritant ainsi le titre d’emblème du pays. Les paysages sont époustouflants, récompensant les efforts fournis pendant 4 heures à 2 800 m d’altitude. Après avoir grimpé en montagne pour les mitrailler de photos, nous reprenons un bus, en direction d’une nouvelle hacienda.

La gare de Salento est composée d’une table et d’une chaise en plastique en guise de bureau pour le personnel, ainsi que de deux bancs de fortune pour les premiers arrivés. La hacienda se trouve au beau milieu des plantations de café, loin de tout et de tout le monde. C’est une nouvelle randonnée ponctuée de moustiques, et le trafic colombien  nous mène à Medellin à travers une route de montagne dont la végétation caractérise le pays (et la longueur aussi puisque nous mettons finalement six heures au lieu des quatre prévues initialement). Nous entamons alors la dernière semaine du voyage, qui constitue le plus long séjour de notre périple puisque nous resterons quatre nuits à Medellin. Le premier jour nous allons à Guatape. Au sommet de près de mille marches, nous surplombons la ville victime d’une montée des eaux qui y a dessiné des lacs. Nous arpentons ensuite ses ruelles colorées avant de rejoindre Medellin.

Le lendemain, après avoir visité le superbe musée Botero, nous nous dirigeons cette fois à Santa Fe de Antioquia, ancienne capitale de la région. Le troisième et dernier jour nous continuons la visite de Medellin, où les opposés se côtoient, passant des quartiers propres et récemment modernisés à ceux qu’il nous est fortement déconseillé de fréquenter. C’est aussi le dernier jour de la fête des fleurs, l’occasion annuelle pour les habitants de défiler sur deux km, leurs compositions artistiques sur le dos. Une visite qui se termine par le jardin botanique et son impressionnante collection d’orchidées, immense et située en pleine ville.

Un vol intérieur nous envoie finalement à Bogota, la capitale du pays. Nous visitons le jour même le musée de l’or, exposant l’histoire précolombienne du pays, avec les traditions et coutumes des différentes tribus indiennes. Le lendemain on parcourt la vieille ville, ses riches églises et son musée de la monnaie retraçant sa création entre l’Europe et les Amériques. Après un restaurant français trouvé par hasard, nous dormons pour la dernière fois en Colombie. Nous sommes alors  le jeudi 10 août, et l’heure est venue pour nous de prendre la direction de l’aéroport pour un voyage de près de 24 heures afin de rejoindre la maison.

L’Inde entre les lignes (1)

Voici la suite du voyage de Marie Reboud en Inde (dans le cadre du stage offert par AIESEC), que vous pouvez suivre aussi sur https://www.myatlas.com/MarieRbd/

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  • Paris, veille du départ

Écrit le vendredi 2 juin à Paris

Cela fait maintenant près de 4 mois que j’attends ce voyage, et 4 ans que je rêve de découvrir l’Inde.

Je viens de terminer ma première année du collège universitaire de Sciences Po Paris, sur le campus euro-américain de Reims. J’ai suivi des cours d’histoire, de droit constitutionnel, d’économie, de sociologie, j’ai rencontré des étudiants de la France entière mais aussi du monde entier qui ont tous de merveilleuses histoires et expériences à raconter. Cette année a aussi été marquée par l’actualité française et internationale : la très choquante et décevante élection de Donald Trump aux États-Unis, la poursuite de la guerre en Syrie et de la crise migratoire en Europe, la terrible situation des homosexuels en Tchétchénie, la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises…

Je ressentais le besoin d’agir, de m’engager personnellement sur le terrain, mais aussi d’aller à la rencontre des fléaux dont j’entends parler en cours et dans les médias et qui me révoltent : les inégalités, le difficile accès à l’éducation, le risque sanitaire, la ruralité, la chaleur aussi… Je voulais voir cela de mes propres yeux, le vivre moi-même. Je voulais sortir de ma zone de confort, m’éloigner le plus possible de mon milieu privilégié français, pays lui-même privilégié.

J’ai donc choisi l’Inde. Non pas parce que je vois ce pays comme le théâtre de toutes les horreurs du monde, loin de là. Mais plutôt parce que je suis fondamentalement et, ma foi, inexplicablement attirée et fascinée par sa culture, sa mentalité, son histoire (et son patrimoine culinaire bien-sûr), bien que je m’y connaisse très peu pour l’instant. J’ai bien-sûr vu “Slumdog Millionaire” mais aussi “The Cheetah Girls: One World” (un film pour ados de Disney qui a construit tous les clichés que j’ai de l’Inde). J’ai surtout lu récemment plusieurs romans d’auteurs indiens ou pakistanais à travers lesquels j’ai pu découvrir la réalité de l’Inde d’aujourd’hui. “Le Dieu des Petits Riens” de Arundhati Roy, “Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante” de Mohsin Hamid ou encore “Un mauvais garçon” de Deepti Kapoor.

 

D’un point de vue plus académique, disons que je suis particulièrement intéressée par les études religieuses, le développement, les inégalités et la solidarité internationale. Ce voyage dans un pays des BRICS rentre donc aussi dans le cadre plus général de mes études et d’un futur projet professionnel qui reste encore à définir.

C’est en Inde que je voulais partir, malgré les avertissements de ma mère ou de mes amis sur le potentiel choc ou même danger que ce voyage pouvait représenter.

Grâce à l’AIESEC, une association internationale de jeunes dont je fais partie sur le campus de Reims et qui vise à “activate the leadership potential of young people”, ce projet de voyage humanitaire en Inde est possible et rentre même dans le cadre de mes études : il est comptabilisé comme mon stage “ouvrier” de fin de première année. http://aiesecfrance.org/fr/

Je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir réellement mettre des mots sur ce que j’attends de ce voyage. Disons que j’espère pouvoir rencontrer, aider, servir, visiter, découvrir, sourire et faire sourire.

  • Arrivée à Navi Mumbai

Écrit le dimanche 4 juin à Navi Mumbai

Me voilà maintenant au Pillai Girl’s Hostel de New Panvel East, un quartier de Navi Mumbai. Navi Mumbai (le “nouveau Mumbai”) est une ville née de l’expansion de Mumbai (merci aux cours de géographie et à la carte étudiés pour mon bac ES !).

Malgré un colis abandonné et une évacuation de mon terminal à CDG, le Paris-Mumbai a pu partir plus ou moins à l’heure. Déjà dans l’avion j’étais la seule blonde et j’étais entourée de familles indiennes avec mères en tuniques, pères aux grosses montres bling-bling et enfants souriants. J’ai été assez amusée de voir que presque tous les voyageurs autour moi, hommes comme femmes, regardaient des films indiens qui semblaient tous être des navets romantiques. J’ai donc tenté “Happy Bhag Jayegi”, qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui ne veut pas se marier avec l’homme choisi par son père et qui, par un concours de circonstances, se retrouve au Pakistan chez un homme politique qui lui arrange finalement un mariage avec celui qu’elle aime. C’était plutôt sympathique, coloré et joyeux mais à vrai dire très long…

Arrivée à Mumbai, j’ai retrouvé Aya, une “intern” égyptienne absolument adorable et très souriante. Elle est musulmane pratiquante et compte bien continuer le Ramadan malgré la lourde chaleur indienne (donc pas d’eau ni de nourriture du lever au coucher du soleil). Nous avons tout de suite été rejointes par une bande de 5 ou 6 jeunes indiens qui font partie de l’AIESEC Navi Mumbai : il sont restés avec nous de 2h à 5h du matin et sont ensuite partis car ils étaient volontaires à 6h30 pour un marathon solidaire ! Bien que j’avoue ne pas avoir tout compris à ce qu’ils racontaient (disons que je ne suis pas vraiment habituée à l’accent indien), j’ai tout de même pu tirer beaucoup de cette rencontre et de ces premiers échanges. Ces jeunes étudient tous l’ingénierie et il est facile de deviner qu’ils viennent de familles indiennes privilégiées. J’ai d’ailleurs été assez étonnée de voir les 3 filles en jupes courtes et ventres découverts, contrastant avec le dress code à adopter en Inde dont on m’avait parlé. Vers 2h30 du matin, je suis sortie du Starbucks où nous avons passé la nuit pour aller tirer du cash et je suis donc retrouvée à l’air libre: au beau milieu de la nuit il fait déjà une chaleur pesante et étouffante. On se croirait dans une serre. Les jeunes indiens me disent que je ne suis pas au bout de mes peines niveau météo…

A 8h30, nous sommes enfin montées dans un taxi avec Rahul, notre project manager. On peut dire que c’est là que le voyage en Inde commence vraiment. Nous avons passé 1h30 dans le taxi pour aller d’un bout à l’autre de la ville. Je me battais pour garder les yeux ouverts malgré l’immense fatigue (il était 5h du matin heure française et je n’avais littéralement pas dormi de la nuit). Par la fenêtre, j’ai eu mon premier aperçu de ce qu’est l’Inde: un trafic automobile proche de Mario Kart, entre voitures, rickshaws et motos (Rahul m’expliquait d’ailleurs que “Indian people never follow the rules”, d’où l’énorme bazar…), des bidonvilles au bord de l’artère très passante, des vaches maigres comme des clous allongées sur le trottoir, des chiens qui ne semblaient d’ailleurs pas en meilleure forme, beaucoup beaucoup de déchets, des immeubles vétustes ou en cours de construction (ou peut-être se sont ils juste arrêtés là ?)… Mais je vois aussi énormément de verdure (on passe autour d’une colline qui semble inhabitée), de bus peints en turquoise et recouverts de motifs calligraphiques, de femmes en sari multicolores comme dans les films, d’enfants qui jouent. A ce moment là, je crois que je suis incapable de commenter ce que je vois, je ne peux que décrire, et encore…

Le foyer dans lequel on réside est en fait un campus universitaire qui sert d’auberge de jeunesse pour touristes. Il est réservé aux filles. Pour le coup, il n’y a vraiment que le strict minimum, mais la Wi-Fi est performante et c’est propre. Ça me convient très bien.

Après avoir dormi quelques heures, nous sommes allées acheter de l’eau et nous balader une vingtaine de minutes autour de l’auberge. Premières interactions avec des locaux qui ne sont pas membres de l’AIESEC : on parle plus la langue des signes que l’anglais ! La plupart des petits commerçants à qui nous nous adressons ne nous comprennent pas, mais on arrive à communiquer et à se procurer 3L d’eau pour 60 roupies, c’est-à-dire 80 centimes.

 

Les aventures de Gaëlle reporter (2/2)

By Gaëlle Fournier

Lire la première partie.

2ème partie :

9:30 a.m : Après 30 minutes de marche, à 1 140 mètres d’altitude, la vue est impressionnante, offrant un point de vue magnifique sur la vallée et les îles environnantes des Saintes, de Marie Galante et de La Dominique. Profitant de dix secondes d’éclaircies, j’immortalise ce moment : le dôme de la Soufrière vient d’apparaitre. Il nous reste un peu plus de 300 m de dénivelé à escalader pour arriver au sommet du volcan.

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Deux sentiers s’offrent à nous : le chemin des dames emprunté par la plupart des randonneurs en raison de sa “facilité” et le chemin des scientifiques, emprunté par les randonneurs les plus confirmés. La guide a fait son choix : ce sera le chemin des scientifiques ! Les paroles de la vendeuse de chez Decathlon prennent dès lors un sens nouveau : ” La Soufrière pour une première randonnée ? Et bien vous démarrez fort ! “et elle ne croyait pas si bien dire …

9:45 a.m : Parée de mon plus beau K-Way, je débute l’ascension du dôme par un vent et une pluie dignes de la Bretagne.

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C’est parti pour (aller-retour) 4 heures et 8,6 km d’escalade sur la partie ouest du volcan, et plus précisément sur le Col de l’Échelle, afin d’atteindre le sommet. Le col porte bien son nom ; chaque pas sur le sentier rocailleux et escarpé est en effet stratégique, le moindre dérapage conduisant à une chute vertigineuse dans un brouillard qui se fait de plus en plus épais. Soudain mon père s’arrête : les fixations du lacet de sa chaussure droite, d’une marque pourtant réputée chez les montagnards, viennent de lâcher, un seul pied est désormais maintenu. Le groupe poursuivant l’ascension, nous décidons de continuer. Mais cinq minutes plus tard, le sort s’acharne sur notre famille des ” faux-savoyards ” : la semelle d’une des chaussures de ma mère se détache. J’avertis alors la guide qui tente de trouver une solution. Mon père va pouvoir continuer avec ses deux chaussures mais pour ma mère, l’affaire s’avère plus compliquée. Avec l’humidité, la semelle n’isole plus du tout son pied : elle va devoir continuer l’ascension sur un pied, l’un en chaussure et l’autre en chaussette. Angoissée depuis le début de la randonnée, ma mère est encore moins rassurée, d’autant plus que le vent et la pluie redoublent. À 1300 mètres d’altitude, il est trop tard pour rebrousser chemin et retourner à la Savane à Mulets. Nos coéquipiers sont admiratifs : ma mère va devoir réaliser l’ascension, déjà difficile bien équipée, sur un pied. Heureusement, notre groupe est solidaire. Tandis que Maë aide ma mère à gravir le sentier escarpé, un formidable esprit d’équipe se met en place. Tels les All Blacks, nous nous peignons les joues d’argile noire trouvée sur le sentier. M’agrippant de toutes mes forces à une corde, face au vide, je contemple, malgré ma peur, le paysage. C’est un paysage lunaire dans lequel la roche volcanique côtoie l’unique fleur du col, l’ananas rouge. Impossible de ne pas se sentir insignifiant devant ce spectacle saisissant.

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11:30 a.m : Plus que quelques mètres à escalader avant d’arriver au sommet. D’un bruit continu et assourdissant, des émanations de gaz soufré s’échappent du plateau sommital de la Soufrière. C’est terminé, nous y sommes. Par intermittence, une vision panoramique de la Guadeloupe et de ses îlets environnants se présente à nous. Nous nous approchons des différents cratères : le cratère Dupuy, le gouffre Tarissan et le gouffre Napoléon. Le Gouffre Tarissan, rempli d’acide à 70 mètres de profondeur, est impressionnant. D’importantes fumerolles, gaz majoritairement composés de vapeur d’eau et de CO2, s’en échappent. L’odeur est particulièrement nauséabonde, due à la présence d’anhydride sulfureux. Maë nous raconte alors la légende du gouffre, selon laquelle ce dernier tiendrait son nom d’un vétérinaire du XIXème siècle dont l’intrépide curiosité l’aurait fait chuter dans l’abîme.

12:00 a.m : Après avoir pu admirer toute la puissance du volcan, nous reprenons les chemins balisés du parc national, en passant cette fois-ci par le chemin des dames. Au cours de la descente, nous partons à la découverte de deux points géologiques importants : l’éboulement Faujas et la Grande Faille. Si l’éboulement Faujas provient d’une éruption du volcan remontant à 1798, la Grande Faille, également appelée Fente Nord, sépare littéralement le volcan en deux jusqu’à son sommet. Elle renferme des nappes de gaz carbonique qui rendent dangereuses son exploration. Nous nous y arrêtons. Sa végétation luxuriante, constituée de fougères arborescentes, d’ananas montagne, de Siguine blanche et surtout de sphaignes multicolores gorgées d’eau, est captivante.

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12:30 a.m : De magnifiques points de vue sur la vallée, la Mer des Caraïbes et le petit cul de sac marin composent notre parcours. Tandis que nous nous arrêtons pour contempler les Monts Caraïbes, ma mère essaye tant bien que mal de replacer sa chaussette autour de sa semelle décollée. Une autre avait été placée en renfort mais s’est détachée en cours de route. La pause terminée, nous nous remettons en chemin. C’est à ce moment précis que survient l’impensable : la deuxième semelle cède, entrainant dans sa chute la destruction de la deuxième chaussure. C’en est fini pour la paire de chaussures de randonnée de ma mère. Une heure nous sépare de l’arrivée : elle va devoir l’atteindre sans chaussures. Mais notre guide ne l’entend pas de cette façon et s’inspirant de Yannick Noah, elle décide de finir l’aventure pied nus. ” D’autres guides le font. Et puis j’ai toujours eu envie d’essayer cette technique alors c’est l’occasion ! ” s’exclame-t-elle. Néanmoins, un autre problème se pose : la guide chausse du 41 et ma mère un petit 36. Je propose dès lors un compromis, celui de donner ma paire de 38 à ma mère et de prendre le 41 de Maë : l’écart sera ainsi moins prononcé.

13:30 a.m : Les derniers pas sont les plus difficiles. La récompense des bains jaunes n’en a été que plus belle. Après 5h30 d’efforts intenses, la chaleur de l’eau apaisant mes pieds endoloris se révèle être le plus beau des présents. Dans les bains chauds à 60 degrés, nous nous remémorons notre périple.

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Au bilan : deux paires de chaussures de randonnées complètement foutues, des chutes, des images à jamais gravées dans notre mémoire et surtout, une sacrée aventure à raconter.

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À bientôt pour de nouvelles ” aventures de Gaëlle Reporter ” !

 

Les aventures de Gaëlle reporter

By Gaëlle Fournier

1ère partie :

Il est plus de minuit lorsque Morphée atteint ma chambre. Dans mon rêve, je suis au cœur d’un dilemme cornélien avec ma colocataire Cléa, son pot de pesto à la main – celui de savoir s’il est raisonnable ou non de regarder un autre épisode de Gossip Girl – lorsque “Barbara Streisand” retentit dans la pièce. ” Barbara Streisand ouhouhouhouhhhh ” se fait entendre et ce de plus en plus fort. J’ouvre les yeux. Que se passe-t-il ? C’est l’alarme de mon iPhone. Il est 5 heures du matin. Je tente de retrouver mes repères. Où suis-je ? En Guadeloupe et plus précisément à Saint-François. Quel jour ? Le 6 janvier 2017, profitant des vacances d’hiver communément connues par les sciencespistes sous le nom de ” winter break “. Je sors alors de ma chambre et me dirige vers la terrasse. Il fait encore nuit. La température est pourtant très agréable à une heure si matinale – 25 degrés – contrastant avec les températures négatives enregistrées au même moment en métropole. Mon sac à dos est prêt. À l’intérieur, on y retrouve l’équipement de base du randonneur : une bouteille d’eau, des pansements, une autre paire de chaussettes, un K-way, une polaire, un appareil photo, mon portable et spécificité de la randonnée en Guadeloupe, un maillot de bain en guise de récompense, afin de profiter des sources d’eau chaude situées au pied du volcan.

Saint-François – 6:00 a.m : C’est l’heure de partir. Deux heures de route sont nécessaires pour atteindre notre destination, qui se trouve à l’autre bout de l’île. Dans la voiture, le paysage défile. De ma fenêtre, les bananeraies, rhumeries, et plantations de cannes à sucre s’étendent à perte de vue. Ce sont des richesses dont la Guadeloupe bénéficie, son économie reposant majoritairement sur l’agriculture et sur nous, les touristes, qui attirés par le soleil des tropiques et la chaleur estivale surtout en pleine période hivernale, y posons nos valises régulièrement. En 30 minutes, le dépaysement est déjà total. Ma vue jusqu’alors habituée aux plages de sable fin bordées de cocotiers, aux lagons turquoise propres à l’aile Est de l’île, nommée Grande-Terre, s’accoutume désormais à des collines verdoyantes, avant de plonger dans la forêt tropicale, étape incontournable avant d’atteindre les montagnes volcaniques des Petites Antilles. Constituée d’un archipel de sept îles, la partie principale de la Guadeloupe, Karukera en créole, est en effet composée de deux îles disposées en forme d’ailes de papillon exotique, Grande-Terre et Basse-Terre, séparées par un étroit bras de mer répondant au nom de Rivière salée. Soudain le paysage devient sombre, une pluie torrentielle s’abat sur le par brise : nous sommes arrivés en Basse-Terre, île montagneuse et volcanique, au climat tropical humide, où le sable des plages s’est noircit. La végétation y est beaucoup plus dense, le relief beaucoup plus accidenté qu’en Grande Terre. Au cœur du parc national de Guadeloupe, nous arriverons bientôt à destination : le volcan de la Soufrière, culminant à 1 467 mètres d’altitude, nous y attend.

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Saint-Claude – 8:05 a.m : Arrivée dans le petit village de Saint Claude où un épais brouillard recouvre la route. Dans un virage, une petite cabane nous attend. À l’intérieur une jeune femme se présente : Maë, une vingtaine d’années, très souriante, va être notre guide pour l’ascension de la Soufrière. Nous sommes huit à avoir opté pour le menu randonnée. Le reste du groupe a, quant à lui, opté pour le canyoning. Un portugais ne cache alors pas sa déception lorsque Maë lui annonce qu’elle ne s’occupe pas du canyoning, préférant le volcan aux descentes en rappel. S’appuyant sur des années d’expérience en montagne, mon père me conseille de replier mes chaussettes de randonnée par-dessus ma cheville, mes nœuds de lacets ainsi que les crochets afin d’éviter de trébucher et surtout que mes lacets se défassent. Astuce de savoyard, me dit-il. Moi je trouve que ça fait plutôt Jean-Claude Duss des Bronzés font du ski que Savoyard, mais bon. La guide est de mon avis. Elle nous demande d’ailleurs si l’on vient de Savoie. Si Versailles et ses abords formaient une chaîne de montagne, j’aurais acquiescé, mais nous savons que ce n’est pas (encore) le cas. On nous doit alors désormais le surnom de la famille des ” faux-savoyards “.

8:30 a.m : Les présentations faites, une pause-café et dix minutes de voiture plus tard, nous voici enfin au point de départ du sentier de randonnée. Comme nous, ils sont 300 000 chaque année à venir tenter leur chance pour rencontrer la ” vieille dame ” comme la surnomment les Guadeloupéens. Au pied du volcan, à 950 mètres d’altitude, le site des bains jaunes, bassins d’eau tièdes alimentés par des sources thermales provenant du volcan, est un véritable spa naturel reconnu pour ses propriétés thérapeutiques. Édifiés par les militaires de la coloniale en 1887, ils sont régulièrement entretenus et nettoyés chaque semaine par le personnel du parc national. Dans une eau soufrée à 28 degrés, ils sont appréciés à la fois de la population locale et des randonneurs se prélassant après avoir gravi le volcan.

Les bains jaunes

9:00 a.m : C’est parti pour la première étape : l’ascension dans la forêt tropicale. Empruntant le chemin de randonnée de la Trace du Pas-du-Roy, nous nous enfonçons au cœur de la forêt tropicale, en direction de l’ancien parking de la Savane à Mulets. L’accès en voiture n’y est plus possible depuis l’effondrement d’une partie du Piton Tarade sur la route qui y menait, depuis le séisme des Saintes remontant à 2004. Construit par les militaires de la coloniale en même temps que les bains jaunes, ce chemin était à cette époque le seul passage pour atteindre les contreforts du volcan. Marchant sur les pavés, nous admirons la richesse du patrimoine végétal du parc national.

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Devant un arbre, saisissant une liane (qui s’avérera être, en réalité, une racine), la guide nous fait un petit point culture. Tel Julien Lepers, elle nous demande quel type de volcan est la Soufrière. C’est alors spontanément que je réponds ” Phréatique ” et … bingo, c’est une bonne réponse ! Je dois admettre qu’étant la cadette du groupe, j’étais la plus à même à répondre à cette question (et oui, qui aurait cru que mes cours de SVT de 4ème avec Mme Yver me serviraient un jour pour gravir un volcan).  Bénéficiant depuis 1992 du label international de Réserve mondiale de Biosphère de l’UNESCO, le parc national de Guadeloupe fait partie des territoires remarquables pour la qualité de sa biodiversité. Outre la richesse et la beauté de sa flore, il abrite de nombreuses espèces endémiques de l’île : des oiseaux, chauves-souris, mammifères, insectes et … 150 espèces d’araignées dont une mygale, connue sous le nom de mygale de la Soufrière ! Découverte en 1999, elle a coutume de se promener entre 700 et 1465 mètres d’altitude. En arachnophobe confirmée, mon sang ne fait qu’un tour : prions pour ne pas la croiser.

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By Jetlagvoyage (Soufrière de Guadeloupe) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC BY 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0)%5D, via Wikimedia Commons

À suivre …